Les stocks de sang au plus bas: le besoin est immédiat, permanent et il augmente
Le don de sang est l'une des contributions les plus importantes qu'une personne puisse apporter à la société. Il n'est pas nocif, et le sang est régénérable au bout de quelques semaines. Pourtant, les Marocains n'ont pas encore cette culture du don de sang. Retour sur la situation du Maroc en termes de réserves sanguines avec Dr Mohamed Benajiba, directeur du Centre national de transfusion sanguine.
Selon le directeur du Centre national de transfusion sanguine, Dr Mohamed Benajiba, les statistiques liées au don de sang au Maroc sont issues d’indicateurs reconnues par l’OMS. Le 1er indicateur est le nombre de dons par rapport à la population générale. Selon l’OMS, pour les pays en développement, ce taux est de 1,2% de donneurs par rapport à la population générale. Au Maroc, ce taux est de 0,96% (300.000 dons) en 2017. Selon lui "il y a donc un effort à faire".
D’après cet indicateur, le Maroc est en dessous de la norme. Comment donc expliquer ce manque?
Dr Mohamed Boujiba répond: "Nous nous baserons sur un ensemble de constats relevés sur nos sites de transfusion sanguine. D’abord, il y a un problème de surconsommation qui nécessite une rationalisation de l’utilisation du sang. Cette rationalisation est une tendance internationale; tous les pays œuvrent pour la réduction de la consommation de sang. Nous remarquons également une baisse du nombre de donneurs de sang, et ce à l’international comme au niveau national, là où il y a un don volontaire et gratuit".
Mais à quoi est due cette surconsommation? Selon le Dr Benajiba, elle est d’abord due à l’indication médicale d'une transfusion. Il faut que l’indication soit bien réfléchie, "ce n’est pas parce que le patient a une anémie qu’il faut nécessairement le transfuser, l’anémie a plusieurs causes qu’il faut étudier, et à partir de là il faut décider si ces patients doivent être transfusés ou seulement leur prescrire un traitement médical", indique-t-il.
Selon lui, c’est pendant les vacances et congés que le Maroc connaît les taux les plus bas en réserves sanguines. Pendant ces périodes, il a été remarqué que les sites ne sont pas aussi productifs que d’habitude. Par exemple, il y a des sites qui reçoivent normalement 60 dons quotidiens, or pendant les vacances ces mêmes sites ne dépassent pas les 30 dons.
Au final, le besoin en sang augmente d’une part, et le nombre de donneurs diminue d’autre part, ce qui impacte le niveau des réserves.
A noter qu’il y a au Maroc 40 sites de prélèvement sanguin. La moyenne normale quotidienne est généralement de 40 dons, un site est donc qualifié de ‘rentable’ si on y a effectué au moins 40 dons par jour.
Au 1er février 2018, le Maroc disposait d’un stock sanguin correspondant à 6 jours (la durée est calculée selon le nombre de poches livrées chaque jour), ce qui équivaut à 5.000 poches de sang. Pour ce qui concerne Casablanca et Rabat, vu que la consommation est très importante dans ces deux villes, les réserves sont généralement égales à 3 ou 4 jours.
Chaque année, les centres de transfusion œuvrent dans le cadre de plans de promotion et plans de prélèvement: "Nous espérons augmenter le nombre de dons de sang cette année de 4%, étant donné que l’OMS estime que la croissance normale de la consommation du sang dans les conditions normales augmente chaque année de 2%", rapporte le directeur du CNTS.
Pour 2018-2021, le CNTS veut cibler les donneurs de sang réguliers. Ces derniers, au Maroc, ne représentent que 22% de l’ensemble des donneurs. D’après le directeur, une personne qui donne son sang au Maroc ne revient généralement pas une deuxième fois. Les donneurs réguliers sont déjà sensibilisés et sont donc plus faciles à mobiliser, il suffit de les rappeler, "nous allons donc mettre en place un service qui va rappeler ces donneurs des rendez-vous de leurs dons".
Un autre objectif du CNTS pour l’année 2018 selon son directeur: Améliorer l’accueil dans les centres de transfusion sanguine; "les donneurs se plaignent parfois d’un mauvais accueil, l'amélioration des conditions d'accueil va donc encourager leur engagement. Si chaque personne revient au moins deux fois par an pour un don de sang, notre réserve pourra facilement doubler".
