Sahara. Köhler briefe le conseil de sécurité, aucune avancée tangible
Le Conseil de sécurité de l'ONU a écouté mercredi 8 août 2018, un exposé de Horst Köhler, envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU pour le Sahara. Au terme de cet échange, il a été annoncé que Köhler "essaiera de réunir les parties", sans plus de précision, en s'engageant à consulter le Maroc au préalable pour le format d'une telle réunion. Il n'y a donc pas d'avancée.
Comme nous avons pu nous-mêmes le vérifier à l'occasion de quelques échanges informels, les diplomates marocains attendaient cette réunion sans appréhension ni nervosité. Ils en sont restés à leur grille d'analyse, à la position réaffirmée avec constance depuis plus d'une année: pas d'initiative de réunion sans consultation préalable du Royaume, pas de réunion des parties sans la présence de l'Algérie.
Ci-dessous, dans une dépêche datée de New York, l'agence MAP effectue un compte rendu complet qui reflète fidèlement la position marocaine. Voici la dépêche:
"L’envoyé personnel (EP) du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara marocain, Horst Köhler, a présenté le 8 août 2018, à sa demande, un briefing devant le Conseil de Sécurité de l’ONU. Il s’agit d’un briefing ordinaire sans surprise qui n’a connu aucune déclaration ou expression du Conseil de sécurité des Nations unies.
"Dans son briefing, l’envoyé personnel a informé les membres du Conseil de sécurité sur sa 2ème tournée régionale, effectuée du 23 juin au 1er juillet 2018, qu'il a menée en Algérie et en Mauritanie, ainsi qu’au Maroc, où il s’est rendu à Rabat, le 27 juin 2018, à Laâyoune, à Smara et à Dakhla, du 28 juin au 1er juillet 2018.
"D’après des sources diplomatiques au Conseil de sécurité, l’envoyé personnel a exprimé ses remerciements aux autorités marocaines pour avoir facilité sa visite dans les provinces du sud, lui avoir permis le libre accès aux différentes personnes qu’il a souhaité rencontrer et de constater de visu l’essor économique et social de la région.
"Plusieurs membres du Conseil se sont félicités de l’atmosphère dans laquelle s’est déroulée la tournée régionale de l’EP, en particulier la visite au Sahara marocain. Toujours selon ces sources, la majorité des membres du Conseil ont également exprimé leur satisfaction des résultats des différentes rencontres et visites entreprises par l’envoyé personnel, en l’appelant à continuer de travailler et d’interagir avec toutes les parties pour préserver la dynamique de relance du processus.
"Dès l’annonce de ce briefing, d’intenses démarches diplomatiques du Maroc ont été entreprises auprès des membres du Conseil de sécurité à New York, à Rabat et dans les capitales pour faire part de la pleine coopération du Maroc pour la réussite de la visite de M. Köhler, en insistant sur le préalable d’une évaluation profonde et globale du contenu des discussions entre l’envoyé personnel et les parties et la nécessité de poursuivre un dialogue transparent, responsable et serein pour assurer la relance du processus politique.
"Le Maroc a également affirmé qu’il ne peut y avoir de solution au différend régional sur le Sahara marocain sans sa consultation et sans l’implication de l’Algérie, principale partie responsable de la genèse et le maintien de ce différend.
"Il est à rappeler que dans sa résolution 2414 du 27 avril 2018, le Conseil de sécurité a demandé aux pays voisins et donc à l’Algérie d’«apporter une contribution importante au processus et de s’engager plus fortement pour progresser vers la solution politique». De nombreux membres du Conseil de sécurité ont insisté sur la nécessité d’avancer avec précaution, dans le cadre de la relance du processus, en consultant les parties et en particulier le Maroc sur toutes les idées et propositions.
"Lors des différentes rencontres de la délégation marocaine avec l’envoyé personnel depuis sa désignation, le Royaume a toujours exprimé son attachement au processus onusien, conformément aux fondamentaux de sa position rappelée dans le discours royal du 42ème anniversaire de la Marche Verte, le 6 novembre 2017:
a) Aucun règlement de l’affaire du Sahara n’est possible en dehors de la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son Sahara, et en dehors de l’Initiative d’autonomie, dont la communauté internationale a reconnu le sérieux et la crédibilité.
b) Les expériences passées devraient permettre de méditer sur une évidence: le problème n’est pas tant de trouver une solution à cette affaire, mais plutôt d’arriver à définir le processus à suivre pour y parvenir. Il appartient, donc, aux parties à l’origine de ce conflit monté de toutes pièces, d’assumer pleinement leur responsabilité dans la recherche d’un règlement définitif;
c) Le plein respect des principes et fondamentaux retenus par le Conseil de sécurité pour le traitement de ce conflit régional artificiel ; l’organe onusien étant, de fait, la seule instance internationale chargée de superviser le processus de règlement ;
d) Le refus catégorique de tout dépassement ou tentative de porter atteinte aux droits légitimes du Maroc et à ses intérêts supérieurs, de toute proposition obsolète visant à écarter le règlement de ce différend du référentiel du Conseil de sécurité, de l’insertion abusive d’autres sujets, lesquels sont traités par des institutions compétentes. [Fin de la dépêche de l'agence MAP]
Les conclusions de la réunion
A la sortie de la consultation du Conseil de Sécurité qui s'est déroulée à huis clos, l’ambassadeur représentant permanent adjoint du Royaume-Uni, Jonathan Allen, dont le pays assure la présidence du Conseil pour ce mois, a fait une brève déclaration aux correspondants de la presse sur le contenu des échanges entre Horst Köhler, et les membres du Conseil de sécurité.
Il a ainsi déclaré que «le Président Horst Köhler a reçu beaucoup de soutien du Conseil pour son approche et pour sa proposition d'essayer de voir s'il pourrait réunir les parties avant la fin de l'année, et nous avons tous souligné l'importance de consultations avec toutes les parties concernées», ajoutant que le Horst Köhler "a bien saisi le message de la nécessité de tenir des consultations préalables et renforcées avec toutes les parties concernées, et je suis sûr qu’il le fera, y compris en ce qui concerne les modalités et le format et tout le reste”.
Cette demande du Conseil de sécurité à l’envoyé Personnel du secrétaire général fait suite à l’exigence du Maroc, dans ses démarches auprès des membres du Conseil de sécurité, que le Royaume n’acceptera aucune idée ni étape à venir sans sa consultation et son accord au préalable. En se faisant l’écho de la demande du Maroc, les membres du Conseil de sécurité ont pris conscience qu’aucune solution au problème du Sahara ne peut se faire sans l’accord du Maroc.
Ainsi tant pour le Maroc que pour les membres du Conseil de Sécurité, la relance du processus politique doit s’opérer dans la transparence, la consultation et le dialogue avec toutes les parties, particulièrement le Maroc et l’Algérie.
Au final, la réunion s'est tenue sans décision du conseil et sans progrès majeur. Köhler essaie d'obtenir une avancée rapidement, sachant que le mandat de la Minurso prend fin en octobre et qu'il faudra le renouveler à cette date.
Dans l'esprit de Köhler, il semble que l'avancée doit consister en une réunion des parties, sans précisions sur l'identité des participants. Pour le Maroc, il n'est pas question de se lancer dans un processus non maîtrisé. Il demande donc d'être consulté sur le format et d'autre part, exige la présence de l'Algérie à toute réunion. La position marocaine n'est pas une surprise pour Köhler ni pour le Conseil. Si elle n'est pas respectée, il n'y aura pas de progrès.
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