Violences faites aux femmes: Piqûre de rappel du Printemps de la dignité
La coalition du Printemps de la dignité a tenu mercredi 7 décembre une réunion consacrée aux combats à mener contre les violences faites aux femmes. Un timing bien choisi par le collectif, afin de faire pression sur le futur gouvernement.
Les chiffres font froid dans le dos. Au Maroc, près de deux femmes sur trois ont été victimes d’une ou plusieurs formes de violences. Plus de la moitié les ont subies dans le cadre de la vie conjugale et seulement 3% des femmes violentées ont déposé plainte auprès des autorités.
Violences faites aux femmes: un bilan législatif bien maigre selon le collectif
Pour Khadija Rouggany, avocate au barreau de Casablanca et membre de la coalition du Printemps de la dignité, "il est nécessaire que la législation prenne en compte quatre dimensions pour venir à bout de la violence faite aux femmes. Il s’agit de la prévention, de la protection,de la sanction et enfin de la prise en charge."
Durant les cinq ans du mandat du gouvernement de Abdelilah Benkirane, la moisson a été maigre, d’après la militante. "Le projet de loi sur la violence faite aux femmes qui a été adopté par le gouvernement, reste éloigné du plafond de revendications des associations féministes, explique-t-elle. Par exemple, le législateur ne donne pas de définition de la violence psychologique. Et nous savons en droit que quand un terme suppose plusieurs interprétations, il devient difficile de sanctionner les actes."
Par ailleurs, concernant le projet de Code pénal, Me Rouggany a souligné que "ce dernier ne respecte pas l’approche genre. Celui qui nous a été proposé durant ce mandat gouvernemental ne respecte en aucun cas la dignité de la femme et ne lui permet pas d’accéder à la justice. Concernant le projet de loi 10-16, qui insère des dispositions concernant l’interruption volontaire de la grossesse, son élaboration démontre qu’il y a une volonté de surveillance et de contrôle de la femme dans ses choix."
Au-delà du texte, notre source s’inquiète de l’ampleur du pouvoir discrétionnaire concédé aux juges. "Dans la pratique, que le juge soit un homme ou une femme, il ne prend que très rarement la défense de la victime dans les affaires de violences domestiques. C’est pourquoi il est nécessaire de protéger les femmes violentées contre le référentiel culturel du juge lui-même. Pour ce faire, il est nécessaire d’avoir des lois précises, qui cèdent le moins de champ possible à l’interprétation."
En attendant le prochain gouvernement…
La réunion organisée par la coalition du Printemps de la dignité intervient au moment où les tractations sont en cours pour la formation du prochain gouvernement. Une occasion pour les associations féministes de rappeler et d’appuyer leurs revendications, en attendant le prochain appareil exécutif.
D’ailleurs, Me Rouggany estime que pour arriver à bout de la violence et de la discrimination à l’égard des femmes, "il faudrait que la réforme législative soit portée par un gouvernement qui a une réelle volonté politique."Ainsi, au niveau exécutif, Khadija Rouggany estime que certains départements ministériels jouent des rôles clés à la fois dans la réforme de la législation et l’évolution des mentalités.
"Les ministères de la Justice et le ministère de la Femme et des affaires sociales doivent jouer un rôle pour verrouiller l’arsenal juridique et technique, afin de prévenir, de protéger, de réprimer les agresseurs et de prendre en charge les femmes victimes de violences. Le ministère de l’Intérieur doit également déployer ses efforts pour intervenir efficacement lorsqu’une violence est constatée. Le ministère de la Communication doit lui aussi jouer un rôle dans la sensibilisation du public sur cette question. Quant au ministère des Affaires islamiques, il doit diffuser les valeurs religieuses qui concordent avec les valeurs humaines, comme la protection de la femme contre les différentes formes de violence", développe-t-elle.
L’art, une autre manière de protester contre la violence
Durant cette réunion qui s’est tenue à Rabat, la coalition du Printemps de la dignité a présenté un programme d’activités pour les prochains jours. L’objectif est de diversifier les canaux d’expression et de manifestation pour sensibiliser les politiciens et le grand public aux fléaux de la violence et de la discrimination à l’égard des femmes.
Le samedi 10 décembre à l’ISIC, une centaine de jeunes de l’association des Jeunes ambassadeurs de la créativité présenteront des shows de musique, de danse et de graffiti visant à dénoncer ce phénomène. Un flash mob sera également organisé.
Une exposition d’art plastique est prévue le même jour. Elle réunira les tableaux réalisés par le groupe des "femmes survivantes", anciennes victimes de violences. S’ensuivra un exposé du collectif du Printemps de la dignité sur le thème du coût de la violence contre les femmes.
Le 19 décembre à la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc, un procès théâtral symbolique de trois textes de loi aura lieu. Il s’agit du Code pénal, du projet de loi relatif à la lutte contre la violence faite aux femmes et au projet de loi 10-16 précédemment cité. Cette mise en scène connaîtra la participation d’artistes et d’activistes des droits humains.
à lire aussi
Article : Les prévisions météo pour ce lundi 4 mai
Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 4 mai 2026, établies par la Direction générale de la météorologie: - Temps assez chaud sur le Sud […]
Article : Holmarcom-BMCI : valorisation, fusion avec Crédit du Maroc, cadre réglementaire… les clés pour comprendre le deal
ROUND UP. Le rachat de BMCI par Holmarcom ouvre une nouvelle phase dans le secteur bancaire marocain. Derrière l’annonce, plusieurs questions structurent déjà le marché : valorisation de la banque, rapprochement avec Crédit du Maroc, cadre réglementaire et effets sur la concurrence. Décryptage des principaux enjeux.
Article : Décès du chanteur égyptien Hany Shaker
Le célèbre chanteur égyptien Hany Shaker est décédé ce dimanche 3 mai à l’âge de 73 ans, des suites d'une longue maladie.
Article : African Lion : recherches en cours après la disparition de deux militaires américains à Tan-Tan
Deux militaires américains participant à l'exercice African Lion 2026 ont été portés disparus le samedi 2 mai vers 21h, au niveau d’une falaise à Cap Draa, dans la région de Tan-Tan.
Article : Réglementation des psychologues : une réforme en cours… et des initiatives qui interrogent
Le chantier de réglementation de la profession de psychologue, enclenché par le gouvernement il y a quelques mois, suscite une multiplication d’initiatives politiques et associatives. La dernière en date est une proposition de loi déposée le 27 avril au Parlement par le PPS. Une dynamique qui interroge, tant sur ses motivations que sur sa portée réelle.
Article : E-méthanol : le Maroc doit transformer un défi réglementaire en avantage stratégique
L’e-méthanol fait partie des paris stratégiques du Maroc pour s’imposer sur le marché européen des carburants verts. Cependant, l’accès à ce marché exige un CO₂ d’origine renouvelable. Pris entre des sources de CO₂ biogénique limitées et la nécessité de respecter les normes européennes, les projets marocains d’e-méthanol avancent sur une ligne de crête.