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Economie marocaine: Les vérités crues de Abdellatif Jouahri

Après sa petite phrase sur le 1% de taux de croissance cette année, Abdellatif Jouahri a débattu avec une partie du patronat réuni à Agadir, dans le cadre du Conseil national de l'entreprise: un diagnostic sans aucune complaisance et qui fera l'effet d'une douche froide sur le gouvernement.

Economie marocaine: Les vérités crues de Abdellatif Jouahri

Le 3 avril 2016 à 9h02

Modifié 11 avril 2021 à 2h38

Après sa petite phrase sur le 1% de taux de croissance cette année, Abdellatif Jouahri a débattu avec une partie du patronat réuni à Agadir, dans le cadre du Conseil national de l'entreprise: un diagnostic sans aucune complaisance et qui fera l'effet d'une douche froide sur le gouvernement.

Lorsque Jouahri parle, on l’écoute. Il a suffi d’une phrase lâchée à l’issue du dernier conseil de Bank Al-Maghrib, le 22 mars dernier, pour alimenter les conversations de toute l’élite économique et politique du pays.

Le 22 mars, il avait annoncé une prévision de croissance de 1% seulement pour 2016. Choc dans les cabinets ministériels. Mais aucun responsable gouvernemental ne le contactera pour lui demander des précisions.

Le wali de Bank Al-Maghrib récidive. Mais cette fois-ci avec force détails et précisions.

Ce samedi 2 avril, Abdellatif Jouahri était l'invité d'honneur du Conseil national de l'entreprise et à ce titre, il a été, selon les termes d'un participant, "magistral". A la fin de son intervention, il a eu droit à une standing ovation. C'est que l'exposé et surtout le débat ont été d'une intensité rarement vue. Ce fut un Jouahri au mieux de sa forme, maniant les mots comme des bistouris, qui a disséqué la politique économique et les actions du gouvernement.

Il a disséqué, mis à nu les chairs et on a bien vu que le bilan du gouvernement est moins rose qu'on ne le dit. Selon un participant joint par Médias 24, il a mis en avant l'absence de vision économique de la part du gouvernement. Ses critiques étaient tellement argumentées qu'elles sont capables de mettre en difficulté ce gouvernement, selon notre source. Exemple: contrairement à une opinion répandue, le taux d'intégration de Renault ne dépasse pas 32%.

Le gouvernement suit une politique économique qui donne des résultats apparents en amélioration, notamment pour le nerf de la guerre que sont les équilibres budgétaire et du compte courant. Mais quid de l’entreprise, de l’investissement, des délais de paiement, de l’emploi?

De son côté, depuis janvier dernier, la Banque centrale travaille en contact étroit avec le secteur bancaire et le patronat, pour dynamiser l’activité économique. Elle y travaille sans y avoir jamais invité de représentant du gouvernement. Elle y travaille et des décisions concrètes sont prises.

En cette année 2016, le ralentissement économique est assez visible. L’entreprise est soumise à de fortes pressions, trésorerie, marché, emplois, fiscalité… La politique économique doit-elle viser d’abord à restaurer la confiance? Quelle est la réalité de la pression fiscale? Les délais de paiement de l’Etat et du secteur public sont-ils longs au point de constituer une menace vitale pour l’activité? L’emploi est-il réellement une priorité? Les bénéfices des banques sont-ils indécents? Y a-t-il nécessité d’arbitrages et si oui, qui doit les faire?

Un patron de banque, subtil et connaissant parfaitement l’environnement politico-économique, partageait avec nous ces interrogations au cours de la semaine écoulée. Pour lui, un arbitrage est indispensable. Et il ne peut pas être fait par le gouvernement. Il faut que cela vienne de plus haut.

Abdellatif Jouahri n'est pas un arbitre, mais il est un contre-pouvoir, par rapport au gouvernement. Il a la confiance du patronat. Ses paroles sont audibles. Il n’a pas la langue dans la poche. Et il ne peut être suspecté de poursuivre un objectif personnel ou politique.

