Langues étrangères, généralisation, gratuité: ce que dit le projet de loi-cadre sur l'Education
Le projet de loi-cadre sur l’éducation voit enfin le jour. Il a été transmis le 26 décembre aux ministres pour un prochain examen en conseil de gouvernement. Il est la traduction de la vision stratégique 2015-2030, élaborée par le Conseil supérieur CSEFRS. Il définit les grandes lignes de l’école marocaine de demain.
En principe, si ce projet de loi est adopté au parlement au printemps prochain, et si les décrets voient rapidement le jour, la loi-cadre entrera en application à la rentrée 2018-2019. Plus de trois années après l’élaboration de la vision stratégique. Et pourtant, réformer est urgentissime.
La loi-cadre sera un cadre contractuel contraignant pour toutes les parties, y compris l’Etat. Elle tranche la question linguistique et définit la gouvernance du système.
Dans une quinzaine d’années, la loi devrait donner son plein effet. Les futurs bacheliers devront alors avoir une pleine maîtrise de la langue arabe, la maîtrise de deux langues étrangères au minimum et pouvoir communiquer en langue amazighe. L’enseignement de cette dernière devra être généralisé.
Le contenu de l’enseignement, la manière d’enseigner, l’élargissement des programmes aux droits humains dans leur acception universelle seront bouleversés. Les notions de citoyenneté, d’appartenance à la nation et à l’humanité, l’esprit critique, seront inculqués aux élèves.
Quelques points essentiels de la réforme
- La mise en avant des rôles fonctionnels des langues présentes dans le système éducatif, en matière d’ancrage de l’identité, d’ouverture sur le monde, d’acquisition des connaissances, des compétences et de la culture, de promotion de la recherche, d’insertion socioéconomique et d’intégration culturelle et dans le système des valeurs.
- Permettre à l’apprenant de maîtriser les deux langues officielles ainsi que des langues étrangères, en particulier dans les spécialités scientifiques et techniques, en prenant en considération les principes d’équité et d’égalité des chances ;
- La langue arabe est la langue principale d’enseignement. Promouvoir la place de la langue amazighe, en tant que langue officielle et patrimoine commun à tous les Marocains sans exclusive.
-Instaurer une diversité linguistique d’une manière progressive, de sorte que les bacheliers devront avoir une maîtrise parfaite de la langue arabe, être capables de communiquer en amazighe et maîtriser deux langues étrangères au minimum.
- L’alternance linguistique est mise en œuvre progressivement à travers l’enseignement de certains contenus ou modules dans une ou des langues étrangères.
-Les apprenants devront avoir accès aux langues étrangères dès leur jeune âge, et ce dans un délai de six ans au maximum après l’entrée en vigueur de cette loi-cadre. De la sorte, ils pourront pratiquer et s’approprier d’une manière fonctionnelle ces langues, tout au long de leur parcours scolaire.
-Les établissements d’enseignement étranger installés au Maroc devront s’engager à enseigner la langue arabe à tous leurs élèves marocains.
-La mise en œuvre de l’architecture linguistique à tous les niveaux se fera conformément à des textes réglementaires.
- La refonte des programmes et curricula d’enseignement de la langue arabe et la rénovation des approches pédagogiques et des outils didactiques en place.
- La poursuite des efforts visant l’aménagement de la langue amazighe sur les plans linguistique et pédagogique, en vue de sa généralisation progressive dans l’enseignement.
- La révision des programmes et curricula relatifs à l’enseignement des langues étrangères conformément aux approches et méthodes nouvelles.
-Diversifier les options linguistiques dans les filières, spécialités et formations et recherches dans l’enseignement supérieur. Ouvrir des filières permettant d’étudier dans les langues arabe, française, anglaise et espagnole dans le cadre de l’indépendance des universités et de leurs besoins.
-Instaurer la formation professionnelle en langue anglaise.
-Dans un délai de six ans, profonde réforme du système d’orientation.
Dans un délai de trois ans, réforme du système d’évaluation, d’examen et de diplomation.
-L’enseignement sera obligatoire, pour l’Etat et les familles, du préscolaire jusqu’au collégial, de 4 ans jusqu’à 15 ans révolus. Cette disposition devra être généralisée dans un délai de 6 ans après l’entrée en vigueur de la loi.
-L’Etat garantit la gratuité de l’enseignement obligatoire.
L’état des lieux
La généralisation de l’enseignement dans le primaire est un objectif qui est à peu près atteint, mais à quel prix? La massification s’est traduite par une baisse de la qualité.
Le Maroc se trouve au stade de la massification, de la généralisation de l’instauration de l’enseignement obligatoire, un stade que des pays comparables ont dépassé depuis 20 ou 30 ans. Se pose maintenant la problématique de la qualité de l’enseignement.
A titre d’exemple, 76% des enfants marocains ne savent ni lire ni écrire au bout de quatre années d’école.
Si l’on veut revenir à la qualité de l’enseignement que le Maroc avait en 2003 [mesurée par divers tests connus], il faudrait 25 ans. C’est le fruit d’une massification nécessaire, conduite entre 2003 et 2011.
Et comme si cela ne suffisait pas, on s’est permis le luxe de perdre encore 3 ans, la durée qui s’est écoulée entre la présentation de la Vision stratégique et l’élaboration du projet de loi-cadre.
La réforme ne commencera à produire son plein effet que quinze ans après son entrée en vigueur.
Sur ce long terme, le profil des bacheliers à l’âge de 17 ou 18 ans sera impacté par les transformations suivantes:
-le socle d’appartenance: qui je suis, avec qui je partage ma vie, où je suis…
-apprendre à apprendre: la connaissance ne doit plus être un objectif en elle-même mais elle doit servir à acquérir de futures connaissances.
-l’intégration sociale et la constitution du capital social, travailler ensemble, vivre ensemble;
-l’individu et son bien-être : apprendre à prendre conscience de son corps, de sa singularité, de sa santé…
-le Maroc, son développement économique, sa place stratégique, ses atouts, ses faiblesses, ses opportunités, ses perspectives, ses challenges.
LIRE EGALEMENT:
LA VISION STRATEGIQUE 2015-2030
GRATUITE DE L'ENSEIGNEMENT PUBLIC: CE QUE DIT REELLEMENT LE PROJET DE LOI-CADRE
OMAR AZZIMAN: AUCUN CHANGEMENT EN MATIERE DE GRATUITE
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