Med Paper, CDG Développement, Famille Sefrioui: un deal particulier
Pour CDG Développement, la cession de ses parts dans Med Paper équivaut à une grosse perte. Anas Sefrioui, ayant repris les actions de Med Paper pour la modeste somme de 23,3 MDH à travers sa société Aliken, rejoint pour sa part une entreprise que sa famille connaît bien.
C’est le deal qui a récemment animé la place casablancaise: Le retrait de CDG Développement du tour de table de Med Paper, au profit de la société Aliken, appartenant au magnat de l’immobilier, Anas Sefrioui. Une opération qui présente de multiples facettes intéressantes.
Il y a, tout d'abord, cette grosse perte subie par CDG développement, filiale de la CDG et bras financier de l’Etat.
Mise à jour : Les Sefrioui lancent une OPA sur Med Paper
Celle-ci a cédé la totalité de ses actions, à savoir 820.931 titres Med Paper, une participation d’environ 36%. Une majorité des actions cédées (814.037 exactement soit 31,52% du capital de la société) ont été transférées au portefeuille d’Aliken. Coût de la transaction: la modeste somme de 23,3 MDH, soit un peu plus de 28 DH l'action.
La somme est modeste, car CDG Développement a cédé à perte. Pour comprendre comment, il faut remonter dans le temps.
Lorsque Med Paper fut créée, en 2010, suite à la fusion-absorption de Safripac (société tangéroise de la famille Sefrioui, fondée en 1979), par Papelera de Tetuan (créée en 1948 à l’initiative d’une famille espagnole et rachetée en 1996 intégralement par Cellulose du Maroc, avant son introduction en bourse en 1998), CDG Développement détenait 10,3% du capital de la nouvelle société (265.505 actions), alors que Cellulose du Maroc SA en détenait 23,7%, et la famille Sefrioui en détenait 60,5%. Le prix de l’action au moment de l'opération était de 165,5 DH.

En 2011, CDG Développement s’est renforcée dans le tour de table de Med Paper, en acquérant 649.461 actions, au prix unitaire de 86 DH. Cette opération portera la participation de CDG Développement à plus de 36% du capital du producteur de papier.
Mais alors que CDG Développement détenait un bloc d’actions acquis à 165,5 DH et un autre acquis à 86 DH, l’institution a cédé le tout pour des prix oscillant entre 28,02 DH et 29,85 DH seulement, au grand bonheur d’Anas Sefrioui qui rejoint, à travers Aliken, le tour de table d’une société familiale, une entreprise dont les déboires sont multiples.
Le clan Sefrioui dispose à présent de plus de 54% de droits de vote, que ce soit directement à travers les participations de Mohsin, Fouad et Ilham Sefrioui, ou indirectement à travers Aliken qui appartient au plus connu des Sefrioui, Anas. Ce qui suppose une probable opération publique d’achat, selon la réglementation.

En effet, bien qu’Aliken ait annoncé que dans les douze mois qui suivent son acquisition des actions Med Paper, elle envisage d'arrêter ses achats sur la valeur, la réglementation stipule qu’en cas de franchissement de seuil, toute personne physique ou morale détenant, seule ou de concert, directement ou indirectement, 40% des droits de vote de la société cible, est obligée de déposer auprès de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC) un projet d’offre publique d’achat.
Ceci étant, le cas de Med Paper est intéressant, particulier, et certainement sujet à une jurisprudence, dans la mesure où il ne s’agit pas d’une seule personne physique ou morale qui a franchi le seuil de 40%, mais plutôt de plusieurs personnes physiques, appartenant à la même famille. L’obligation pourra donc être levée.
Les déboires Med Paper
Au cours des dernières années, Med Paper a subi de lourds déficits et son cours en bourse a perdu près de 33% depuis 2012.
Unique producteur au Maroc de papier en bobine et en rame, son chiffre d’affaires est en baisse continue depuis 2014. A l’époque, il était de 116,9 MDH et en 2016, il a dégringolé à 88,4 MDH.
Cela va de soi pour le résultat net de la société, qui est déficitaire depuis plusieurs années. En 2016, la société a perdu 29,1 MDH.
Comme source de ses déboires, Med Paper incrimine l’explosion des importations de papier en bobine et en rame (+283% en 2014 par rapport à 2013, et +6% rien qu’au premier semestre 2015) par les opérateurs locaux. Ceux-ci légitiment leur recours collectif aux importations au détriment des produits Med Paper par plusieurs raisons: une qualité supérieure, une meilleure adaptation aux besoins des clients et une livraison dans les temps, entre autres. Des aspects sur lesquels Med Paper accuse des lacunes, selon les importateurs.
En 2016, Med Paper a toutefois obtenu gain de cause et s’est vue octroyer une mesure de sauvegarde sous forme d’une nouvelle taxation de 25% ad valorem sur les importations des produits papiers, malgré les contestations des professionnels de l’imprimerie et des importateurs, qui attirent l’attention sur les éventuels aléas de cette mesure qui risque d’affaiblir le secteur dans sa globalité.
D’une durée de quatre ans, ladite mesure est accompagnée d’un calendrier de démantèlement, qui fera passer le droit additionnel de 25% en 2016, à 22,5% en 2017, 20,5% en 2018, 17,5% en 2019 puis 15% en 2020.
Mais les opérateurs estiment que cette taxation supplémentaire ne saura résoudre les difficultés de Med Paper, jugeant que le problème principal de celle-ci est structurel, et que sa compétitivité est faible surtout que la pâte à papier, ressource primordiale pour l'entreprise, est elle-même importée.
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