Donc, la CGEM tenait son conseil d’administration ce samedi 2 avril à Agadir. Et dans l’après-midi, une réunion du Conseil national de l’entreprise, dont l’invité vedette était Abdellatif Jouahri.

Pour son exposé et ses propos sans langue de bois pendant le débat, Jouahri a été ovationné par la salle. IL a fat une forte impression. Et ce dimanche, ses propos étaient au centre des discussions dans les milieux d'affaires.

 

Ci-dessous, vous pouvez feuilleter l’exposé de Abdellatif Jouahri.

Cet exposé est une synthèse bien hiérarchisée et sans langue de bois de l’évolution de l’économie marocaine sur plusieurs années, remontant souvent à l’an 2000, ce qui permet de mettre en valeur les tendances lourdes. C’est la lecture que fait la Banque centrale de la situation actuelle avec ses bons (macro-économie) et moins bons indicateurs.

Prévisions: 1% de croissance en 2016

Il persiste pour une croissance de 1% pour 2016 et 3,9% pour 2017.

Pour stabiliser le chômage, il faut créer 160.000 emplois par an!

Jouahri conclut que “l’économie nationale génère de moins en moins d’emplois. Le nombre de créations nettes est passé de 168.000 en moyenne annuelle entre 2001 et 2008, à 80.000 entre 2009 et 2012 et à 56.000 entre 2013 et 2015“.  La baisse du taux d’activité améliore les chiffres du chômage, mais le nombre de jeunes chômeurs est en forte hausse.

Il ajoute que “les services restent le premier pourvoyeur d’emplois, mais le rythme de création s’essouffle. Les emplois dans ce secteur restent précaires.

L’ampleur du défi est résumée par une phrase qui fait mouche: “Afin de stabiliser le taux de chômage à son niveau de 2015, les créations nettes d’emplois devraient avoisiner 160.000 postes en moyenne annuelle“.

Une amélioration du déficit budgétaire favorisée par des facteurs exogènes

“La réduction du déficit budgétaire depuis 2012, a été favorisée par deux facteurs exogènes et l’endettement du Trésor s’est fortement accru:

•le recul des cours des produits pétroliers s’est traduit par une baisse sensible de la charge de compensation. Celle-ci est passée de 54,9 milliards de dirhams en 2012 à 14 milliards en 2015, soit de 6,5% du PIB en 2012 et 1,4% en 2015.

•les entrées des dons en provenance des pays du CCG.

L’endettement du Trésor s’est inscrit sur une tendance haussière, passant de 45,4% du PIB en 2008 à 64 % en 2015 (dont 49,6% du PIB en dette intérieure et 14,4% en dette extérieure), un niveau élevé par rapport à la moyenne des pays ayant la même notation“.

Secteur bancaire: excédent de liquidité au 2e semestre 2016

“L’encours des réserves de change continue de se renforcer. Il est passé de 4 mois d’importations en 2012 à 6 mois et 24 jours en 2015 et devrait continuer à s’améliorer à hauteur d’un mois de couverture additionnel par an.

“En conséquence, la situation de la liquidité bancaire s’est nettement améliorée, passant d’un besoin de 40,6 milliards de dirhams en 2014 à 16,5 milliards en 2015 et devrait passer à une situation excédentaire à partir de cette année“.

Abdellatif Jouahri donne une partie de sa lecture concernant la décélération du crédit:

“Malgré la détente des taux débiteurs et l’amélioration de la liquidité bancaire, le crédit bancaire, notamment celui destiné aux entreprises, évolue à un rythme faible, en lien avec:

-le ralentissement des activités non agricoles ;

-le désendettement de certains grands groupes ;

-la baisse des financements liés aux arriérés de la Caisse de compensation et aux importations de produits énergétiques ;

-la montée des risques dans certaines branches“.

(Cliquer sur l'image pour feuilleter la présentation de Abdellatif Jouahri)

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(Cliquer sur l'image pour feuilleter la présentation de Abdellatif Jouahri)

 

L’implication de la Banque centrale dans le soutien aux entreprises

Jouahri liste une partie des “mesures, conventionnelles et non conventionnelles“, prises par BAM pour soutenir l’activité économique.