Le directeur du CNTS affirme qu’il y a de la volonté, les Marocains sont convaincus de l’importance du don de sang. Cependant, il y a une partie de la société qui estime que le besoin n’est ni immédiat ni permanent, ils attendent donc qu’il y ait un appel au don de sang. C’est pour cela qu’il faut toujours les mobiliser. "Il faut que les gens sachent qu’un patient doit parfois recevoir du sang immédiatement sinon il décédera, il faut donc que les poches soient déjà prêtes. Le besoin est immédiat, permanent et il augmente".
A noter que toute personne souhaitant faire un don de sang peut se diriger au centre de transfusion de sa ville.
Le directeur du centre de transfusion sanguine de Casablanca, Dr. Kamal Bouisk, nous annonce qu’il y a 2 équipes mobiles au niveau de la ville; des médecins et des infirmières qui se déplacent avec tout le matériel nécessaire vers les sites de collecte de sang (banques, entreprises..) afin de pouvoir faciliter la collecte de sang, et ce de 9h jusqu’à 13h du lundi au vendredi. Toute entreprise souhaitant donc mobiliser ses collaborateurs pour la cause peut contacter le centre pour réserver une date.
Place Maréchal à Casablanca, une équipe est en permanence tous les après-midis de 14h30 à 18h30, du lundi au vendredi. Bien entendu, le donneur peut aussi se diriger directement au centre de transfusion sanguine où les équipes en charge de la transfusion sont disponibles de 8h30 à 18h30, du lundi au samedi.
Pour rappel c’est la loi qui régit les modalités du don, prélèvement, et utilisation du sang humain (loi n° 03-94) ainsi que les tarifs de cession du sang humain (décret n° 2-89-22).
À découvrir
à lire aussi
Article : À Rabat, Bryan Adams écrit la première page musicale du Théâtre royal
Les "happy few" qui étaient présents ce 5 mai 2026 au Théâtre royal n'oublieront pas cette soirée de sitôt. Dans un élan de nostalgie et de pureté acoustique, l’icône du rock canadien Bryan Adams a inauguré la scène du majestueux édifice de Rabat, offrant un baptême du feu mémorable à ce nouvel écrin architectural.
Article : Où en sont les grands chantiers publics ? Le ministère de l’Équipement lance un observatoire pour le suivi en temps réel
Pour la première fois au Maroc, un ministère ouvre intégralement au public le suivi de ses chantiers. L'Observatoire de l'Équipement et de l'Eau, mis en ligne ce mercredi 6 mai 2026, fonctionne comme une banque de projets actualisée en continu, donnant accès aux 6.243 projets du département à travers une plateforme web et une application mobile. L’observatoire se veut un instrument de transparence et de reddition des comptes envers le citoyen.
Article : Dakhla : l’ambassadeur américain met en avant les opportunités économiques du Sahara marocain
Lors de sa première visite dans la région, Duke Buchan a été reçu par le wali de Dakhla-Oued Eddahab, Ali Khalil, et a souligné l’intérêt des États-Unis pour les perspectives ouvertes par le port en eau profonde en construction.
Article : WAC. Chronique d’une crise sans fin
En difficulté depuis plusieurs semaines, les Rouges et Blancs s’enfoncent dans une spirale négative sur le plan sportif, incapables de retrouver de la constance dans les résultats comme dans le contenu. À cette situation déjà préoccupante s’ajoute désormais une nouvelle crise en coulisses, symbole d’un climat de tension devenu récurrent au sein du club.
Article : Marchés de gros de Casablanca : la tomate poursuit sa baisse, la viande rouge repart à la hausse
DATA. Les données de la SDL Casa Prestations au 6 mai 2026 font ressortir des tendances contrastées sur les marchés de gros de Casablanca.
Article : La vague de démolitions au Maroc : ce qui se passe vraiment
À travers le Maroc, les démolitions se multiplient et alimentent un sentiment de désordre généralisé. Pourtant, derrière ces images virales, se dessine une stratégie structurée portée par plusieurs politiques publiques. Entre aménagement urbain, récupération du littoral et lutte contre l’habitat insalubre, ces opérations répondent à des logiques bien distinctes. Détails.