Une architecte allemande veut construire des maisons en... kif
Ce n'est pas anecdotique, mais une proposition sérieuse qui sera présentée à la COP 22 par l'architecte Monika Brümmer.
Le tabou autour du kif n'est pas en train de tomber: il s'écroule à la vitesse grand V.
Le cannabis n'est pas uniquement une drogue. Il sert également à bâtir et à se loger. C'est le postulat défendu par Monika Brümmer, architecte allemande spécialiste dans la construction en chanvre, et auteure d'une étude sur la culture du kif dans la région de Senhaja, au Rif. L'architecte s'exprimait dans le cadre de la conférence internationale sur le cannabis, organisée vendredi et samedi 18 et 19 mars à Tanger.
Par rapport aux matériaux conventionnels (ciment, acier etc.), celui proposé par Monika Brümmer, et qui est d'usage de moins en moins rare en Europe selon elle, présente de nombreux avantages. "Le béton de chanvre stocke de petites quantités de carbone. Comparé au béton armé ou au bois, son impact écologique est minime", analyse-t-elle.
L'expérience démontre, ajoute l'architecte, que les maisons bâties à l'aide de chanvre sont moins énergivores, "donc plus économiques au niveau de leur réchauffement ou rafraîchissement" selon les saisons. Cela, tout en sachant que "le béton de chanvre se distingue par sa grande capacité d'isolation thermique et sonore."
L'élaboration du béton de chanvre pose des problèmes au niveau de son séchage, surtout si la construction intervient en période froide et humide. Or, pour la scientifique, " le cannabis marocain présente un fort pouvoir d'absorption de l'humidité et sèche plus vite que son semblable européen", par exemple.
Alors, des maisons-cannabis au Maroc? L'architecte en annonce toute une ville: "Nous allons tenter de créer une ville entièrement bâtie à partir du chanvre. Un projet pilote a été présenté à Paris, à l'occasion de la COP21. Nous le développerons et l'exposerons à la COP22", organisée l'an prochain à Marrakech.
"La loi doit changer"
Monika Brümmer, qui a consacré ces dernières années à l'étude de la culture du Kif par la tribu Senhaja, installée dans le Haut-Rif central, appelle à "modifier la loi, de manière à encadrer l'usage du cannabis à des fins de développement et permettre ainsi à cette tribu d'en tirer profit".
"La tribu des Sanhaja cultive le cannabis depuis des siècles. Elle en a donc historiquement le droit", clame-t-elle. L'altitude, les terres exigües et les difficultés d'accès a ces régions font qu'il " est impossible, pour ses habitants, d'exercer une activité autre que la culture du Kif. D'autant plus que cette plante est la seule à s'adapter au climat de ses zones montagneuses."
L'architecte s'est arrêtée sur la situation précaire des habitants, qualifiant leur quotidien de "moyenâgeux". "Les villages sont enclavés, marginalisés. La prospection d'eau se fait manuellement. La technologie la plus avancée, c'est le cheval."
Elle s'alarme enfin au sujet d'"une architecture montagnarde qu'il faut préserver, car représentant un potentiel touristique non négligeable". Elle préconise de réhabiliter ces bâtiments à l'aide du cannabis.
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