Marrakech du rire: ce n’est pas parce qu’on s’appelle Debbouze que c’est facile
Le Marrakech du rire, qui a lieu du 1er au 5 juin, s’est imposé comme un rendez-vous incontournable. Les stars de l’humour, du cinéma ou encore du foot ne rateraient l’événement pour rien au monde. Le public, international, répond lui aussi présent. Et tant pis, disent les organisateurs, si ce festival n’est pas rentable… Rencontre avec Karim Debbouze, frère de l’humoriste et directeur de la manifestation.
On y apprendra que l’événement revient à 4 millions d’euros chaque année, qu’il est subventionné par les frères Debbouze à hauteur de 200.000 à 500.000 euros par an, qu’il est difficile de trouver des sponsors et que les frères Debbouze le subventionnent de bon cœur, car ils sont ravis de ce qu’il apporte à la ville et aux associations.
-Médias24: Comment est née l’idée du Marrakech du rire et qui en est l’instigateur?
-Karim Debbouze: Avec Jamel, on produit pas mal d’artistes en France et on s’est dit que la suite logique, pour nous, serait d’en faire un festival.
On a vu que le potentiel était énorme sur Marrakech: la destination est assez "sexy", à 3 heures seulement de Paris, pas plus long qu’un Paris-Marseille en TGV et on s’est dit que dans la suite logique de ce que l’on fait sur Paris, faisons venir tout ce beau monde à Marrakech et créons un grand carrefour artistique. L’idée est partie de là.
-Est-ce que vous étiez satisfaits du résultat de ce festival dès la première année?
-La première année a été juste extraordinaire! On ne s’attendait pas à avoir autant de monde, d’autant plus que c’est tombé en même temps que l’attentat du café Argana; on était donc plutôt inquiet, craignant que beaucoup de monde ne se décommande. Or l’effet a été l’inverse! Gad Elmaleh a accepté de venir; Florence Foresti pareil. Zidane est venu lui aussi: ce fut donc une première édition incroyable! Tout le monde a répondu présent et on a eu droit ainsi à un lancement magique.
-Récemment, un responsable du tourisme à Marrakech me parlait des grands rendez-vous annuels, précisant qu’à ses yeux, un événement comme Le Marrakech du rire n’aurait pas connu le même succès à Casablanca, Tunis ou Paris, que la magie de Marrakech jouait fortement en faveur d’un tel festival: partagez-vous cette analyse?
-Je confirme totalement! Pour nous, c’est beaucoup plus simple d’inviter des gens à Marrakech qu’à Casa ou à Tunis: le cadre est magnifique; dans cette ville, il y a tout pour accueillir du beau monde.
On n’a pas choisi Marrakech par hasard… On ressent tout cela au niveau des invitations: les gens répondent oui très vite et quand ils repartent, ils sont tristes, parce qu’ils partent retrouver la pluie de Paris. Et cette année, ce sera le cas encore plus, vu la météo en France!
-Ce festival dure plusieurs jours. Même si le concept est bien rôdé, il y a toute une organisation à mettre en place, longtemps à l’avance…
-D’année en année, vu que le festival grossit, on s’y prend de plus en plus tôt. Dès les mois d’octobre ou novembre, on se remet au travail, en démarchant les annonceurs, les sponsors. Après, il y a la partie artistique qui commence à partir de janvier. Enfin, il y a toute la partie technique qui se met progressivement en place. Bref, c’est presqu’un an à l’avance que l’on commence à se pencher sur la nouvelle édition!
-Dans l’équipe, il y a des gens qui viennent de Paris, d’autres sont recrutés sur place à Marrakech. Cela représente combien de personnes?
-On n’est pas loin de 500 personnes, sans compter les artistes! Parce que le festival dure plusieurs jours. Parce qu’il y a plusieurs lieux, plusieurs salles de spectacle; il y a notamment le Palais Badiî, qui est la grosse scène et où sont mélangées les équipes françaises et les équipes marocaines, des équipes qui travaillent parfaitement ensemble. En gros, sur les 500 personnes, les Marocains représentent un peu plus de la moitié des effectifs totaux.
-Vous êtes donc, aussi, un gros fournisseur de travail pour la ville?
-Bien évidemment! Et il ne faut pas négliger tous les effets indirects, que nous, on ne ressent pas toujours: les chauffeurs de taxi ou les vendeurs de la place Jamaâ el Fna, quand ils nous reconnaissent dans la rue, nous remercient d’avoir mis en place ce festival.
Tous constatent, pendant cette période, une hausse de leur chiffre d’affaires. On est ravis de savoir que le festival sert aussi à cela.
-Un mot sur les sponsors: les trouvez-vous facilement?
-Absolument pas! C’est même très difficile, car le festival grossit d’année en année mais pour suivre financièrement, ce n’est pas évident de convaincre tout le monde de mettre la main à la poche.
C’est vrai que nous avons pas mal de sponsors, mais c’est essentiellement de l’échange marchandises: c’est plus compliqué en termes de cash! Or 500 personnes à rémunérer, cela fait un gros budget… C’est donc une bagarre quotidienne, d’année en année, pour essayer d’amortir ce festival.
-Sur l’ensemble des journées, vous touchez combien de spectateurs?
-On est pratiquement à 70.000 festivaliers.
-Et votre budget est de combien?
-Le festival coûte environ 4 millions d’euros. Et chaque année, on perd entre 200.000 et 500.000 euros! Les gens pensent qu’un festival rapporte beaucoup d’argent, mais un tel festival n’est pas mis en place pour gagner de l’argent. C’est un carrefour de rencontres entre gens du cinéma, de la télé, les artistes, mais ce n’est pas là que l’on gagne notre vie!
Ce n’est vraiment pas une opération financière rentable: c’est plus une vitrine, qui nous permet de mélanger tous les genres pendant une semaine.
Et puisque nous pouvons nous permette de perdre de l’argent, nous continuons avec toujours le même plaisir.
-Au-delà des spectacles, il y a maintenant des événements caritatifs qui sont associés au festival: que représentent ces actions pour vous?
-Dès le début, on a eu beaucoup d’invités importants, notamment des footballeurs. Lors de la deuxième édition, ils sont venus nous trouver en nous disant: pourquoi ne pas organiser un match pour récolter de l’argent?
Cela tombait bien, parce que l’on cherchait un moyen de récupérer de l’argent pour soutenir des associations. Si bien que chaque année, on organise un match de foot, pendant le festival, le Charity Game, qui a lieu au grand stade de Marrakech: l’argent de la billetterie est reversé intégralement à une association, différente chaque année, pour pouvoir aider un maximum de monde.
Cette année, nous avons choisi une association qui lutte contre le cancer.
Il y a aussi un spectacle qui est offert aux enfants, à l’Institut français, un spectacle gratuit, pour inciter les gosses à sortir et à découvrir le milieu du spectacle. C’est un travail presqu’invisible, car tout le monde est focalisé sur les stars, les grosses scènes et peu de gens s’intéressent à tout ce travail fait en plus.
Mais nous, on veut aussi aller vers ces personnes, qui n’ont pas les moyens de se payer un billet de spectacle, en leur offrant, par exemple, un spectacle de rue: ils ne peuvent pas s’offrir un spectacle? Et bien c’est le spectacle qui va vers eux…
-Quelle est la clientèle du Marrakech du rire?
-La clientèle vient d’un peu partout: la billetterie est ouverte dès janvier à l’international; et le public vient de France, de Belgique, du Canada même. Mais, pour être équitables, on s’efforce de réserver 50% des billets aux Marocains, qu’ils soient de Marrakech, de Casablanca ou de Rabat….
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