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ECONOMIE

Le réchauffement climatique touche le Maroc et affecte la production fruitière

Le pommier est concerné en premier lieu. Il a besoin d’un nombre élevé d’heures de froid pour être productif et donner des fruits de bonne qualité. Au Maroc, l’inquiétude gagne du terrain mettant en avant l’urgence d’une stratégie de reconversion variétale. 

Le réchauffement climatique touche le Maroc et affecte la production fruitière
Nabila Fathi
Le 29 août 2016 à 15h56 | Modifié 29 août 2016 à 15h56

C'est un fait. Le réchauffement climatique est désormais un sujet qui nous touche de très près. Au Maroc, son impact se fait ressentir jusque dans nos assiettes. En voilà quelques effets symptomatiques: des fruits certes de saison mais pas assez murs, plus petits que d’habitude, d’une texture spongieuse…

Contactés par Médias24, de grands exploitants agricoles et des responsables au sein de fédérations professionnelles s’en inquiètent. Le problème est causé par une baisse du temps de repos végétatif, indispensable pour que les arbres fruitiers puissent donner une bonne récolte aussi bien qualitativement que quantitativement. 

Toutes nos sources dans les professions concernées, évoquent un sentiment de réelle préoccuption. Et constatent, en ce mois d'aout qui est un mois de récolte et théoriquement de stockage en frigo, une baisse de la qualité et de la quantité de la production.

Selon nos sources, des professionnels espagnols et français subissent un phénomène similaire cet été.

Des heures de froid en deçà des besoins

«Les rosacées (pommes, pêches, nectarines...)  d’une manière générale, qu’elles soient à pépin ou à noyau, ont besoin d’un certain nombre d’heures de froid, à une température inférieure à 7°», nous explique Abderrahmane Rifaï, expert en développement des filières agricoles. C’est ce qui est permet à l’arbre de profiter du fameux repos végétatif.

«Pour des espèces comme la pomme, le besoin en heures de froid est très élevé dépassant 1.000 à 1.400 heures par saison. Il est inférieur pour les rosacées à noyau», ajoute-t-il.

«Cette année par exemple, le nombre minimal d’heures de froid n’a pas pu être atteint. C’est ce facteur qui détermine le nombre de boutons floraux et donc le nombre de fruits récoltés par la suite. L’impact sur la productivité a été patent», ajoute cet expert.

La sécheresse est-elle en cause?

«Elle peut certes avoir un impact dans la mesure où elle induit des changements de température, elle peut impacter les productions dans certaines régions comme Midelt qui manquent d’eau d’irrigation. Mais ce sont les changements climatiques brutaux et les amplitudes thermiques  entre le jour et la nuit qui posent réellement problème. Ces derniers stressent le plant et le fruit d’une manière indirecte. Pour sa part, l’eau est un paramètre qui entre en jeu, mais n’est pas à lui seul un facteur limitant», poursuit M. Rifaï.

Le froid détermine aussi la fermeté d’un fruit comme la pomme. En l’absence d’un climat optimal, la texture du fruit devient spongieuse. Cela s’applique à toutes les autres espèces des rosacées à des degrés différents.

La reconversion variétale à l'étude

«Le Maroc est acculé à investir dans la recherche variétale appliquée. A ne pas confondre avec la recherche fondamentale qui consiste à développer une variété, ce qui peut demander jusqu’à 50 ans de travail. Il s’agit plutôt de chercher des variétés cultivées dans des conditions similaires partout dans le monde, les importer et les essayer. A ce sujet, un programme de recherche appliquée, dans le cadre d'un partenariat entre le ministère de l'Agriculture et la Fedam- Fédération de développement de l'arboriculture au Maroc- est en cours de finalisation», note M. Rifaï.  

S’ensuivront des essais dans les bassins de production, une trentaine au total. Il faudra attendre une dizaine d’années pour obtenir des résultats concrets. «L’arbre fruitier n’entre en production qu’au terme de sa troisième année et n’atteint son degré de production optimal que vers la sixième ou la septième année. II faut deux cycles au moins pour confirmer la performance de la variété», souligne notre source.

En attendant qu’une action structurée et normalisée soit lancée, les opérateurs prennent des initiatives individuelles en important et essayant de nouvelles variétés dans l'espoit qu’elles soient adaptées aux conditions locales.  

La météo: un été anormalement chaud

Contactée, la météorologie nationale confirme que "le Maroc est entré dans le réchauffement climatique". Les chiffres ci-près concernent les températures maximales.

Au cours du mois de juin, le réchauffement n'était pas très accentué. La situation a été proche de la normale, sauf dans le Saïss (3 à 4 degrés de hausse) et l'extrême nord (1 à 2 degrés).

Par contre, juillet et aout ont été des mois nettement plus chauds que la normale. Pour juillet, Beni Mellal a connu une vague de chaleur qui a duré 21 jours sans discontinuer, avec une maximale supérieure à 39 degrés. A Marrakech, la vague de chaleur continue a duré 20 jours, à Fès 19 jours, à Taroudant 13 jours, à Ouarzazate 27 jours, etc.

Au cours du même mois de juillet, la plaine du Saïss a connu une hausse des maximales de l'ordre de 5 à 6 degrés par rapport à la normale. Le Moyen Atlas 4 à 5 degrés. La plaine du Tadla, le Haouz, le Souss et le Gharb, 4 degrés. L'Oriental 3 degrés.

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Nabila Fathi
Le 29 août 2016 à 15h56

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