Que penser du traitement médiatique de l'affaire de Beni Mellal par Canal+?
Au lendemain de la diffusion par Canal + d’un court reportage sur les actes homophobes de Béni Mellal, les avis sont partagés au sein de notre rédaction. Certains se sont offusqués d’un traitement condescendant et paternaliste, alors que les autres ont salué la nécessité et l’utilité du concept impertinent de l’émission.
Lundi 4 avril au soir, l’émission quotidienne du Petit journal a consacré 11 minutes à un reportage sur l’affaire des victimes de l'agression homophobe de Béni Mellal.
Après visionnage, et à l’image des réactions sur les réseaux sociaux, notre rédaction s’est divisée entre ceux qui considèrent l’équipe de Yann Barthes comme d'arrogants donneurs de leçons et d’autres, pour qui l’émission satirique a été plus sérieuse qu’à son habitude et qu'elle a bien fait de dénoncer l’homophobie.
Réactions divisées sur le traitement médiatique de Canal +
Pour une partie de la rédaction de Médias 24, le ton arrogant et le comportement conquérant des reporters au Maroc sont inacceptables et dérogent à l’esprit d’impartialité qui doit animer le travail des vrais journalistes.
Leur traitement serait d’autant plus partial que l’équipe du Petit journal n’a pas cru bon de déposer une demande d’autorisation de tournage avant de se rendre au Maroc et a de plus instrumentalisé son arrestation et son expulsion pour faire le buzz. Pourtant, elle savait que l'autorisation est légalement indispensable.
Nos collègues se disent choqués par la démarche hors-la-loi assumée de ces reporters, alors qu’il serait inimaginable qu’un journaliste marocain fasse la même chose en France, sans être sévèrement rappelé à l'ordre.
Le désir de couvrir les actes homophobes de Béni Mellal n'est qu’un prétexte pour faire de l’audimat sur le dos des agressés, en faisant de surcroît passer son équipe pour des victimes d’un pays intolérant.
Au final, "le Petit journal", pour nos collègues, ne serait qu’une émission survendue des temps modernes, qui se nourrit du malheur des autres pour gagner le plus d’argent possible en contentant un public aigri et méchant, qui aime à se moquer de son prochain. Le concept du Petit journal consiste à faire rire au détriment des autres, à se moquer d'eux.
La seconde partie de la rédaction n’a quant à elle pas trouvé le reportage tendancieux, car les journalistes se sont juste attelés à dénoncer une homophobie marocaine, encouragée par une loi injuste.
Le ton irrévérencieux et satirique n’est pas interprété comme de la condescendance vis-à-vis des Marocains, car l’émission a habitué son public à rire de tous les sujets, sans épargner les turpitudes françaises.
Cette partie de la rédaction pense que l’impertinence -trop rare dans le paysage audiovisuel marocain- est utile, car elle a le mérite de sensibiliser aux réalités douloureuses.
Malgré ses divisions, rappelons que Médias 24 a été l’un des premiers à couvrir cette scandaleuse affaire de violation de domicile et d’atteinte aux libertés individuelles et qu’elle n’a pas hésité à faire sortir de son mutisme l’ensemble de la classe politique sur ce sujet délicat au Maroc. Notre rédaction a d'ailleurs rencontré les deux victimes en prison, à Béni Mellal.
Déroulé du reportage
L’émission commence par le rappel des faits qui ont eu lieu le 9 mars quand deux hommes ont été passés à tabac à Beni Mellal par une dizaine d’individusavant d’être interpellés puis condamnés pour l’un d’eux à 4 mois de prison ferme alors que ses agresseurs ont bénéficié de 2 mois avec sursis.
Les rapides images tournées le 3 avril dans le quartier de l’agression montrent les 2 reporters interpellés par un policer leur demandant l’autorisation nécessaire pour filmer dans les lieux publics.
Le journaliste Martin Weill lui répond qu’il a préféré s’en passer en arguant que la procédure marocaine d’octroi au est beaucoup trop longue pour espérer couvrir à temps des sujets d’actualité.
Arrêtés, les journalistes seront gardés à vue quelques heures à la préfecture de Beni Mellal puis escortés à l’aéroport Mohammed V de Casablanca afin d’être expulsés vers Paris le lendemain matin.
Avant de se rendre à Beni Mellal, ils avaient pu filmer à l’abri des regards sur une barque dans l'estuaire du Bouregreg ç Rabat-Salé, 4 homosexuels affirmant que l’affaire de Beni Mellal illustrait parfaitement la réalité anxiogène de leur vie au Maroc.
Le reportage s’est poursuivi à Casablanca dans les locaux de l’hebdomadaire "Maroc Hebdo" dont le directeur de publication, Mohamed Selhami a assuré défendre les droits des minorités et les valeurs de tolérance.
Interrogé sur un article au titre polémique "Faut-il brûler les homos?", son auteur Mustapha Sehimi, a justifié son choix d’écriture par le conservatisme de la société marocaine en rajoutant qu’il était partisan de l’article 489 du code pénal punissant de prison les actes homosexuels.
L’émission s’est conclue en plateau avec le présentateur Yann Barthes qui affirme ironiquement que son équipe obtiendra sans peine l’autorisation nécessaire pour couvrir le procès de la deuxième victime d'homophobie car le reportage a prouvé que le Maroc était un pays de libertés et de tolérance.
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