Abattage avicole. 80% de la production de poulet passe par les tueries non contrôlées
Les professionnels du circuit organisé souhaitent inverser la tendance. Une étude réalisée par le cabinet Mazars propose des axes de réforme dont la reconversion des tueries traditionnelles en abattoirs de proximité ou en points de vente.
Jeudi 22 décembre à Casablanca, un séminaire sur l’abattage des volailles a été organisé, conjointement par la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA), l’Association nationale des abattoirs industriels avicoles (ANAVI) et l’ONSSA.
C'est le premier d’une série de rencontres régionales, afin d’alerter l’opinion publique sur les dangers de l’abattage traditionnel et sensibiliser certains ministères comme l’Intérieur, la Santé, l’Environnement… sur la nécessité de travailler ensemble pour en limiter les dégâts.
«Un représentant de la FAO nous a rendu visite il y a quelques semaines. Il nous a dit qu’on avait un excellent arsenal réglementaire, peut-être l’un des meilleurs qui puissent exister, mais qu’au niveau de son application, le Maroc est très en retard», a lancé d’emblée Omar Benayachi, président de l’ANAVI.
En effet, en plus de textes généraux comme la loi 28-07 relative à la sécurité sanitaire des produits alimentaires, la loi 25-08 portant création de l’ONSSA ou encore la loi 13-83 relative à la répression des fraudes sur les marchandises… des textes spécifiques encadrent en particulier l’activité avicole. Il s’agit par exemple de la loi 49-99 sur la protection des élevages avicoles, du contrôle de la production et de la commercialisation des produits avicoles et de ses 13 arrêtés d’application…
«10 ans après l’entrée en vigueur de la loi 49-99 –NDLR en 2007-, sa mise en application laisse à désirer. Malgré l’obligation de par la législation d’obtenir un agrément de l’ONSSA pour l’élevage avicole de plus de 500 volailles, pour les couveuses d’œufs, le transport, la distribution, la découpe, la transformation…, plus de 80% de l’activité de production de poulet et 20% pour ce qui est de la dinde passent par l’abattage non contrôlé. Le grand souci qui se pose est l’impossibilité de remonter la chaîne et d’identifier la source du manquement en cas de problème», souligne Abdellah El Madhoun, chef de la division vétérinaire à l’ONSSA.
Actuellement, 25 abattoirs contrôlés existent, contre 15.000 tueries relevant du circuit informel. Les tueries de quartier, les grosses tueries et même les marchés de gros sont pointés du doigt.
«Notre souhait n’est pas de voir ces unités fermer, mais de les aider à se reconvertir en abattoirs de proximité, destinés exclusivement aux ménages en répondant à des cahiers des charges ou en points de vente. La chaîne de froid doit absolument être respectée, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui», précise M. Benayachi.
Selon une étude réalisée par le cabinet Mazars Maroc à la fin 2015, les subventions par unités nécessaires à cette reconversion varient entre 40.000 et 60.000DH.
«Il est possible d’avoir l’appui de l’INDH, du plan Rawaj, de la BIRD ou de la FAO, qui est très sensible à cette question », précise M. Benayachi.
Parmi les principaux points de réforme proposés par Mazars, le développement de l’agrégation au niveau de l’élevage, en mettant l’abattoir au centre de ce regroupement, mais également la valorisation des déchets.
«Le secteur offre d’intéressantes opportunités en termes de valorisation des déchets en engrais organiques, par exemple. Mais pour cela, il faut disposer de grandes quantités pour que le projet soit viable. Tant que le gros de l’abattage échappe au circuit organisé, nous n’y arriverons pas. Des investisseurs potentiels, étrangers notamment n’attendent que cela pour ouvrir des unités sur place», confie le président de l’ANAVI.
Le renforcement du rôle de l’ONSSA est également recommandé, en lui donnant un pouvoir de sanction et de fermeture en cas de contravention.
«Dans les unités de restauration par exemple, si nous constatons une infraction, tout ce que nous pouvons faire, c’est faire un PV. Idem pour les véhicules transportant la volaille. Nous avons verbalisé plusieurs centaines de véhicules l’année passée, mais il n’y a pas eu de suite», s’indigne Abdellah Assoul, directeur régional de l’ONSSA Casablanca-Settat.
Des pays comme la Tunisie ou encore la Turquie sont des exemples à suivre, recommande Mazars.
Le premier a réussi après la réforme de 2007 à faire transiter 65% de la production de volaille par les abattoirs agrées, contre 70% vendus à l’état vif auparavant et à exporter notamment en Afrique.
La Turquie quant-à-elle constitue un challenge plus ambitieux. Avant la réforme de 1990, la production nationale n’y satisfaisait pas la demande. Sept années plus tard, le pays a démarré l’export et est devenu 5e plus gros exportateur dans le monde.
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