Aérien: les nouvelles lignes low cost menacent-elles la RAM?
Depuis l’entrée en vigueur de l’accord Open Sky en 2006, ce sont désormais 44 compagnies aériennes qui opèrent au Maroc. La multiplication d’opérateurs étrangers, low cost pour la plupart, qui choisissent d’exploiter des routes aériennes traditionnellement dévolues à la RAM n’est pas du goût du transporteur public qui s'estime victime d'une concurrence déloyale parfois soutenue par l’ONMT. Nous passons en revue les différents points de vue en présence.
Concurrence déloyale ou simple loi du marché? Opportunité pour l'activité touristique ou évolution irréversible des marchés? Les questions sont posées.
Interrogée par Médias24, une source de la compagnie nationale estime que la multiplication des partenariats entre l’office national marocain du tourisme (ONMT) et des compagnies low-cost pour ouvrir des lignes sur des routes déjà exploitées par l’opérateur public peut s'avérer dangereuse et impacter l'avenir de la RAM.
Selon que l’on se place du côté de la RAM ou des professionnels du tourisme, le son de cloche diffère évidemment.
La RAM pourrait fermer certaines de ses lignes à cause de la concurrence du low-cost
"L’Open Sky qui a permis à 44 compagnies étrangères de desservir le Maroc est une chance pour attirer plus de touristes étrangers mais l’intérêt national voudrait que l’ONMT sélectionne soigneusement des opérateurs et des routes qui ne vont pas menacer l’équilibre financier de la RAM ou provoquer son éviction de certaines destinations.
"C’est le cas de la liaison Orly-Fès qu’elle desservait seule avant que Transavia ne débarque avec ses prix cassés et s’approprie une partie de sa clientèle. Avec l’arrivée programmée d’Air Arabia, il n’est pas impossible que la RAM soit obligée à terme de fermer cette ligne. L’ONMT aurait été plus inspiré de soutenir des opérateurs souhaitant ouvrir à partir de la capitale spirituelle des liaisons inexistantes comme par exemple Bordeaux, Marseille, Manchester, Berlin, Munich…. Pourquoi cibler des routes où la RAM est déjà présente alors que le marché inexploité est énorme?", se désole notre interlocuteur qui défend les intérêts de la seule compagnie publique marocaine.
Selon lui, l’ouverture d’un vol Dakhla-Orly par Transavia ne pose aucun problème à la RAM qui ne desservait pas cette route mais il déplore le fait que cette filiale d’Air France se mette à utiliser cet aéroport parisien pour desservir ses fiefs (Rabat, Casablanca …) en arguant que c'est une concurrence déloyale sachant qu’Orly est sa 2ème base d’envol après l’aéroport Mohammed V de Casablanca.
"Quand il s’agit de liaisons que la RAM ne dessert pas, la démarche de l’ONMT est complémentaire mais quand ces ouvertures, auxquelles s'associe l'office, concernent des routes déjà exploitées par la compagnie régulière, cela crée un embouteillage d’offre qui tire les prix à la baisse et empêche la RAM de lutter, voire de survivre.
"Désormais, la ligne RAM Paris-Marrakech doit faire face à 6 concurrents dont 5 font du low-cost. Il est donc de plus en plus compliqué de tirer son épingle du jeu car ces nouveaux venus détruisent de la valeur alors que des liaisons inexistantes pourraient être créées car le marché potentiel est énorme. De plus, même sur les routes où la RAM n’est pas présente, il n’est pas lucratif d’accroître le nombre d’opérateurs car avec cette profusion d’offres, certains finissent par jeter l’éponge. Ainsi, Easy Jet a fini par réduire de 20% ses fréquences au Maroc car il gagne moins d’argent avec cette nouvelle concurrence", estime notre source. Elle avance que certaines nouvelles lignes n’accroissent pas automatiquement le flux de touristes étrangers en citant le futur Paris-Fès d’Air Arabia dont la clientèle serait, selon lui, surtout constituée de MRE.
A la question de savoir si le fond du problème n’était pas simplement que la RAM avait du mal à renoncer à son ancien monopole en se révélant incapable de résister à ses nouveaux concurrents plus compétitifs, notre source conclut en rejetant une quelconque volonté de protectionnisme et en ajoutant que le marché est suffisamment porteur pour contenter tous les opérateurs.
Du côté de l’ONMT qui multiplie les accords avec des opérateurs étrangers, une source autorisée affirme que l’office ménage les intérêts de la RAM mais que son rôle de promotion passe par la multiplication des liaisons aériennes qui participe à l’essor des arrivées et des nuitées touristiques.
"Avec ou sans l’ONMT, les compagnies aériennes s’installeront au Maroc"
"Ces ouvertures croissantes découlent de l’accord Open Sky qui a ouvert notre ciel à toutes les compagnies internationales intéressées par le trafic aérien marocain. Nous travaillons avec certains d’entre eux pour les convaincre de s’installer au Maroc (Emirates pour Rabat-Dubaï) mais les nouvelles ouvertures de lignes obéissent d’abord à leur volonté et pas à un diktat de l’office qui ne fait que les accompagner", déclare notre interlocuteur.
