Liquidation de la Samir: Le risque d’échec est élevé, voici pourquoi
Tous les indices disponibles montrent que le dossier de liquidation de la Samir risque de trouver une issue non satisfaisante, voire pas d’issue à court terme. Car tous les moyens n’ont pas été mobilisés pour la réussite de cette liquidation.
En principe, le dernier délai pour déposer des “offres“ de rachat des actifs est le 9 mars 2017. C’est un délai théorique, car le syndic chargé de la liquidation répète que “l’on est flexibles“.
Quoi qu’il en soit, 9 mars ou pas, il viendra un moment, proche, où des candidats déposeront des offres de rachat.
Là, nous nous trouverons devant deux possibilités:
-ou bien l’appel à manifestation d’intérêt sera déclaré infructueux car les offres jugées insuffisantes;
-ou bien l’une des offres sera acceptée, après négociation avec le repreneur pour tirer le maximum.
Dans le premier cas, on aura juste perdu du temps. Et on pourra reprendre la procédure en évitant les erreurs qui ont été commises dans la gestion de ce dossier.
Dans le second, tout dépendra du montant qui sera conclu avec le repreneur choisi.
Bluff et tutti quanti
Une multitude d’indices montrent que le syndic joue sur la psychologie du marché pour susciter l’intérêt et laisser croire que la Samir est (très) convoitée. C’est un jeu qui n’est pas sans risques. Car à trop bluffer, n’importe quel vendeur risque de faire fuir les candidats sérieux, en mettant en avant (ou suscitant) des offres qui n’existent pas ou dont il sait qu’elles ne sont pas sérieuses.
Il en va ainsi du cas du cabinet d’avocats italiens qui a déposé “une offre“ à 31 milliards de DH. Vérification faite, ce cabinet qui existe, a adressé une simple lettre sans en-tête, composée de quelques paragraphes, qui évoquent une simple possibilité. De là à parler d’offre, le pas n’aurait pas dû être franchi.
Bis repetita fin janvier lorsqu’on exhibe une nouvelle “offre“ [cette fois-ci, elle est “très sérieuse“, nous déclare une source proche du dossier de liquidation] à 31,5 milliards de DH. En réalité, la société au nom de laquelle l’offre a été présentée est introuvable. Le courrier n’est même pas signé du président.
On ne vend pas le groupe Samir comme on vendrait une voiture d’occasion. Ici, c’est une opération de cession judiciaire, avec des enjeux économiques et sociaux. La crédibilité de l’opération et du syndic en charge de la liquidation est engagée. Elle est essentielle à la réussite de l’opération.
Nous évoquons la crédibilité car il faut montrer au marché que l’on sait où l’on va et que l’on maîtrise les concepts. Manifester son intérêt, ce n’est pas déposer une offre. Bluffer, ce n’est pas faire jouer la concurrence. Un cahier des charges n'est pas une compilation photocopiée des documents existants dans l'entreprise. A-t-on jamais vu une vente judiciaire se faire de cette manière?
Avec la crédibilité, le meilleur moyen d’obtenir un excellent prix, c’est l’évaluation.
Les expertises lancées par le syndic ont été réalisées par des experts agréés auprès des tribunaux. Dans certains cas, ces experts n’étaient pas du secteur concerné par l’expertise, voire ils en étaient très loin. Le syndic était libre de faire appel, en plus, à d’autres experts, de réaliser des évaluations parallèles, éventuellement par des cabinets internationalement reconnus. Cela aurait donné des indications au marché international et tiré les prix vers le haut.
Le marché, une grande inconnue
Le troisième point pour tirer le prix vers le haut, c’est la visibilité sur le marché. Notamment sur le plan réglementaire. Une protection minimum garantissant une part de marché raisonnable et certaine, aurait été possible. Il fallait la demander à l’Etat. Car l’Etat doit récupérer ses deniers. Il y a 14 milliards de DH à la clé (créance de la Douane) et ce n’est pas rien.
Une liquidation réussie, c’est une vente au meilleur prix pour rembourser l’Etat, les créanciers privés, garantir l’emploi, développer l’activité. C’est obtenir le meilleur prix possible dans un contexte donné.
L’opération de vente en elle-même doit être crédible. En ce sens que le prix obtenu doit être considéré comme le meilleur pouvant être obtenu sur le marché.
Aujourd’hui, hormis le cas où la vente se fera à un prix mirifique (3 milliards de dollars ou plus), tout montant de cession sera contesté par les créanciers.
