La FGD demande l'ouverture d'une enquête sur l'exécution du Programme “Rabat Ville Lumière”
L'exécution du programme "Rabat Ville Lumière" est critiquée par la FGD: "gouvernance ambigüe, manque de transparence, surcoûts, non-respect des normes de sécurité, retards, non-respect du cahier de charges.." Ces "anomalies" font l’objet d’une demande d’enquête déposée par le parti à la Cour des Comptes.
En effet, la FGD a invité la presse, vendredi 16 février, à une conférence consacrée à la présentation d'une demande d'ouverture d'enquête, déposée à la Cour des Comptes, concernant le programme «Rabat Ville Lumière».
«Cela fait deux ans et demi, voire même avant d’être élus, que l’on a commencé à remarquer ces incohérences. Nous avons adressé de nombreux courriers au Wali, nous avons demandé au maire de Rabat de nous fournir des éclaircissements par rapport au sujet, puisqu’il siège au Conseil d’Administration de la société chargée de la réalisation des travaux, nous lui avons demandé de faire appel à la société pour qu’elle détaille le programme des travaux" explique Omar Hayani, conseiller de la FGD, à Médias24.
"Le DG de la société en charge des travaux a, effectivement, présenté le programme le 17 février 2017, mais l’exposé était assez superficiel. Nous avons beaucoup insisté pour avoir ces informations, finalement, tous les partis représentés dans le Conseil de Rabat lui ont posé une trentaine de questions ou davantage. Au moment où le DG voulait répondre, le Maire s’adresse à lui: ‘Vous me semblez fatigué, on laisse les réponses pour une autre fois’. On n’a jamais eu de réponses" ajoute-t-il.
Voici les points relevés par la FGD, tels qu’ils ont été détaillés dans la demande d’ouverture d’enquête déposée au nom de Omar Belafrej, député de la FGD et membre du Conseil de Rabat:
Gouvernance du programme
- Les différents points du programme n’ont pas été discutés au préalable avec les élus qui représentent les citoyens, afin que les attentes de ces derniers se manifestent dans les orientations des différents programmes;
- Les membres du conseil de Rabat n’ont aucune connaissance des détails des projets de «Rabat Ville Lumière», malgré plusieurs demandes adressées à la présidence du conseil de la ville et à «Rabat Aménagement», la société à laquelle le programme a été confié;
- Une réunion du conseil municipal de Rabat s'est tenue le 17 février 2017, consacrée à la présentation des projets «Rabat Ville Lumière» par le directeur général de Rabat Région Aménagement. Des dizaines de questions ont été posées par les membres du conseil municipal, mais le président du Conseil de la ville n'a pas autorisé le directeur général à répondre aux questions des conseillers. «Vous êtes fatigué.. » lui a-t-il dis, selon Omar Hayani, Conseiller de la FGD.
- Le programme comporte des projets nécessitant des travaux très coûteux et non prioritaires pour la capitale, tels que les aménagements des trottoirs de Hay Riyad et de Hassan, tandis que des rues entières à Yacoub al-Mansour et Yusufiya manquent de trottoirs décents;
- Aucun projet n’a été programmé pour la réhabilitation du quartier Agdal (routes, trottoirs ou installations..) malgré l'état déplorable du quartier.
Appels d’offres
-De nombreuses offres ont été confiées à des entreprises spécifiques, dont deux appartiennent à deux présidents de régions et une autre, d’éclairage public, appartenant à un ancien ministre et Wali.
- Défaut de publication des résultats des appels d'offres sur le portail des marchés publics, tel que prévu par les textes 147 et 54 de la loi sur les Offres Publiques.
«Nous avons de sérieuses interrogations sur la passation de marché à ces sociétés dont deux appartiennent à des présidents de régions du même parti, et une troisième appartenant à un ex-ministre et Wali. C’est à la Cour des Comptes de déterminer si l’attribution des marchés à ces trois sociétés s’est faite dans les règles et conformément à la loi» nous déclare Omar Hayani.
Exécution du programme
Routes
-Manque de respect des normes de sécurité routière dans la conception des routes, qui a conduit à une augmentation de la vitesse moyenne des voitures dans le centre-ville, entraînant de nombreux accidents, des piétons principalement (5 morts au moins sur l’avenue Hassan II, par exemple) ;
D’après Omar Hayani, les normes de sécurité routière ne sont pas tout le temps respectées dans les chantiers de Rabat Aménagement. L’élargissement des voies a entraîné l’augmentation de la vitesse moyenne des voitures causant des accidents mortels; on a créé une autoroute urbaine en plein centre-ville. Il y a eu des tentatives d’amélioration, ce n’est malheureusement pas assez, selon lui.
