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Jardin Anima, l’extraordinaire rêve marrakchi d’un artiste autrichien

Il y a une dizaine d’années, André Heller  se mit en tête de créer quelque chose au Maroc, pour remercier ce pays dont il était tombé amoureux. Ce fut spontanément un jardin qui lui vint à l’esprit.

Jardin Anima, l’extraordinaire rêve marrakchi d’un artiste autrichien
Patrick Marescaux
Le 21 avril 2016 à 8h50 | Modifié 21 avril 2016 à 8h50

Après 8 ans de travaux, 10 millions d’euros d’investissement, le jardin Anima vient d’ouvrir ses portes, sur 8 hectares, à 28 km de Marrakech. Un jardin extraordinaire, qui aurait pu inspirer Charles Trenet…

En Autriche, André Heller est une star. Chanteur, ami des Rolling Stones, il accumule les disques d’or.

Et c’est aussi un auteur de théâtre, un écrivain, un producteur de films et de spectacles divers, un sculpteur qui, en 1972 découvre le Maroc, y revient tous les ans pour se reposer et chercher l’inspiration.

Le charme de Marrakech opère à merveille et le jour de ses 60 ans, André Heller prend la décision de faire quelque chose pour ce pays qu’il aime tant. Lui qui a passé toute son enfance à côté de l’ancien grand parc impérial de Schönbrunn et de sa serre réputée pour ses plantes provenant d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du sud, qui est tellement passionné par la nature qu’en 1988 il a racheté le jardin botanique du lac de Garde, il se dit, tout naturellement, que c’est un jardin qu’il va créer dans les environs de Marrakech. Un jardin qu’il veut paradisiaque.

En 2008, il trouve enfin ce qu’il cherchait: 8 hectares, sur la route de l'Ourika, à 28 km de la ville ocre. Le terrain est en friche: pas un arbre, pas un arbuste, pas une plante, pas une fleur. Et c’est ce qui lui plaît: tout est à faire! Mais, il lui faut trouver l’homme capable de mener à bien le projet. N’importe qui, à sa place, aurait fait appel à un paysagiste expérimenté et reconnu.

Justement, André Heller n’est pas n’importe qui: il contacte un compatriote, Gregor Weiss, qui a fait beaucoup de choses dans sa vie, mais qui n’a jamais conçu le moindre jardin! Pourquoi ce choix? Gregor Weiss l’explique facilement.

-Médias24: C’est un véritable pari qu’a fait André Heller en vous confiant le soin de créer ce jardin de 8 hectares, alors qu’il existe tant de spécialistes…

-Gregor Weiss: Je ne suis effectivement ni  paysagiste, ni architecte! J’ai fait des études de sciences politiques et de philosophie. J’ai travaillé dans la communication et dans le cinéma.

Mais je suis Viennois, comme monsieur Heller et je pense que ce qui l’intéressait, c’était d’avoir à ses côtés un compatriote qui comprenne ce qu’il voulait, mais aussi quelqu’un qui parle français, un peu l’arabe, qui ait l’habitude de travailler en dehors de l’Europe, en Asie ou en Afrique. Et qui puisse s’adapter facilement au fonctionnement local. 

-Vous vous êtes lancé dans cette aventure avec quelle idée, quel concept?

-Lorsque nous avons démarré le chantier, en 2008-2009, nous ne voulions pas faire un jardin botanique, mais un jardin paradisiaque: il n’était pas question pour nous d’avoir, par exemple, 10 variétés de menthe, avec leur nom en latin sur un écriteau!

Dès le début, on a eu droit à pas mal de critiques: des botanistes nous ont expliqué que planter un cactus dans le gazon était une hérésie, car il ne survivrait pas. On a laissé dire, convaincus, et on a eu raison, que tout était possible, ne serait-ce que par une adaptation du mélange de terre correspondant aux besoins de la plante.

Mais c’est vrai que nous n’avons pas travaillé de façon orthodoxe, avnous avons travaillé à l’envers: on a adapté en permanence le jardin aux plantes que l’on trouvait…

Notre souci  a toujours été le même: la beauté du jardin, avec un mélange entre nature et art.

En plus des arbres et des plantes, le jardin renferme des sculptures et nous avons 3 salles d’exposition dont l’une sera toujours consacrée à  Hanz Werner Geerdts, un peintre marrakchi d’origine allemande, décédé en 2013, qui a vécu 55 ans en médina.

Pour les objets d’art que l’on trouve dans le jardin, une partie provient de la collection privée de monsieur Heller, des œuvres de tout premier plan, comme une reproduction en bronze du penseur de Rodin.

Les autres ont été réalisés sur place. Il y a un artisanat fantastique au Maroc, notamment à Marrakech, que l’on a essayé d’utiliser, mais à notre façon. Comme cette grande tête faite en zellige et qui est devenue en quelque sorte l’emblème d’Anima.

-Pour mener à bien ce projet, il a fallu 8 ans de travaux. Quel est le montant de l’investissement et dans combien de temps espérez-vous un retour sur investissement?

-L’investissement doit tourner autour de 10 millions d’euros. Mais je pense que si l’on veut gagner de l’argent, il ne faut surtout pas faire ce genre de projet!

En fait, il faut voir ce jardin comme la réalisation d’un rêve, le partage de ce rêve. Et comme dit monsieur Heller, quand on partage quelque chose que l’on aime, cela devient plus fort, plus beau…

Maintenant, concrètement, je pense que l’on va assez vite arriver à un niveau où les entrées permettront de faire tourner le jardin sans perdre d’argent. Mais un retour sur investissement, ce n’est pas le but recherché.

-Vu la taille du jardin, il vous faut combien de personnes à temps plein?

-Nous avons une cinquantaine de personnes, dont 45 venant des douars avoisinants. C’était une volonté depuis le début de ne pas simplement venir s’installer ici, même pour y réaliser quelque chose de beau: on voulait partager cette aventure d’une manière intelligente, avec la région.

Pendant les 6 ans de chantier, on a fait travailler jusqu’à 160 personnes qui, en partie, ont vécu sur place et ont donc fait travailler les petits épiciers, les cafés, les transports.
On a aussi acheté le matériel localement, chaque fois que c’était possible, on voulait faire vivre les gens aux alentours et on est devenu le plus gros investisseur du coin.

On soutient aussi des associations locales, dont une dans le douar le plus proche, qui a réussi à construire une première partie de son projet: il y a déjà deux classes, dont une avec 37 élèves, qui ont entre 4 et 8 ans et dans l’autre classe, il y a les mamans et les grands-mères le jour, les hommes le soir.

-Le jardin vient d’ouvrir ses portes au public. Votre travail de concepteur est donc terminé. Vous allez repartir prochainement en Autriche?

- Je suis venu  pour ce projet, avec l’idée de repartir quand ce serait fini. Le projet a duré un peu plus longtemps que prévu; entre temps, j’ai été nommé consul honoraire d’Autriche pour la région Marrakech-Safi; j’ai accepté le poste de directeur du jardin. Donc pour l’instant, je reste: je me plais au Maroc, je me plais à Marrakech et je ne vois aucune raison de repartir…

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Patrick Marescaux
Le 21 avril 2016 à 8h50

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