Il rappelle le groupe de travail créé avec le GPBM, la CGEM, Maroc PME et la Caisse Centrale de Garantie. Ces réunions se sont soldées par plusieurs mesures, dont certaines à application immédiate:

-Rendre effective la mesure d’accès des entreprises à leur notation au sein des banques.

-Rendre effective la motivation des décisions de rejet des dossiers de crédit.

-Développement d’accords sectoriels à l’instar de celui signé avec le secteur du textile et qui a donné des résultats probants.

-Etude de la faisabilité d’un fonds de restructuration des entreprises en difficulté.

-Financer le butoir de TVA avec un mécanisme sécurisé de cession des créances.

-Elaboration d’un mémorandum à adresser au gouvernement (délais de paiement ; participation des PME aux marchés publics ; statut d’auto-entrepreneur ; financement des collectivités territoriales; création d’un fonds de restructuration des entreprises).

Au final, la question des délais de paiement n’est pas entièrement réglée, malgré le dernier accord entre le gouvernement et le patronat, puisque ces mesures ne produiront leur plein effet que dans deux ans. Le retard pris dans ce dossier n’améliore pas la confiance, une confiance mise à mal par ce que beaucoup d’entrepreneurs appellent “l’absence de visibilité“.

Dans les milieux des entreprises, on reconnaît la forte implication de la Trésorerie générale et du ministère du Budget dans l’élaboration des derniers textes sur les délais de paiement, mais on estime que “l’entreprise n’est pas au cœur des préoccupations du gouvernement“.

L’Etat doit injecter de l’argent dans l’économie, pour rétablir la confiance. Jouahri lui-même le dit: “La plupart des difficultés des entreprises sont liées aux délais de paiement“, car les délais de paiement, c’est un effet domino dévastateur. Aujourd’hui, il ne faut pas s’étonner devant la faiblesse des investissements privés et le ralentissement de la demande de crédits, puisque “la plupart des entreprises pensent davantage à survivre qu’à se développer“.

La CGEM à l'heure de la régionalisation

Miriem Bensalah-Chaqroun, qui recevait, a tenu le conseil d'administration de la CGEM dans la matinée et a réuni les CGEM régionales la veille, ainsi que le groupe de la CGEM à la Chambre des conseillers. Elle a invité les opérateurs de la région à participer au plan de développement régional, "véritable créateur de richesses".

La région Souss-Massa regorge d'importants atouts lui permettant d'avoir une contribution au PIB national supérieure à 7,7 % qu'elle réalise actuellement, a indiqué la présidente de CGEM.

"La Région mérite et peut faire, j'en suis convaincue, nettement plus", a souligné Mme Bensalah Chaqroun, qui s'exprimait lors d'une réunion avec les opérateurs économiques de la région, notant que Souss-Massa est la deuxième région du Maroc en termes de création de richesses et dispose d'une économie solide et diversifiée (tourisme, pêche, agriculture et industrie).

Dans l'agroalimentaire, 44 % des exportations de fruits et légumes du Maroc et 50 pc de la production halieutique du Royaume proviennent de cette région, qui est également la 2ème destination touristique du pays de par non seulement ses atouts sur le plan balnéaire, mais aussi de par son arrière-pays attrayant, a indiqué Mme Bensalah Chaqroun.

La présidente de la CGEM a toutefois fait état de problèmes qui entravent l'essor économique de la région tels la connectivité aérienne qui pénalise son potentiel touristique de Souss-Massa soit sous-employé ou la problématique des ressources humaines qualifiées et le manque de marketing territorial.

"A l'heure où nous parlons de régionalisation avancée, il n'y a pas de marque Souss-Massa, ni de marque Agadir, Taroudant ou Tiznit", a-t-elle déploré.

Elle a également évoqué la problématique de l'accès aux terrains industriels viabilisés outre les retards de paiement dont souffre le secteur du BTP.

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