- Mise en place de plusieurs ronds-points sans fondement scientifique, au lieu des signaux lumineux, conduisant à la congestion dans certaines intersections et à la nécessité de présence d'un policier aux heures de pointe (intersection de l’avenue Abderrahim Bouabid dans les avenues du Nakhil et d’Al Melia, et aux alentours de la mosquée Lala Soukaina, par exemple):
Source des photos: Présentation de la FGD lors de la conférence de presse du 16/02/2018
- Travaux d’asphalte non finalisés dans toutes les rues des secteurs 18, 19 et 20 au quartier Hay Riyad, comme prévu dans le cahier de charges, et non installation de panneaux de signalisation après la fin des travaux:
- Retard de plus de deux ans des travaux du boulevard Ma-Al-Ainine ;
-Recours à la force publique malgré l'émission d'une injonction judiciaire explicite contre l'expropriation d'une propriété privée pour l'utilité publique:
- Expropriation de plusieurs propriétés dans la rue d’Helsinki dans le quartier de l’Océan, sans aucun support légal, et ce depuis 2016. L’officialisation du processus n’a été faite qu’en février 2018 par la mairie de Rabat afin de légaliser la procédure:
Sur ces derniers points, Omar Hayani rappelle que l’expropriation des propriétés répond à une procédure légale qui selon lui n’a pas été respectée dans, au moins, deux cas : Hay Intilak 2 sur l’avenue Hassan II, et rue d’Helsinki au quartier de l’Océan.
Sur Hay Intilak 2, les autorités ont démoli une partie d’un mur qui fait partie d’une propriété privée et ayant un titre privé, et ce contre l’avis de la justice: Un jugement préalable interdisant la saisie de ces propriétés pour utilité publique.
Dans le deuxième cas, en mai 2016, les autorités ont démoli des garages et des jardins de villas sans avoir le moindre document légal. "La coïncidence fait que, deux ans après, plus précisément le vendredi 9 février, lorsque nous avons publié la date de notre présentation, le conseil de Rabat a émis une décision qui demande à voter l’autorisation d’expropriation pour utilité publique. Il faut intervenir avant, et non deux ans après" nous explique-t-il.
Arbres et espaces verts
-Des arbres âgés de plus de 20 ans ont été coupés dans plusieurs quartiers de la Capitale ce qui impacte l’aspect vert de la ville, et prive ses habitants des bienfaits des arbres (Anakhil, Al Hour, Mimosa, Kamal Zobdi, Mehdi Ben Barka, Reda Agdira.. pour exemples):
Arbres coupés sur l'avenue Al Hour, Rabat. Source: Présentation de la FGD
- Destruction des racines de plusieurs pins situés sur la rue Al-Arz dans le quartier de Hay Riyad, dans le cadre des travaux de la société en charge des projets, et ayant abouti à la chute de deux arbres sur deux voitures le 8 janvier 2018:
- Plantations lourdes d’herbe verte, bien qu'elle nécessite une importante quantité d'eau pour l’arrosage ;
- Programmation d’installations sur des terrains dédiés aux espaces verts dans la conception du projet (programmation, dans le district 19 de Hay Riyad, d’une piscine couverte sur un terrain consacré à un parc public, par exemple) ;
Eclairage
-Remplacement d’anciens poteaux d'éclairage par des lampadaires normaux au lieu de ceux à lampes économiques, ce qui a entraîné une augmentation de plus de 40% de la facture d'électricité du conseil municipal de Rabat en une seule année ;
-Non-respect du cahier de charges concernant l’installation de poteaux d’éclairage inoxydables dans la corniche de Rabat. Ces poteaux sont rouillés moins d’un an après leur installation.
Autres installations
-Effondrement d'un mur destiné à la protection du Bou Regreg dans la province de Yusufiya, quelques semaines après sa construction par l'entreprise ;
-Destruction d'une partie de l'irrigation d'Ain Agboula située sur la rue Abderrahim Bouabid, datant du 17ème siècle:
La FGD a également relevé quelques points manquants dans le programme de «Rabat Ville Lumière». Citons: des pistes cyclables pour assurer la protection des cyclistes contre les accidents de la route, et la mise en place de signaux lumineux intelligents qui joueront un rôle important dans la diminution de la congestion sur les routes de la ville.
Pour rappel, «Rabat Ville Lumière» est un programme intégré de développement de Rabat, lancé en 2014. Un programme quadriennal pour lequel a été consacrée une enveloppe globale de 9,42 milliards de DH.
Pour consulter la convention relative au programme «Rabat Ville Lumière» : Cliquer Ici.
>> Lire aussi :
Rabat, Ville Lumière, capitale marocaine de la culture.
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