Un événement: 100 intellectuels et artistes en faveur de l’égalité de l’héritage
Le tabou de l’héritage dans la société marocaine va encore vaciller avec le lancement ce mercredi 12 avril, d’une initiative menée par Hakima Lebbar, psychanalyste et galeriste, récidiviste en matière d’initiatives en faveur de l’égalité hommes-femmes. 100 hommes, intellectuels, journalistes ou artistes, défendent l’égalité successorale.
Cette fois-ci, il s’agit d’un livre et d’une exposition itinérante. Le livre sort ce mercredi en même temps que démarre l’exposition. Une centaine d’hommes, exclusivement des hommes, défendent, chacun à sa manière, le principe de l’égalité successorale entre les hommes et les femmes, tabou ultime ou presque dans les sociétés musulmanes.
Hormis les publications très élitistes comme Prologues, les premiers débats publics sur cette question ne remontent qu’à 2015. Au Salon du livre de Casablanca d’abord, puis à l’occasion de la publication d’une recommandation du CNDH, en passant par diverses rencontres.
Le livre est une initiative de Hakima Lebbar, récidiviste en la matière. Le précédent ouvrage collectif édité par sa galerie Fan-Dok “Femmes et religions, points de vue de femmes du Maroc“ qui a vu une participation exclusivement féminine pour dénoncer le patriarcat et la discrimination de la femme dans les différentes religions.
La même galerie, dirigée par Mme Lebbar, publie cette fois-ci un ouvrage exclusivement rédigé par des hommes. En quelque sorte, les hommes s’adressent aux hommes, premiers bénéficiaires d’une situation inégalitaire en matière successorale.
Hakima Lebbar explique pourquoi elle a opté pour cette formule: “Le choix de l’exclusivité féminine ou masculine est là pour souligner que femmes et hommes sont semblables et égaux.
Le premier ouvrage a donné la parole aux femmes car elles ont été très longtemps écartées du penser le religieux. Ce n’est que ces dernières années qu’elles ont pu devenir rabbin, prêtresse et imam.
Dans cet ouvrage, ce sont les hommes qui défendent l’égalité en héritage car l’égalité hommes/femmes est aussi leur affaire, et ce n’est qu’ensemble qu’une société meilleure peut être envisagée, notamment en luttant contre les différentes formes de discrimination“.
Ce sont donc une centaine d’hommes qui participent à cet ouvrage: islamologues, philosophes, sociologues, juristes, économistes, essayistes, écrivains, poètes, journalistes, acteurs politiques, musiciens, cinéastes, plasticiens, calligraphes, caricaturistes, et autres auteurs.
“L’approche patriarcale de la femme a généré de nombreuses inégalités dans les trois cultures monothéistes, inégalités qu’on va retrouver dans le domaine de l'héritage“, rappelle Hakima Lebbar dans un prière d’insérer qu’elle a adressé aux rédactions.
Elle cite des exemples: “La femme juive n’hérite pas (…). Dans la culture chrétienne, par exemple sous l'ancien régime en France, les filles étaient seulement "dotées" selon le bon vouloir des parents et seuls les garçons avaient le droit à l'héritage. Et dans la tradition musulmane, la part d’héritage de la femme est de loin inférieure à celle de l’homme (à part quelques cas particuliers) car il est inscrit dans le coran que la part du frère est le double de la part de sa sœur. Cette inscription a pendant longtemps plombé toute réflexion sur l’égalité en héritage même si il existe d’autres versets tout à fait égalitaires sur la question de la répartition de l’héritage entre hommes et femmes“.
Une partie de l’argumentaire de Hakima Lebbar s’inscrit donc à l’intérieur des textes ou évite de les heurter frontalement: “A l’aune de cette évolution, plusieurs dispositions inscrites dans le coran ont été remplacées par des lois positives (…) l’esclavage a été criminalisé ainsi que la lapidation et l’amputation de la main du voleur qui ne sont plus pratiquées dans la majorité des pays musulmans. Ce changement a été effectué sans pour autant heurter la foi des musulmans, mais quand il s’agit de l’égalité de la femme avec l’homme, les résistances se réveillent et les versets et les hadiths qui proposent une pseudo supériorité de l’homme sont brandis comme des lois divines immuables“.
Elle cite également le droit positif et la loi suprême, la Constitution de 2011, entre autres l’article 19 relatif à l’égalité des droits entre les hommes et les femmes dans tous les domaines.
Les données socio-économiques sont également éloquentes: “Au Maroc, près de 27% des familles ont une femme à leur tête, c'est-à-dire que ce sont elles qui entretiennent financièrement leur famille. (…) Avec toutes ces évolutions, le Maroc d’aujourd’hui ne ressemble plus en rien à la société d’Arabie du premier siècle de l’hégire et la société marocaine ne peut plus être gérée par une législation successorale héritée de cette période. Cette législation contribue à la vulnérabilité économique de la femme, condamne beaucoup de familles à la pauvreté et fragilise les relations familiales et la société dans sa globalité“.
La réalité finit d’ailleurs par contourner l’inégalité successorale, le nombre de familles qui recourent aux dons égalitaire entre enfants de sexe opposé est en croissance permanente.
L’initiative de Hakima Lebbar sera lancée ce mercredi à 18H à Rabat à la galerie Fan-Dok.
En plus de la sortie du livre, une exposition itinérante est organisée, elle regroupe des artistes choisis pour leur talent respectif et en tenant compte du genre d’expression artistique (peinture, sculpture, photographie, calligraphie, caricature et autres).
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