Après le discours du Trône, que va faire le gouvernement?
Malgré son ton apaisant, le discours du Trône est un désaveu pour le gouvernement. Au-delà de ce constat, voici un round-up des prochaines étapes qu'il a annoncées dans le domaine socio-économique.
Le discours a dérogé à la règle du “bilan-perspectives“ qui caractérise les discours du Trône, comme cela a été le cas à chaque fois que les circonstances l’exigeaient. Il a coupé court aux innombrables spéculations politiques.
Il ne répond pas directement aux protestations sociales de Jerada, d’Al Hoceima ou du boycott. Mais il est né de ce malaise social, provoqué par les inégalités entre les couches de la population et entre les territoires, par le décalage entre les aspirations et les réalités, par le déficit en équipements et la mauvaise qualité des prestations sociales telles que la santé et l’enseignement public, par la montée du chômage des jeunes…
Le Roi a dit qu’il fallait maintenir le cap de la politique socio-économique, mais accélérer la cadence et corriger certains dysfonctionnements.
Il a réaffirmé la prééminence du social, mais il le fait à chaque discours du Trône depuis 19 ans.
Le Ramed, Tayssir, la scolarisation des enfants [qui est un fardeau pour les familles et une source de désarroi], le développement humain, la lutte contre les déficits sociaux dans toutes les zones du Maroc. Tout cela, on le savait aussi.
Pourquoi la charte de la décentralisation et celle de l’investissement sont-elles en retard? Pourquoi le projet de loi de réforme des CRI a-t-il été renvoyé par le conseil de gouvernement?
En fait, ce qui surprend, c’est que le Chef de l’Etat a besoin de rappeler autant d’évidences. C’est comme si l’opinion publique devait passer par le Roi pour se faire entendre du gouvernement.
Le discours du Trône confirme que ce gouvernement, pris dans son ensemble, n’a pas pris la mesure du malaise social et économique. N’a pas pris la mesure de l’urgence de la situation.
>Le diagnostic
Les indicateurs montrent que le Maroc a progressé, mais l’ampleur du déficit social est préoccupante et exige des mesures rapides et draconiennes.
Les secteurs concernés sont la santé, l’enseignement, la couverture sociale, la lutte contre la pauvreté, l’emploi (et donc, le climat des affaires).
>Les prochaines étapes
1. Les mesures d’urgence, dès cette rentrée:
a. Enseignement: “alléger les charges supportées par les familles et les soutenir pour que leurs enfants puissent poursuivre leurs études et mener à terme leur formation“. Il est question notamment de programme Tayssir d’aide financière à la scolarisation, enseignement préscolaire, transport scolaire, cantines scolaires, internats.
b. Lancer la troisième phase de l’INDH, une nouvelle génération d’initiatives, notamment en direction des jeunes et des personnes en condition difficile.
c. Le RAMED dont il faut redresser la gestion, et, parallèlement, “refondre en profondeur le système national de santé, qui se caractérise par des inégalités criantes et une faible gestion“.
d. La reprise du dialogue social et son institutionnalisation. Le Roi a rappelé que les syndicats sont des partenaires, que le dialogue social doit aboutir et il a cité la nécessité de renforcer le pouvoir d’achat des travailleurs.
2. Les autres réformes:
a. La charte de déconcentration administrative doit être adoptée avant fin octobre.
b. La charte de l’investissement doit également aboutir, de même que la réforme des CRI.
c. Le troisième chantier est, lui, plus inattendu. Il concerne l’adoption de textes juridiques:
* dans le domaine de l’investissement: toute absence de réponse de certaines administrations dans un délai d’un mois sera considérée comme une approbation.
* une administration publique ne pourra plus demander à un investisseur, des documents ou des informations qui sont déjà en possession d’une autre administration publique. Le Roi invite les services publics à organiser un échange d’informations, grâce aux nouvelles technologies.
>En conclusion
La réaffirmation du cap social était indispensable. Pas seulement parce que le Roi l'a décidé. Pas seulement parce qu'il s'agit d'une réponse aux attentes des Marocains. Mais aussi et surtout parce que c'est une question d'équité. Le gouvernement donne l'impression de ne pas être à l'écoute des attentes. S'il l'avait été, il a réellement de nombreux leviers pour agir.
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