Samir: M. El Krimi élabore un cahier des charges destiné aux candidats-repreneurs
Le Syndic Mohamed El Krimi, désigné par le tribunal de commerce dans le cadre de la décision de liquidation de la Samir, prononcée le 21 mars, travaille sur les prochaines étapes, dans une discrétion proche du mutisme.
Echanger avec M. El Krimi est un exercice qui se fait d’une manière très courtoise, mais on en sort généralement sans informations concrètes, ou alors très peu et il est dans son rôle, en restant discret.
Petit échantillon:
-M. El Krimi, y a-t-il des chances que le juge annule la décision de liquidation judiciaire?
-Je n’ai pas à commenter le travail de la justice. Je respecte ses décisions, quelles qu’elles soient.
-Comment se déroule le processus de liquidation?
-Ce n’est pas facile, c’est complexe, mais on avance.
-Est-ce que des repreneurs se sont manifestés?
-Je ne peux pas répondre à cette question.
-Vous savez que votre réponse est une confirmation implicite. Sinon, vous auriez démenti.
-….
Ce samedi 21 mai, notre tentative d’interview nous apporte néanmoins deux informations:
1-“Nous considérons la Samir comme une entreprise stratégique. Le Maroc a besoin d’une raffinerie“.
2-“Nous sommes en train d’élaborer un document, qui sera le cahier des charges auquel devront répondre les candidats à la reprise. Il sera prêt prochainement“. [Fin des déclarations de M. El Krimi, tout le reste est une analyse personnelle de l’auteur de l’article].
Après l’arrêt de l’activité de la Samir, il y avait eu une première séquence de déni [“Al-Amoudi est très riche“, “le groupe n’a besoin que de 5 milliards de DH“...]. Puis une sorte de curée sous le slogan: “le Maroc n’a pas besoin de raffinerie, c’est dépassé, les conceptions ont changé, la libéralisation est là…“. Bref, liquidez-moi ce monstre, dépecez-le… Et qu’on n’en parle plus.
Aujourd’hui, ce discours n’est plus majoritaire, l’état d’esprit a changé. D’une part, le pétrole brut est reparti à la hausse. D’autre part, les importations de produit raffiné par les distributeurs marocains sont mécaniquement plus coûteuses que le prix moyen du marché, car il s’agit de petites quantités, importées de loin, puis stockées avant écoulement.
L’existence d’une raffinerie n’a de sens que si elle permet de produire moins cher qu’à l’import. Sinon, elle ne survivrait pas. Donc, on suppose que la liquidation permettrait l’avènement d’un “tour de table“ qui reprendrait la raffinerie avec une perspective de long terme, approvisionnant le marché local à des prix moins élevés que l’import.
L’expression “tour de table“ revient désormais dans les conversations des cercles disons influents ou informés. La décision revient à la justice bien entendu et dépendra aussi du cahier des charges et de l’intérêt du Maroc. Mais des spéculations sont faites, ici et là, autour de la composition éventuelle d’un tour de table efficace. En tous les cas, les supputations se multiplient.
Quant au contenu du cahier des charges, on peut supposer qu'il découlera du mot "stratégique" accolé désormais à la Samir.
Il reste une date fatidique: le 1er juin.
Ce jour-là, nous saurons si la cour d’appel de commerce de Casablanca a confirmé le jugement de première instance (liquidation judiciaire) ou si elle a opté plutôt pour le redressement judiciaire.
Les deux avocats de l’actionnaire de référence Al-Amoudi ont marqué un point psychologique. Ils sont arrivés à faire croire que le parquet a changé de position, qu’il appuie désormais le redressement et que c’est un événement.
Or, ce n’est pas un événement. En première instance également, le parquet avait pris position en faveur du redressement, ce qui n’avait pas empêché le tribunal de prononcer la liquidation.
En fait, ce qui est décisif, c’est une seule question: “la situation de l’entreprise est-elle irrémédiablement compromise ou pas?“ Si oui, c’est la liquidation. Et le rapport d’expertise avait conclu que oui, sur la base des chiffres comptables fournis par la Samir elle-même.
Depuis cette date, depuis ce 21 mars où la liquidation a été prononcée, y a-t-il un changement, des événements nouveaux, une évolution qui fait que la situation n’est plus irrémédiablement compromise? Non, évidemment. Cinq créanciers de petite taille se sont exprimés en faveur du redressement, acceptent de rééchelonner, à condition d’obtenir des garanties réelles, de préférence bancaires. Et Al-Amoudi a pris l’engagement devant le président du tribunal de verser 670 millions de dollars, sans préciser de date butoir pour cet engagement.
La douane pour sa part, premier créancier et de loin, a démenti s’être exprimée en faveur du redressement.
Pour résumer, les prochaines étapes sont: la levée des derniers obstacles au redémarrage [en principe fin mai], le redémarrage du raffinage [entre mi-juin et fin juin], le cahier des charges [“prochainement“], l'évaluation de l’entreprise; les discussions avec des prétendants et la constitution de tour(s) de table.
Chaque créancier se demande s’il a une chance de récupérer une partie de son argent, quand et dans quelle proportion. Aujourd’hui, personne n’a la réponse.
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