Acrobates, installations d’artistes et vidéos à Tanger
Tanger ne sait (presque) plus où donner de la tête: avant-première d’un spectacle international ici, installations vidéos sur les remparts de la ville ou concert dans un vieux palais, la ville s’anime en attendant Tanjazz et les Nuits sonores.
La troupe internationale Acrobates de Tanger, avec à son actif plus de 10 ans de tournées en Europe, aux Etats-Unis, au Japon et en Australie, est revenue à sa ville de naissance, pour y présenter en avant-première son nouveau spectacle de théâtre de mouvement, dans le cadre du palais Moulay Hafid, durant tout le premier week-end de septembre.
Formée d’une quinzaine d’artistes originaires de Tanger et de Sidi Hmad ou Moussa, la troupe a présenté Halqa, un spectacle qui valorise le patrimoine musical amazigh, mêlant critiques de l’autorité, du pouvoir et des inégalités sociales. Depuis, un livre sur l’itinéraire de la troupe est sorti dans les librairies marocaines et françaises.
Sidi Hmad wa Moussa à Tanger, avant la biennale de Lyon et la Villette
La fondatrice de la troupe Sanaa El Kamouni explique à Médias 24 que "les artistes, après 10 ans de tournées internationales, ont voulu se réapproprier un patrimoine marocain, rappeler les origines de la halqa qui se tient dans un espace et comprend des conteurs, des musiciens et des dresseurs d’animaux".
Sur scène à Tanger, les Acrobates chantent en berbère ou déclament des poésies douces ou engagées en arabe. "Ce qu’on fait en France ou ailleurs, explique Mme El Kamouni, c’est qu’on traduit une synthèse et on donne cela au public; cela s’appelle des feuilles de salle."
Pouvant être qualifiées de protest street art, les halqas commencent par montrer des hommes enchaînés et qui au fil de leur résistance se libèrent. Tout cela avec maîtrise des gestes, humour et dérision. "Cette mise en scène est celle des artistes, précise Mme El Kamouni, c’est ce qu’ils vivent ou voient les gens vivre au quotidien."
Après Tanger, les Acrobates se rendront à Lyon pour 10 représentations à la biennale de la danse dès le 14 septembre, puis au théâtre parisien de La Villette et enfin à Auch, dans le sud-ouest français, à la plus grande manifestation européenne du genre, CIRC.
Casbah, palais, dar
Alors que la dernière représentation de Halqa n’avait pas encore démarré dimanche 4 septembre soir, l’association Ssilate lançait dès 10h du matin la deuxième édition de son événement "Être ici". Dans six lieux bourrés d’histoire de la ville, lectures, vidéos, installations, danse et musique ont été présentés à l’appréciation du public.
Dans l’appartement d’une ancienne famille juive, Tanger de la rue de la Liberté, les Cohen, livret d’état-civil, courrier, prières rabbiniques et photos de famille étaient ouverts aux regards d’un public nombreux dès l’ouverture. Dans un salon mitoyen, des écrivains lisent des extraits de leurs œuvres.
Sur la même rue un peu plus bas dans le passage d’une ancienne galerie improbable, le Bazar franco-ingles, la photographe et plasticienne casablancaise Deborah Benzaquen présentait Escale, une installation qui évoque la mer avec ses aquariums, ses poissons rouges et ses lumières vives
Noirs et blancs
Place du Grand Socco, face à la Cinémathèque, l’autre grand rendez-vous du circuit se trouvait dans les salles de la Mendoubia, aujourd’hui transformée en tribunal du commerce et en très modeste musée du 9 avril 1947 (date du discours historique du Sultan Mohammed Ben Youssef, à Tanger). La Sénégalaise Anta Germaine Gaye y présente l’énergie des couleurs du sud et la mélancolie des hommes qui traversent les déserts et les mers pour émigrer. On les retrouve assis face à la mer à Tanger, dans une vidéo, entourés de bonshommes Noirs et Blancs, parce que la Terre est une …
La condition humaine contemporaine n’est pas loin. D’abord, elle est dans les rues de la médina et de la casbah. Ensuite elle est à 500 mètres de là, au Borj N’âam, la tour des autruches à l’entrée de la casbah. L’artiste plasticienne et vidéaste charentaise, Catherine Renaud Baret, y présente les images symboliques d’un monde détruisant son environnement et cultivant les conflits. L’artiste, qui vit à Tanger une moitié de l’année, explique: "Il y a la mer et la terre en arrière-plan, avec, devant, une mère décharnée qui rejette et ne s’occupe pas de son enfant. Ces images expriment la dureté du monde d’aujourd’hui, alors que l’enfant est l’avenir du monde."
Les événements culturels de cette fin de semaine rappellent la création de Border, un espace artistique avec des espaces pour les débutants, un lieu qui a évolué depuis deux ans en art lounge pour adultes créatifs et émancipés. Border s’apprête à ouvrir sa propre galerie pour jeunes créateurs.
Enfin, si la Californie a son Hollywood et Mumbaï son Bollywood, Tanger a désormais son Tanjawood. Loin du cinéma, Tanjawood est une troupe de danse et de rythmes indiens que les Tangérois ont découvert cette semaine.
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