"A l’ONMT, la priorité est de sauvegarder les intérêts de la RAM car c’est la seule compagnie aérienne d’intérêt publics et que nous avons besoin d’un opérateur national fort. On ne peut pas nous tenir responsables d’ouvertures de compagnies étrangères qui lui font de la concurrence car ces elles découlent de leur propre intérêt pour des routes qu’elles jugent lucratives. Quand l’ONMT est associé à ces lancements, c’est pour mener des actions de communication et contrairement à certaines rumeurs, l’office ne distribue aucune subvention pour les faire venir", tient à corriger notre source qui ajoute que sur le hub international de Casablanca et l’Afrique, la RAM est protégée mais qu’elle ne peut pas être partout à la fois.
"Notre travail consiste à chercher de nouveaux marchés pour des destinations où il n’y a pas de lignes existantes mais nous faisons aussi en sorte de renforcer certaines lignes déjà exploitées où nous considérons qu’il existe un réservoir de développement important. C’est le cas d’Air Canada qui dessert depuis peu le Maroc en bonne intelligence avec la RAM qui contrairement à ce que l’on aurait pu penser n’a pas vu son activité péricliter.
"La coopération entre l’ONMT et la RAM est totale car cette dernière bénéficie d’une clause de préférence nationale que nous assumons totalement. La majorité des lignes que nous avons signées avec des compagnies low-cost concerne des liaisons qu’elle ne peut pas assurer", explique t-il.
Concernant la ligne Orly-Rabat qui sera bientôt ouverte par la compagnie française Transavia, que la RAM déplore, notre source précise qu’elle a été décidée sans aucun accompagnement de l’ONMT.
"L’office ne peut pas être tenu pour responsable de cette ouverture mais si elle menaçait vraiment les intérêts de la RAM. Pourquoi Air France qui exploite aussi cet axe a permis à sa filiale de s’y installer à son tour? Concernant l’installation de Transavia et d'Air Arabia sur l’axe Fès-Paris qui menacerait la RAM, il faut rappeler que cette ligne qui était assurée exclusivement par la RAM était en chute libre en 2012 avec une baisse de 23% de fréquentation. Si elle n’avait pas réduit sa fréquence quotidienne à 3 ou 4 vols par semaine, cette liaison était vouée à mourir. L’arrivée de Ryanair a boosté cette destination et celles de Transavia et d'Air Arabia vont aussi la faire décoller. Pour Marrakech, il est tout à fait normal de multiplier les dessertes pour remplir la capacité hôtelière de la ville ocre qui est de 70.000 lits", conclut notre source qui pense que la RAM finira par trouver un point d’équilibre avec la nouvelle concurrence pour sauvegarder ses intérêts.
Rappelons que dans le cadre d’une restructuration datant de 2011, elle avait dû se séparer de presque 2.000 salariés pour rester compétitive. Il faudra attendre l’adoption imminente de sa feuille de route pour savoir quel modèle économique sera adopté pour digérer la concurrence des low-cost.
À découvrir
à lire aussi
Article : Vendredi 17 avril 2026 : le dirham s'apprécie face au dollar
Ce vendredi 17 avril 2026 vers 8h30, la première cotation centrale USD/MAD de la journée, telle que publiée par Bank Al-Maghrib (BAM), fait ressortir la […]
Article : Sahara : l'UE juge l'autonomie sous souveraineté marocaine comme la solution “la plus réalisable”
L'Union européenne a affiché jeudi 16 avril 2026 à Rabat une position nettement plus explicite sur le Sahara marocain, en estimant qu'"une autonomie véritable" sous souveraineté marocaine pourrait constituer "une solution des plus réalisables" pour clore ce différend régional.
Article : DGI. Facturation électronique : lancement en préparation, les détails avec Younes Idrissi Kaitouni
Validation en temps réel, rôle central de la DGI dans la circulation des factures, intégration des systèmes d’information et contrôle renforcé des délais de paiement… La réforme de la facturation électronique se précise, avec un déploiement progressif et un écosystème en cours de structuration.
Article : Réduction des effectifs d’ingénieurs chez Renault. Première réaction de Renault Maroc
En annonçant une réduction de ses effectifs d’ingénieurs dans ses centres de recherche et développement, Renault fait naître des interrogations au Maroc, où le groupe vient de lancer un nouveau centre d’ingénierie en 2025.
Article : Dans le Haut Atlas marocain, l’Observatoire de l’Oukaïmeden se veut un hub scientifique mondial
Derrière ses dômes blancs, l’Observatoire de l’Oukaïmeden s’est mué en quelques années en une véritable machine à découvertes. Fort de plus de 4.700 objets célestes identifiés et de collaborations internationales de haut niveau, il s’affirme désormais comme une infrastructure stratégique, à la croisée de la recherche, de la technologie et de la souveraineté scientifique. Et ce n'est qu'un début.
Article : Dakhla : un mégaprojet de datacenters verts de 500 MW lancé pour asseoir la souveraineté numérique du Maroc
Une convention entre plusieurs institutions publiques acte le démarrage des études chargées de fixer le modèle économique, la gouvernance et les modalités de financement du programme.