Les professionnels de l'assurance appréhendent la transformation digitale
Réunis à Casablanca ce 19 et 20 avril, les assureurs veulent appréhender les effets de la transformation digitale sur leur chaîne de valeur. Les implications réglementaires sont également à l'ordre du jour.
"Réinventer l’expérience client à l’ère du digital", c’est la thématique qu’a choisie la Fédération marocaine des sociétés d’assurances et de réassurance (FMSAR), pour la 4e édition du Rendez-vous de Casablanca de l’Assurance, organisé ce 19 et 20 avril.
Le secteur veut saisir les opportunités et affronter les différentes menaces qui accompagnent l’avènement du digital: Proximité du client et une meilleure compréhension de ses attentes d’un côté, mais également l'influence sur les conditions de marché, sur les coûts, sur les prix et sur les marges conventionnelles de l'autre.
"Cette révolution numérique nous interpelle sur la reconfiguration que pourrait connaître toute la chaîne de valeur du secteur", affirme Hassan Boubrik, président de l'Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS).
"Avec le digital, nous avons accès à toutes les offres, nous pouvons être plus exigeants avec nos marques préférées et en changer instantanément si la concurrence propose un meilleur produit", s'inquiète pour sa part Mohamed Hassan Bensalah, président de la FMSAR.
Ceci étant, l’implication des compagnies d’Assurances à elles seules dans cette transformation digitale ne suffit pas, encore faut-il que les gouvernements suivent le mouvement.
"Nous le savons déjà, le digital sera déterminant dans la réussite de nos stratégies de développement dans nos sociétés émergentes. Encore faut-il que l'Etat nous accompagne en rendant applicables les textes qui nous autorisent à mettre en place tous ces changements", a ajouté M.Bensalah.
Et le régulateur semble approuver: "Aux problématiques classiques de la régulation prudentielle, ou de la surveillance des pratiques des marchés, s’ajoutent des difficultés spécifiques à l’activité de l’assurance digitale, et à cette révolution numérique", indique M. Boubrik.
"Comment traiter juridiquement les nouveaux acteurs et les nouvelles plateformes qui vont émerger? comment les assujettir au contrôle d’une juridiction spécifique? Comment prendre le caractère automatique et transfrontalier des opérations? Quelle garanties apporter en matière de protection des assurés? Quel moyen pour garantir une utilisation loyale des données personnelles?" se demande-t-il.
C'est dans ce sens que le président de l'ACAPS a annoncé sa volonté d’initier prochainement, avec le secteur, une réflexion sur une réforme profonde du code des assurances, qui pourrait tracer un cadre pour les quinze prochaines années et anticiper les évolutions futures sur toute la chaîne de valeur.
Cette quatrième édition du rendez-vous de Casablanca de l’Assurance a battu un nouveau record d’affluence. Et ce aussi bien en terme de pays participants (40 pays) qu’en assistance (900 personnes).
En marge de l'événement, qui accueille le Sénégal en tant qu'invité d'honneur, une convention de coopération a été signée entre la FMSAR et la Fédération Sénégalaise des sociétés d’assurances, qui prévoit une rencontre deux fois par an pour échanger et partager les expériences réussies de part et d’autre.
De nouveaux risques "digitaux"
L’avènement du digital transforme non seulement la relation assureur/assuré, mais transforme également la nature des risques couverts. Ce qui implique qu’il faudra également repenser les produits d’assurance qui seront développés dans l’avenir.
L’assurance automobile, par exemple, sera bouleversée avec l’avènement du véhicule autonome. Sans conducteur, ce n’est plus la responsabilité civile de celui-ci qui sera couverte, mais celle du constructeur, ou éventuellement celle de l’éditeur du logiciel de technologie embarquée.
"Nous pouvons imaginer dès lors que les impacts sur le segment des assurances automobiles pourraient être colossaux, que ce soit en termes de taille globale du marché, d’appréciation du risque et de tarification, ou en termes de la nature des rapports entre assuré et assureur", explique Hassan Boubrik.
Il ajoute: "Même avant l’avènement des voitures autonomes à une échelle relativement large, ce qui prendra un certain temps, l’usage d’une voiture connectée, ce qui est d’ores et déjà très répandu, implique une offre d’assurance qui doit s’y adapter".
D’une autre part, les protections contre les risques de cybercriminalité auront également à se développer.
Les coûts estimés du cyber crime dépassent les 400 milliards de dollars par an, selon un rapport du Forum économique mondial. Et dans un contexte d’interconnexion croissant de l’économie, pouvant occasionner des effets de cascade, les conséquences des cyber attaques peuvent être désastreuses.
La demande de protection contre les cyber risques par l’assurance augmentera donc sans doute, et ce segment est appelé à se développer très rapidement.
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