Tourisme: les opérateurs privés dans l'expectative
Les dirigeants de la CNT ont rencontré Mohamed Sajid jeudi 20 avril pour discuter de leurs attentes déçues par la précédente équipe gouvernementale. Selon un participant, les nombreuses questions soulevées resteront en suspens jusqu’à l’adoption du projet de loi de Finances qui montrera si l’exécutif va concrétiser, ou pas, ses promesses de relancer ce secteur aux potentiel énorme.
Lors de la présentation de son programme devant les deux chambres du parlement, le Chef du gouvernement s’est engagé à donner une nouvelle impulsion à l’industrie marocaine du tourisme.
El Otmani y a promis d’accélérer la mise en œuvre de la stratégie touristique Vision 2020 avec un nouveau code d’investissement incitatif, la promotion de quatre stations du Plan Azur, la poursuite du programme compétitivité et innovation et enfin le développement de nouvelles lignes aériennes.
Il faut cependant rappeler que son prédécesseur avait émis, lors de sa déclaration gouvernementale de 2012, les mêmes vœux qui n’ont jamais abouti en cinq années de mandat gouvernemental.
Interrogé par Médias24, un opérateur, requérant l’anonymat, présent à la réunion entre la CNT, le nouveau ministre et sa secrétaire d’Etat a fait part d’attentisme et d’une satisfaction en demi-teinte.
"Pour l’instant, la seule nouvelle dont nous pouvons nous réjouir est l’intégration du transport aérien au tourisme même si nous n'avons toujours aucun détail sur la nature de cette fusion.
"Le dialogue a été franc avec le ministre et nous en avons profité pour évoquer les retards dus au laisser-allez de son prédécesseur. Le problème est que même s’il s’est engagé à rattraper le temps perdu, tout ne dépend pas de lui car son département manque surtout d’un budget conséquent.
"Ainsi, nous ne savons toujours pas si celui de l’ONMT qui est de 347 MDH va être augmenté sachant qu’il devrait être de 1 MMDH. On parle de volonté de relance alors que le lendemain, nous avons eu une réunion avec justement l’ONMT pour réduire les budgets de participation aux salons internationaux.
"Malgré la bonne volonté de Sajid, on attend de connaître les choix budgétaires du nouveau Chef du gouvernement pour répondre aux nombreux problèmes", temporise notre source.
Selon notre interlocuteur, les opérateurs ont voulu savoir si la RAM sera dotée des moyens supplémentaires et si elle sera placée sous la tutelle du département de Sajid sachant que le tourisme pâtit de l’enclavement de certaines régions, de manque de connexions internationales et de tarifs aériens trop élevés.
Concernant la prolifération de projets initiés par les régions qui ne s’occupent pas de leur viabilité, la CNT a réclamé la création d’une autorité régionale chargée de la politique du territoire pour éviter les politiques tarifaires actuelles de survie qui impactent la qualité de service et paupérise le secteur.
S’ils se sont félicités de la volonté gouvernementale de relancer le plan Azur censé promouvoir le tourisme balnéaire, les participants ont voulu savoir quand et comment les stations de Taghazout, de Saïdia, de Mogador et de Lexus deviendront vraiment opérationnelles.
La CNT a aussi soulevé les questions de l’endettement du secteur, de la date de création du Conseil national du tourisme et d’une carte vacances pour booster le tourisme interne, ainsi que la nature de la future stratégie digitale qui nécessite une synergie entre les acteurs publics et privés.
Pour mener à bien tous ces chantiers, les dirigeants de la CNT ont proposé au ministre de s’associer dans le cadre d’un partenariat Public Privé (PPP).
Concernant la vision 2020 qui peine à se concrétiser, la CNT a demandé accès à l’audit réalisé par le cabinet BCG, dont les recommandations n’ont jamais été publiées par le précédent ministre.
Préférant temporiser et maîtriser chaque dossier évoqué par la CNT, le ministre a déclaré à ses interlocuteurs qu’il ne ménagerait pas sa peine pour remettre le tourisme à la place qu’il mérite.
S’ils se disent plus optimistes avec Sajid qu’avec Haddad, les opérateurs sont sortis de cette réunion sans vraies réponses avec le sentiment qu’il faudra encore attendre les amendements du projet de loi de Finances pour voir si le tourisme fera l’objet d’une politique dédiée et d’un budget conséquent.
À découvrir
à lire aussi
Article : CIRDI : Face à Emmerson, Rabat demande une bifurcation de la procédure
Face à une réclamation de 1,215 milliard de dollars portée par les investisseurs liés au projet de potasse de Khémisset, le Maroc demande au CIRDI d’examiner en priorité ses objections de compétence.
Article : Les nappes phréatiques ont moins bénéficié des pluies que les barrages
Alors que les barrages marocains affichent un taux de remplissage de 76,2 %, le niveau des eaux souterraines raconte une autre histoire. L'analyse des données satellitaires sur dix ans révèle un rebond disparate et timide.
Article : Transport militaire : le Maroc renforce sa flotte de transport aérien avec l’Airbus C295
L’Airbus C295 acquis par les Forces armées royales dans le cadre de la modernisation des Forces royales air a été dévoilé par Forum Far-Maroc. Selon l’expert militaire Abdelhamid Harifi, cette acquisition vise à renforcer les capacités de transport aérien militaire du Maroc, tout en s’inscrivant dans le contexte du rapprochement maroco-espagnol.
Article : EXCLUSIF. Cartes à l’appui, les grands changements urbanistiques envisagés à Hay Mohammadi
CASABLANCA. Le projet de nouveau plan d’aménagement de Hay Mohammadi arrive à une étape décisive. Prévu pour examen le 14 mai par le conseil de la ville de Casablanca, ce document suscite une vive contestation locale, notamment autour du devenir de quartiers historiques comme Derb Moulay Cherif. Voici, en détail, ce que prévoit ce plan.
Article : African Lion 2026 : comment le Maroc a testé l’armée du futur dans le Sud
Clôturé le 8 mai 2026, l’exercice coorganisé par les FAR et la SETAF-AF a réuni plus de 40 nations, dont 28 africaines. IA de commandement, drones FPV, munitions rôdeuses, Apache, WanderB et blindés modernisés... Cette édition a marqué un saut tactique et technologique majeur. Décryptage.
Article : Hôtels. Les visites mystère vont-elles vraiment améliorer le service ?
Lancée par la SMIT, l’opération suscite déjà des réserves chez certains professionnels, qui plaident pour des audits suivis de plans d’action, de contre-visites et d’investissements dans la formation, plutôt que pour une logique strictement punitive.