Epilogue judiciaire pour la plus grande affaire de grand banditisme au Maroc
Braquages, vols de voitures, meurtres de sang-froid, armes de guerre, matériel électronique sophistiqué: la bande criminelle démantelée à Tanger en aout 2015 par le BCIJ a été finalement condamnée par le tribunal à Tanger. Epilogue d'une opération inédite dans l'histoire du Maroc.
La Chambre criminelle de premier degré près la Cour d'appel de Tanger a rendu, jeudi 8 décembre, son verdict dans le procès des braqueurs d'un fourgon de transport de fonds à Tanger.
Il s’agit de la plus grande affaire criminelle qu’a jamais connue le Maroc. La bande criminelle était conduite par deux belgo-marocains multirécidivistes. Elle a réalisé des braquages ainsi que des meurtres de sang-froid.
Le tribunal a condamné six accusés. L'accusé principal (M. A.) et son complice (A. Z.) ont été condamnés à perpétuité. Trois autres accusés ont écopé de 3 ans de prison ferme et un sixième de 5 ans. La mère de l'accusé principal a été acquittée. D'autres complices sont en fuite.
Les six prévenus ont été poursuivis pour plusieurs actes criminels, dont constitution de bande criminelle, homicide volontaire, cambriolage d'un véhicule de transport de fonds et trafic international de drogue.
De même, les six prévenus ont été condamnés à verser une amende de plus de 2,71 milliards de DH à la Douane, et environ 34,8 MDH de dédommagement à la compagnie d'assurance du véhicule de transport de fonds.
Les deux principaux prévenus ont, en outre, été condamnés à verser solidairement 550.000 DH aux ayant-droits de l'un des victimes, 350.000 DH à deux personnes blessées par les balles de la bande et 300.000 DH à une société de location de voitures.
Braquages et meurtres de 2013 à 2015
La bande a été démantelée par le BCIJ en 2015. Le BCIJ a été chargé de l'affaire suite à l'échec des précédentes enquêtes. En une semaie, il dénouera toute l'affaire.
Le chef de la bande avait fait preuve d’une très grande prudence. Les bandits utilisaient des masques pendant leurs actions. Tout était ensuite brûlé: masques, vêtements et même les chaussures.
Le chef de la bande s’était installé dans une ferme dans les environs de Tanger. A l’intérieur du bâtiment, il n’y avait rien susceptible de le compromettre. L’arsenal, le butin, étaient dissimulés dans une camionnette qui était toujours parquée à l’extérieur. Détail curieux, la camionnette était entièrement repeinte aux couleurs du drapeau national.
Les enquêteurs arrivent, effectuent ce qu'on appelle une descente dans la ferme. Ils ne trouvent rien à l'intérieur du bâtiment, quelques jours après le dernier braquage du 13 août 2015. L'un d'entre eux remarque LE détail qui s'avèrera décisif: le bâtiment est équipée d'une caméra de surveillance.
L'équipe du BCIJ s'installe et exige de visionner les enregistrements. En remontant à la date du premier braquage, vous l'avez deviné, ils voient la voiture Dacia utilisée pendant l'attaque d'un fourgon blindé, s'arrêter et le propriétaire de la ferme en descendre... arme à la main...
Le suite n'est que perquisition jusqu'à la découverte de la camionnette et de son contenu.
Les éléments du BCIJ ont été ébahis au vu de l’arsenal saisi, qui comprenait même des armes de guerre.
Le chef de la bande est un belgo-marocain qui a été condamné à plusieurs reprises en Belgique pour des délits et des crimes et qui s’est installé au Maroc en 2012. Le second belgo marocain est également un ancien délinquant qui par la suite a versé dans une pratique radicale de la religion, de sorte qu’une connexion terroriste n’est pas écartée.
La première affaire concerne le vol d’une Peugeot 206, grâce à des clés falsifiées.
Les criminels ont utilisé des armes de guerre de fabrication israélienne (Ph. Medias24)
Ensuite, le 31 mai 2013, ce fut le vol d’une Audi A5 dont le conducteur a été tué de sang-froid, de deux balles. Le vol et le meurtre du conducteur ont été filmés par la caméra d’une banque et la vidéo a été projetée devant la presse. Le meurtrier avait le visage recouvert d’un masque genre masque de carnaval, et un jogging qui recouvrait entièrement son corps.
La Peugeot 206 a été désossée entièrement et revendue en pièces détachées. L’Audi A 5 a été maquillée et ses plaques changées, même son propriétaire ne l’aurait pas reconnue.
Dans la nuit du 26 au 27 novembre 2013, les malfaiteurs sont de nouveau sur le pied de guerre. Ils planquent devant une boîte de nuit et suivent à sortie un jeune qui conduit une Mercedes AMG. Celui-ci se dirige vers une ruelle isolée et là, il se gare; apparemment au pied de son immeuble.
La scène est filmée par une autre caméra de banque. On voit les malfaiteurs arriver dans une Polo de couleur sombre. Ils ralentissement à proximité de la Mercedes pour s’assurer que le conducteur est bien seul. Puis, se garent quelques mètres devant lui.
Lorsque le conducteur de la Mercedes descend pour rentrer tranquillement chez lui, un homme descend de la Polo et le rattrape en courant. Il lui tire une balle dans le genou, ramasse les clés et se dirige vers la Mercedes qu’il conduit. La Polo le suit, conduite par un complice. La caméra ne filme que des ombres car les plaques de la Polo sont fausses et le malfaiteur est masqué.
Le 24 février 2014, la bande passe aux affaires plus grosses. Elle attaque un fourgon blindé de transport de fonds, la fameuse attaque du quartier Branes à Tanger où le butin a été de 4,7 MDH, 50.000 euros et 400 dollars. Près de 5,3 MDH au total.
La bande file les fourgons blindés, relève les horaires et les habitudes et décide de passer à l’acte ce 24 février. Les armes utilisées, deux pistolets, seront jetés dans des bouches d’égoûts et les vêtements utilisés ainsi que les masques brûlés. La scène est entièrement filmée par la caméra intérieure d’une agence Attijariwafa Bank devant laquelle se déroule le drame.
La seule victime, l’un des deux convoyeurs, sera blessé sans gravité. La caméra de surveillance montre toute la scène, mais les deux bandits sont des ombres, là aussi, masquées et habillées de joggings sombres. Elle montrera aussi comment les badauds, dès le départ des malfaiteurs, investiront la scène du crime, compliquant la tâche ultérieure de la police.
Le 13 août 2015, c’est le braquage de trop. Une tentative de braquage plutôt puisqu’elle a échoué et conduit au démantèlement de la bande.
Devant une agence de la Société Générale, l’un des deux convoyeurs descend du fourgon les mains vides. Le chef de la bande descend une grenade fumigène à la main avec pour objectif de la jeter à l’intérieur du fourgon. Mais les vitres sont toutes fermées. Il sort son fusil mitrailleur et menace le conducteur mais celui-ci n’est pas impressionné, il démarre. Le malfaiteur tire en plein sur la vitre mais celle-ci, blindée, résiste malgré le calibre employé. C’est l’échec, les deux malfaiteurs s’enfuient dans une Dacia qui provient de la société de location qu’a créée entre temps le chef de la bande.
En une semaine, le BCIJ qui vient de prendre l’affaire en main, démantèle la bande. La suite, vous la connaissez.
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