France. Les startups de la tech ne peuvent plus se passer des femmes
Les femmes ont gagné en visibilité dans les rendez-vous de jeunes pousses comme le salon Vivatech, qui bat son plein à Paris, mais elles restent trop rares à fonder leur entreprise, au risque d'affaiblir l'innovation technologique.
"L'intégralité de l'avenir de l'humanité ne peut pas être décidé par une poignée d'hommes blancs privilégiés qui ont fait des grandes études. Parce que c'est ça, le monde de la tech", assène Marie Georges, présidente de Willa, une association d'accompagnement des créatrices de startups.
En 2017 en France, 40% des entrepreneurs étaient des entrepreneuses, selon l'Insee. Cette proportion tombe à 8% pour les startups (21% en Ile-de-France), selon une étude de Compass publiée en 2015.
"Notre industrie se tire une balle dans le pied en ne puisant pas dans l'étendue des talents disponibles", constate auprès de l'AFP Rachel Haurwitz, présidente et co-fondatrice de Caribou Biosciences, une startup américaine spécialisée dans les biotechnologies.
Les acteurs du milieu s'accordent sur un point: la présence de femmes au sein des équipes fondatrices de jeunes pousses garantit des performances supérieures à la moyenne.
Le fonds de capital risque américain First Round a publié en 2015 une étude, réalisée sur dix ans, montrant que les entreprises co-fondées par au moins une femme affichaient un rendement sur dix ans supérieur de 63% à celui des équipes uniquement masculines.
Quelles qualités féminines justifieraient ces réussites? Meilleures gestionnaires, plus intelligentes émotionnellement... les explications vagues et peu objectives abondent. Leur principale valeur ajoutée tient en réalité à la diversité, et donc la créativité, qu'elles apportent à une entreprise.
"On ne peut pas atteindre une diversité parfaite, mais il faut une diversité exemplaire, suffisante pour que les personnes puissent prendre conscience de leurs différences et penser à d'autres différences possibles", argumente auprès de l'AFP Aurélie Jean, docteure en sciences et entrepreneuse.
Certaines inventions technologiques ont connu des ratés, faute d'avoir pensé à la moitié de l'humanité, comme les airbags initialement conçus pour des corps d'hommes.
La montée des technologies d'intelligence artificielle, et leur potentiel en termes de façonnement de la société, renforce l'exigence de diversité.
Aujourd'hui les femmes sont recherchées par de nombreux investisseurs. Roxanne Varza, la directrice de l'incubateur parisien Station F, relève que la première startup à avoir été rachetée est une jeune pousse spécialisée dans l'intelligence artificielle, créée par une femme de moins de trente ans (Recast.AI). "La première à se faire racheter sur mille boîtes", précise-t-elle à l'AFP en riant.
Dans sa carrière, Roxanne Varza a ressenti son genre comme un atout: "Comme on est minoritaire, les gens se rappellent de nous", assure-t-elle. "La population de la tech est assez jeune et indépendante d'esprit, les organisations ne sont pas très hiérarchiques et il y a une grande limpidité salariale", renchérit Amélie Faure, partenaire chez Serena Capital, un fonds d'investissement dans l'intelligence artificielle.
Pourtant, les femmes ne se pressent pas au portillon des technologies. Celles qui ont percé avouent avoir parfois eu du mal à se sentir légitimes dans ce milieu très masculin.
(Avec AFP)
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