Les créanciers auront le droit d’interjeter appel et certains ne s’en priveront pas. D’autres contestations juridiques sont à prévoir par exemple pour ce qui concerne la vente d’actions de sociétés filiales sans tenir compte du droit de préemption garanti par les statuts. Le Titre IV du Livre V du Code de commerce ouvre la voie aux procédures de recours après les cessions d’actifs conclues dans le cadre d’une liquidation judiciaire.
Créanciers: Etat, banques, fournisseurs, obligatoires...
La Samir, c'est une dette évaluée autour de 43 MMDH fin 2015. Banques marocaines (8,5 MMDH) ou internationales (3,3 MMDH), fournisseurs (9 MMDH), Etat via l’administration des douanes notamment (14 MMDH) et obligataires (800 MDH) se disputeront le produit de la liquidation.
Le montant de la cession conditionnera leurs chances d'être remboursés. Leur statut de privilégié (BCP, Douane) ou de chirographaires aussi, les premiers étant naturellement servis les premiers.
Fait intéressant, de gros prétendants comme le groupe Carlyle (4,5 à 5 MMDH) ou l'International Islamic Trade Finance Corporation ITFC (1,7 MMDH) ne disposent d'aucun privilège. Il devront faire la queue. Espérer un surplus.
Mais faut-il encore que leurs créances soient admises. Les séances dédiées aux vérification s’enchaînent, se ressemblent et leur issue demeure incertaine. Hormis quelques uns comme BB Energy (1,3 MMDH) qui sera fixé le 27 février, les autres sont dans l'attente.
Quant aux actionnaires de la Samir, les petits porteurs…" Ils ont joué, ils ont perdu", disait l'autre.
Pour finir, espérons que cette analyse sera au plus vite démentie par la super-offre qui permettra de rembourser l’Etat, les créanciers et de garantir l’emploi. Car la Samir a suscité l'intérêt d'entreprises étrangères connues et sérieuses, toutes du secteur. Il faut juste faire ce qu'il faut pour réaliser la meilleure valorisation.
À découvrir
à lire aussi
Article : BMCI-Crédit du Maroc : ce que pèserait le futur pôle bancaire de Holmarcom
Le rachat de la participation de BNP Paribas dans la BMCI, s’il est validé par les instances de régulation, ouvrirait la voie à une fusion avec Crédit du Maroc. Que pèserait alors le nouvel ensemble ? Et comment rebattrait-il les cartes du secteur bancaire ? Si toute projection précise reste délicate, une fusion ne se résumant pas à l’addition mécanique des indicateurs, nous vous proposons une première lecture indicative de la recomposition du paysage bancaire qui pourrait se dessiner.
Article : Taux d’activité, le grand problème sous-estimé du marché de l’emploi marocain
Depuis vingt-cinq ans, le taux d’activité recule continuellement, révélant une sortie silencieuse d’une partie de la population en âge de travailler du marché du travail. Le phénomène est particulièrement marqué dans le monde rural, chez les femmes et parmi les jeunes.
Article : Souveraineté navale. Comment le Maroc a réinventé sa défense en mer
Après une longue période de déclassement naval, le Maroc a engagé, sous le règne de Mohammed VI, une modernisation progressive de sa Marine royale. Loin d’une course aux bâtiments lourds, Rabat privilégie une flotte plus agile, adaptée à la surveillance d’un vaste domaine maritime et aux menaces asymétriques. Une doctrine de souveraineté fondée moins sur l’affichage de puissance que sur l’efficacité opérationnelle.
Article : Tanger et Casablanca, vitrines du potentiel industriel marocain pour les entreprises basques
Une délégation réunissant une vingtaine de sociétés du Pays basque espagnol, aux côtés de leur chambre de commerce et des autorités provinciales, a multiplié cette semaine les visites de sites majeurs, dont les usines de Stellantis et Renault, ainsi que les échanges avec la GEM, afin d’identifier des débouchés concrets dans l’automobile, l’aéronautique et les équipements industriels.
Article : Les États-Unis le réaffirment : l'autonomie, “unique base d'une solution juste et durable” au Sahara
Les États-Unis ont réaffirmé, mercredi 29 avril 2026, leur "reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara" et leur soutien à l’initiative marocaine d’autonomie comme "l’unique base d’une solution juste et durable" à ce différend.
Article : Officiel: Holmarcom prendra le contrôle de la BMCI et la fusionnera avec Crédit du Maroc
Holmarcom reprendra la totalité des parts de BNP Paribas dans la BMCI. L'accord a été signé ce mercredi 29 avril 2026. La finalisation est annoncée pour le quatrième trimestre 2026, sous réserve bien sûr des autorisations réglementaires. Après Crédit du Maroc, Holmarcom réalise une deuxième opération d'éclat.