Premières explications du ministre de tutelle après le discours du Roi sur l'administration
Le Roi a clairement critiqué le faible rendement de la majorité des fonctionnaires. Combien sont-ils? Sont-ils régulièrement évalués et selon quel système? Quels sont leurs niveaux de rémunération? Et quelle est la réaction du ministre de tutelle après le discours royal?
Première chose à savoir: les fonctionnaires de l’Etat ne font pas l’objet d’évaluation annuelle comme cela existe dans le secteur privé avec des règles de management claires et modernes consistant en une évaluation qui compare le rendement final aux objectifs fixés au préalable.
Le système actuel d’évaluation est vieux et totalement dépassé. Il se base sur l’avancement par l'ancienneté et occulte les critères de performance, de productivité… Il est l’émanation du statut général de la fonction publique qui date de 1958.
"La question de l’irresponsabilité et du manque d'éthique professionnelle dont a parlé Sa Majesté ne renvoie pas à une dérive morale individuelle mais à un système défaillant: comment évaluer le rendement des fonctionnaires? Quel référentiel des compétences et des fonctions adopter? Au Maroc, au fil des promotions, un fonctionnaire peut exercer exactement la même tache pendant 20 ans. C'est anormal et contreproductif", commente Mohamed Benabdelkader, ministre de la réforme de l’administration et de la fonction publique dans une déclaration à Médias24.
"Le système de notation actuel est supervisé par le supérieur hiérarchique direct où tout le monde obtient un minimum de 19/20. Comment voulez-vous que la performance soit favorisée quand c'est la complaisance qui est de mise? Nous sommes tous complices", s'indigne un haut responsable dans la fonction publique.
La promotion s’acquiert donc par l’ancienneté. Le fonctionnaire sait qu’il lui faut deux années par exemple pour gravir un échelon… la méritocratie et l'effort personnel n'y ont pas vraiment leur place.
En gros, c’est un système de carrières… qui fait fi de la notion de métier. L’identification se fait par échelle, grade… pas par technicité, spécialisation …
"Lors de la troisième réunion du conseil de gouvernement, j’ai présenté un plan de réforme de l’administration publique qui s’articule autour de trois piliers majeurs dont la valorisation des RH. L’actuel statut général de la fonction publique a fait l’objet de 14 amendements et ne supportera plus un amendement supplémentaire. Le Maroc mérite un nouveau statut", nous confie Mohamed Benabdelkader.
Pour cela, l’ouverture d’un débat public interpellant tout le gouvernement ainsi que les partenaires sociaux et les fonctionnaires est nécessaire. "Nous allons poser toutes les questions, en premier celles qui gênent", poursuit le ministre.
"Ce nouveau statut devra jeter les bases d’une nouvelle fonction publique dynamique selon un système de management des RH qui intègre la formation continue, une gestion basée sur les compétences et la justice salariale…Mais tout en préservant les acquis de la fonction publique et la sécurité de l’ emploi en tant que choix social, levier de stabilité du pays, appareil de l’Etat pour élaborer et mettre en œuvre la politique publique", tient-il à préciser.
Mais un système d’évaluation strict et juste ne peut-il pas aboutir à des licenciements comme dans le privé si des manquements sont constatés?
"Il ne faut pas aller plus vite que la musique. C’est d’un changement de paradigmes à la fois concerté et progressif … ", répond M. Benabdelkader.
Au Maroc, sur 1.000 actifs, 50 sont des fonctionnaires civils de l’Etat.
Au total, l’Etat comptait en 2016 quelque 583.000 fonctionnaires civils (en dehors du personnel des collectivités locales et des établissements publics) pour une masse salariale de 106,8 MMDH. Ces dépenses du personnel ont été d’à peine 66,7 MMDH en 2007, soit une hausse de 5,4% par an en moyenne sur une décennie.
Deux phases distinctes sont à noter:
-Avant 2012: une croissance moyenne de la masse salariale de 7,6% a été enregistrée, accélérée par la révision des salaires en marge du dialogue social ;
-2012-2016: la croissance a été maîtrisée, 2,6% en moyenne par an, résultant essentiellement des départs massifs à la retraite, explique un document du ministère des Finances.
Considérées comme le premier poste dans la dépense publique, les dépenses de personnel représentent plus de 33% du budget général de 2016.
Un salaire moyen de 7.700 DH
Le salaire net mensuel moyen dans la fonction publique a connu entre 2007 et 2016 une augmentation de 44,38%, en passant de 5.333 DH à 7.700 DH.
Le département de l’Enseignement supérieur est le mieux loti avec un salaire moyen de 13.300 DH en 2016, contre 10.900 DH pour la Justice, 9.400 DH pour la Santé, 8.700 DH pour l’Economie, les Finances et l’Intérieur et 8.500 DH pour l’Education nationale….
Plus de la moitié des effectifs des fonctionnaires civils de l’Etat perçoivent des salaires mensuels nets situés entre 6.000 DH et 14.000 DH.
Voici d’autres indicateurs phares dont la source est le ministère des Finances:
Evolution de la masse salariale entre 2007 et 2016
Salaire moyen par échelle
Salaire moyen par département
Effectif par groupe d'échelles
Effectifs par département ministériel
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