L’ANP veut débourser près de 4 MDH pour un séminaire de formation avec déplacement à Singapour
L’agence nationale des ports (ANP) prévoit d’envoyer 45 de ses cadres dirigeants à Singapour. C’est dans le cadre d’un cycle de formation, estimé à plus de 4,6 millions de dirhams TTC !!
La direction des ressources humaines de l’agence nationale des ports (ANP), lance ce lundi 12 mars, un appel d’offres public pour la sélection d’un prestataire pouvant fournir un cycle de formation destiné à ses cadres dirigeants.
Des thèmes multiples
Cette formation vise à développer les compétences comportementales et managériales de ces cadres. Elle se compose de quatre parties:
>Une première journée pour l’évaluation des compétences de chacun des participants. Elle permettra de regrouper les différents profils, de manière homogène. Trois groupes devront être formés, de 15 personnes chacun. Ces trois équipes suivront les formations séparément.
>Une formation de 3 jours. Malgré la faible durée de cette période, la direction RH de l’ANP assigne au prestataire sélectionné une liste ambitieuse de sujets à aborder:
1er module: Analyse stratégique, analyse des projets de développement et méthodologie de développement des nouvelles opportunités de business.
2ème module: Développement de l’habileté à la prise de décision, acquisition des outils de pilotage des performances et axes de développement personnel pour chacun des 15 cadres du groupe.
Traiter six sujets majeurs en trois jours (l’équivalent d’une demi-journée pour chaque intitulé) obligera les experts mobilisés pour ce cycle de formation, à proposer une simple initiation, sans possibilité de développer chacun des thèmes prévus.
Il leur sera en effet difficile de creuser en si peu de temps, des sujets techniques et profonds comme l’analyse des projets de développement ou encore, les outils de pilotage des performances.
>La troisième partie de ce cycle de formation est un "benchmark" des pratiques de management stratégique, avec le port de Singapour. Un déplacement durant 9 jours des bénéficiaires de la formation, sera nécessaire pour se rendre compte sur place (si, si, à Singapour), des méthodes de gestion et des stratégies suivies dans un des ports les plus performants à l’échelle internationale.
>Enfin, une consolidation des acquis est prévue durant les deux derniers jours de la formation.
Des bénéficiaires nombreux
Le cahier des prescriptions spéciales pour cet appel d’offres est publié dans le portail des marchés publics. 45 cadres devront profiter de cette formation. Officiellement, il s’agit des directeurs régionaux, des directeurs centraux et des chefs de départements.
N’était-il pas judicieux, de ne proposer cet onéreux déplacement, qu’aux cadres directement concernés par le management des ports?
Par ailleurs, l’organigramme de l’ANP, disponible sur le site officiel de l’agence, ne dénombre que 7 directeurs régionaux, 17 directeurs centraux et 8 chefs de départements. Un total de 32 cadres dirigeants. Qui sont donc les 13 autres bénéficiaires?
De plus, même parmi les 32 cadres identifiés dans l’organigramme officiel, il existe quelques uns dont les attributions sont loin des ports proprement dits et de leur gestion. C’est le cas du directeur financier ou du directeur juridique. Font-ils partie des heureux élus qui iront à Singapour?
D’autres encore, gèrent des ports qui n’ont aucune commune mesure, avec le gigantisme du port de Singapour. A titre d’exemple, un grand port comme celui d’Agadir ne traite annuellement que 75.000 boîtes équivalent 20 pieds (EVP), quand celui de Singapour, deuxième plus grand port au monde, gère un flux de plus de 32.000.000 (EVP).
Seul le port de Tanger-Med s’approche quelque peu de ces dimensions (3 millions d’EVP). Sauf qu’il ne concerne guère l’ANP, puisqu’il dépend d’une agence autonome (TMSA).
N’était-il pas plus pertinent de prévoir un "benchmark" avec des ports comparables aux nôtres, au lieu de se mesurer à un port hors normes ?
Des délais courts
L’appel d’offres est publié ce 12 mars sur le portail des marchés publics et la date prévue pour le choix du prestataire (ouverture des plis) est le 03 avril prochain. Seules 3 semaines sont donc laissées aux soumissionnaires pour:
>Elaborer les modules de formation en question.
>Trouver les experts (nationaux ou internationaux) capables de répondre au cahier des spécifications de l’appel d’offres.
>Prendre contact avec au moins 4 entreprises innovantes, en plus des responsables du port de Singapour, pour organiser un si long déplacement, se faire confirmer des réunions de travail et des séances de benchmark avec les dirigeants singapouriens, etc..
>Evaluer les coûts et proposer une offre globale à l’ANP.
Maîtriser autant de paramètres en si peu de temps, paraît difficile. De mauvaises surprises risquent d’arriver, comme l’annulation de rendez-vous importants à Singapour à cause de malentendus ou se voir proposer des interlocuteurs de second ordre, pour cause d’indisponibilité des acteurs clés de la gestion d’une institution de l’envergure du port de Singapour. Une pareille précipitation risque de déboucher sur une formation inefficiente et vidée de sa substance.
Des coûts élevés
L’ANP exige des soumissionnaires le port de Singapour comme exemple concret pour une familiarisation avec les meilleures pratiques internationales, en termes de gestion des établissements portuaires.
Certes, c’est un objectif ambitieux et une source d’émulation pour ses nombreux dirigeants, mais le coût de la formation en devient exorbitant. L’ANP l’estime à pas moins de 3.870.000 DH HT! Au moins, les trois quarts seront dépenses dans le déplacement à Singapour.
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