L'immolation de “Mmi Fatiha” à Kénitra suscite indignation et compassion
ENQUETE. Médias 24 s'est rendu sur les lieux de la tragédie, dans le quartier où habitait Fatiha et a couvert un rassemblement de protestation. Reconstitution des faits.
C’est un article difficile à écrire. Comment rester factuel et objectif devant tant de misère dans un quartier périphérique de Kénitra et devant la fin tragique d’une quinquagénaire démunie?
“Mmi Fatiha“ était veuve. Elle vivait comme tant d’autres marchands ambulants, par la vente de petits gâteaux aux enfants. A la tombée du jour, elle s’installait à Hay Oulad Mbarka. Selon les témoignages de ses proches, sa recette quotidienne était en moyenne d’une trentaine de DH. Fatiha ne vivait pas, elle essayait de survivre.
Hay Oulad Mbarka est un quartier périphérique et précaire qui a bénéficié de deux opérations de recasement de bidonvillois, dont la première remonte à 2007. Dans les ruelles poussiéreuses et sales, on voit encore ici et là, des baraques.
Ce samedi fatidique 9 avril 2016, Fatiha prend son chemin quotidien pour vendre ses petits gâteaux. Selon les témoignages obtenus par Médias 24, elle et ses camarades marchands ambulants, sont ce soir-là, harcelés par des “agents d’autorité“ relevant du 6e arrondissement, ce qui est assez habituel. Seulement, pour une raison que nous ne sommes pas arrivés à élucider, les échanges dégénèrent, deviennent violents.
La maigre marchandise de Fatiha est saisie. Elle se rend à l’arrondissement pour demander sa restitution. On ne sait pas ce qui s’est passé à l’intérieur. Ce qui est certain, c’est qu’elle est sortie et qu’elle est revenue devant le bâtiment, s’asperger d’un liquide hautement inflammable, avant de s’immoler.
La scène est atroce. Atroce parce qu’elle montre le drame humain de Fatiha. Et parce qu’elle est filmée, de l’intérieur de l’arrondissement, manifestement de sang froid. La main qui tient l’appareil ne tremble pas. N’hésite pas. Elle suit la silhouette pour mieux la cadrer. On y voit un “agent d’autorité“ regarder la tragédie se dérouler devant lui sans réagir. Peut-être qu’il n’a pas réalisé. On entend des échanges, une voix féminine qui réclame une couverture, une voix masculine, probablement de l’arrondissement, répondant sèchement “qu’on n’en a pas“.
Une silhouette enfantine essaie d’éteindre les flammes. Un homme finit par arriver à la rescousse. Les cris de la victime sont atroces à entendre. Ils déchirent notre conscience, mais ne sont pas assez forts pour émouvoir les “habitants“ de l’arrondissement.
Une ambulance arrive. La dame est transportée à l’hôpital régional de Kénitra. Elle souffre de brûlures de troisième degré au cou et à la tête.
Le Dr Mohamed Berrahal, délégué de la santé publique à Kénitra, nous raconte la suite: les brûlures couvrent 25% de son corps, les lésions sont nettoyées, elle reçoit un traitement (antibiotiques et analgésiques, masque à oxygène) mais l’hôpital n’est pas équipé pour les brûlures. Le Maroc ne dispose que de deux centres, l’un à Meknès et l’autre au CHU de Casablanca.
Malgré l’état de ses blessures, elle passe une première nuit dans un état correct et reçoit la visite de ses proches. Mais dans la nuit, son état s’aggrave, relate le Dr Berrahal. Le centre de Meknès s’avère fermé pour maintenance, on essaie de trouver un lit à Casablanca, c’est difficile, les médecins finissent par y arriver. Une ambulance la transfère dimanche à Casablanca, dans un état très grave. A cause des brûlures au niveau du cou qui ont provoqué des oedèmes, elle n’arrive plus à respirer et décède le lundi 11 avril 2016.
Lundi 18 avril, plusieurs dizaines de personnes se rassemblent devant le 6e arrondissement de Kénitra, pour crier leur indignation devant ce qu’ils estiment être la “hogra“, qui a tué Fatiha et exiger l’ouverture d’une enquête.
Cette tragédie rappelle à notre souvenir le dossier des marchands ambulants. Les solutions envisagées (marchés organisés pour les ambulants, comme à Sidi Bernoussi) sont mises en place avec trop de lenteur. Elle rappelle également que le caïd est un agent d’autorité. Peut-être que le mot “autorité“ est désormais de trop.
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