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Birmanie: Violées, deux soeurs rohingyas racontent leur martyre

Birmanie: Violées, deux soeurs rohingyas racontent leur martyre
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Le 25 novembre 2016 à 16h04 | Modifié 25 novembre 2016 à 16h04

Lorsque l'armée birmane a envahi leur village d'Udang, les sœurs Samira et Habiba ont été attachées à un lit puis violées à tour de rôle, une histoire qui fait écho aux nombreux récits de violences sexuelles des Rohingyas réfugiés au Bangladesh.

Fuyant la Birmanie et les troubles dans leur région, des milliers de membres apeurés de la minorité musulmane des Rohingyas sont entrés clandestinement au Bangladesh ces derniers jours.

Leurs témoignages mettent au jour les actes d'une incroyable cruauté qui se déroulent dans cette zone inaccessible à la presse internationale dans l'ouest de la Birmanie bouddhiste – exactions qualifiées de "nettoyage ethnique" par un responsable de l'ONU.

"Lorsque l'armée a attaqué notre village, ils ont mis le feu à la plupart des maisons, tué de nombreuses personnes, dont notre père, et violé beaucoup de jeunes filles", raconte à l'AFP, Mosammat Habiba, 20 ans, qui se terre avec sa sœur et leur grand frère dans une plantation de bananes au Bangladesh. "Ils nous ont attachées toutes les deux à un lit et nous ont violées une par une."

"L'un des soldats, juste avant de partir, nous a dit qu'ils nous tueraient s'ils nous revoyaient la prochaine fois qu'ils viendraient. Puis ils ont mis le feu à notre maison", relate-t-elle.

Les personnes citées dans cet article ont toutes accepté d'être identifiées nommément.

Les récits d'agressions sexuelles sont légion parmi les femmes rohingyas qui ont réussi à franchir la frontière du Bangladesh pour échapper aux militaires birmans.

La Tatmadaw (nom de l'armée en birman) dément ces accusations, mais empêche dans le même temps journalistes étrangers et humanitaires d'accéder aux zones concernées.

La mort ou la faim

Au terme d'un éprouvant périple, Habiba, Samira et leur frère Ullah ont trouvé refuge dans un petit campement improvisé au fond d'une bananeraie, dissimulés par l'épaisseur de la végétation.

Arrêtés par la police bangladaise, ils risqueraient l'expulsion vers la Birmanie, et donc la mort.

Presque tous les témoins rencontrés par l'AFP font état de viols, que ce soit contre eux-mêmes, leurs proches ou dans leur village, faisant craindre un phénomène de grande ampleur bien qu'impossible à chiffrer.

Lorsque les militaires birmans ont commencé à ligoter sa sœur Mosammat Muhsena à un poteau, son frère Mujibullah a tenté de s'interposer, au risque d'y perdre la vie.

"Un soldat a tenté de me poignarder avec un couteau lorsque je me suis jeté devant eux, en les suppliant de ne pas détruire sa vie", raconte à l'AFP le jeune homme choqué et brûlant de fièvre.

Il dévoile une longue et profonde entaille sur sa main: "J’ai essayé d’empêcher le coup de m’atteindre à la tête", explique-t-il.

Sa sœur se tient à ses côtés. Elle tente parfois de parler, n’y parvient pas. Chaque fois qu’elle essaye de s’exprimer, elle fond en larmes.

Quelque 30.000 personnes ont été déplacées par les violences qui ont fait des dizaines de morts depuis octobre dans l’Etat de Rakhine où se concentrent les Rohingyas, selon l’ONU.

Cette minorité musulmane est perçue comme étrangère en Birmanie, bien que certains de ses membres y vivent depuis des générations.

Leur citoyenneté n’est pas reconnue. Ils vivent marginalisés de la société, dans des conditions misérables. Une montée de nationalisme bouddhiste en Birmanie ces dernières années a attisé l’hostilité à leur encontre.

Une fois les soldats birmans partis, leur village dévasté, Habiba, Samira et Ullah ont ramassé les maigres économies de leur défunt père, à peine 400 dollars, et ont entamé une longue marche en direction du Bangladesh.

Après s’être cachés pendant quatre jours avec des centaines de familles rohingyas dans les collines frontalières, un propriétaire de barque accepte finalement de leur faire traverser la rivière Naf qui sépare le Bangladesh du Rakhine.

Pour empêcher l’entrée de Rohingyas, le Bangladesh a renforcé la surveillance et les patrouilles à sa frontière.

Mais le passeur "nous demandait tout notre argent. Nous n’avions pas d’autre choix que de le lui donner", explique Ullah, du désespoir dans la voix.

Passés à la faveur de l’obscurité, ils marchent plusieurs kilomètres avant de tomber sur une autre famille rohingya qui accepte de leur faire partager leur cachette.

"On meurt presque de faim ici", dit Ullah. "Mais au moins personne ne vient pour nous tuer ou nous torturer".

(Avec AFP)

 

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Le 25 novembre 2016 à 16h04

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