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La Samir demande son propre redressement judiciaire

Lundi 7 mars, la Samir a présenté sa réponse au rapport d’expertise déposé le 7 février par les trois experts désignés par le tribunal de commerce de Casablanca. La Samir conteste une partie des analyses et des conclusions, affirme qu’elle n’est pas en cessation de paiement, fait de nouvelles promesses et enfin insiste sur l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. En gros, les dirigeants veulent éviter la liquidation.

La Samir demande son propre redressement judiciaire
Abdelali El Hourri
Le 7 mars 2016 à 15h47 | Modifié 7 mars 2016 à 15h47

Les promesses n’engagent que ceux qui y croient, surtout s’agissant du management actuel et de l’actionnaire principal de la Samir. En matière de promesses non tenues, ce sont des récidivistes. Tout le microcosme financier le sait.

Ce lundi 7 mars, à l'audience du tribunal de commerce, il ne pouvait y avoir que deux scénarios:

-soit le management de la Samir s’absentait pour la seconde audience consécutive et cela aurait signifié mécaniquement la liquidation ou le redressement judiciaire.

-soit le management se présentait devant le tribunal de commerce, comme l’exige la loi et dans ce cas, ce management n’avait d’autre possibilité que de contester le rapport d’expertise et de présenter un document tenant lieu de business plan. En effet, la Samir a été piégée par sa propre demande de règlement amiable et s’est retrouvée devant la Chambre de conseil, situation ne pouvant légalement conduire qu’à la liquidation ou au redressement judiciaire.

Ce fut donc le deuxième scénario.

La Samir a contesté le rapport d’expertise et demandé une décision d’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. Autrement dit, un nouveau délai.

Voici, point par point, la requête déposée par la Samir:

1. La Samir joue un rôle économique important. Personne ne conteste cette affirmation. Le document rappelle les chiffres: 9 sociétés, 6.400 emplois directs et indirects, tissu de sous-traitance, capacité de production et rôle local dans les villes de Mohammédia et Sidi Kacem.

2. L’inclusion du chiffre d’affaires comme indicateur financier n’est pas pas pertinente, car ce qui compte, c’est le volume de production. Le chiffre d’affaires, lui, est impacté directement par les cours du pétrole. De 2010 à 2014, la production est restée stable, entre 6 et 7 millions de tonnes.

3. La réévaluation des actifs effectuée dans les bilans de la société est une opération menée dans le cadre des lois en vigueur, affirme le document.

4. La proposition de la Samir pour  un règlement amiable: l’entreprise présente différentes propositions et constructions virtuelles, comportant des engagements financiers, des chiffres d’affaires prévisionnels et enfin des protocoles d’accord avec des créanciers. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait avant?

5. La société a un capital de 1.189 MDH. Elle propose d’injecter 4 milliards de DH supplémentaires en capital, en 2016. Puis de nouveau 2 MMDH en 2019, le capital ateindrait alors 7.189 MDH.

Pour rappel, Al-Amoudi a fait valider par le conseil d’administration,,puis par une AGE, une augmentation de capital de 10 milliards de DH. Les deux décisions datent de septembre et octobre 2015. Début décembre, il s’est rétracté. Comment le croire aujourd’hui? Et pourquoi proposer moins que l’engagement qu’il avait déjà pris en octobre dernier? La situation de l’entreprise s’est-elle depuis améliorée?

6. “La plupart des gros créanciers ont exprimé leur disposition à rééchelonner les dettes de la Samir en dettes sur le long terme“. Le document cite la douane, les banques locales et les fournisseurs internationaux. Ce qu’il ne dit pas, c’est que les créanciers locaux ont exigé en contrepartie des garanties réelles de la part d’Al-Amoudi. Ce qu’il n’a pas donné.

7. La Samir affirme avoir rééchelonné ses dettes auprès de la Société islamique internationale de financement du commerce ITFC, pour un montant de 170 millions de dollars et ce grâce aux garanties de Cheikh Al-Amoudi.

8. L’approvisionnement en matières premières ne posera pas de problème, selon le document, puisque différents fournisseurs sont disposés à en fournir avec des facilités de paiement.

Le document cite Glencore (qui selon la Samir a accepté de rééchelonner 200 millions de dollars et de fournir de l’huile brute de pétrole pour 200 millions de dollars supplémentaires, avec des facilités de paiement) ; la société Socar qui a proposé un contrat de partenariat portant sur 6 millions de barils par mois, la signature d’un accord de rééchelonnement avec Marsa Maroc, la signature d’un protocole de rééchelonnement avec l’ANP, Agence nationale des ports.

9. La Samir n’est pas en situation de cessation de paiement, puisqu’elle a payé 220 MDH depuis aout 2015 [le document joue sur les mots: on peut avoir payé ce montant sur quelques mois et être en cessation de paiement aujourd’hui]. L’actionnaire de référence a versé selon le document, 95 MDH pour règlement de certaines dettes de la société, sans autre précision.

10. La douane a recouvré 1,7 MMDH de créances auprès de la Samir grâce à l’ATD (Avis à tiers détenteur) du 7 août 2015. Selon le document, les dettes exigibles à fin décembre sont “seulement“ de 6.707 MDH. Le reste n’est pas échu.

11. Le document reconnaît que les liquidités et les actifs liquides sont insuffisants pour couvrir les dettes échues et exigibles, mais affirme que le rapport d’expertise a surévalué les dettes échues et exigibles.

12-La société dispose d’engagements de la part des associés de verser des capitaux (sans préciser s’il s’agit de compte courant ou de capital) dès l’ouverture de la procédure de règlement amiable.

13- “La difficulté financière que connaît la société a pour cause la baisse du cours du pétrole de 115 dollars à 35 dollars, ce qui a provoqué la dévaluation du stock de sécurité pour l’équivalent de 5 MMDH sur 2014 et 2015“, écrit le document. Affirmation très discutable.

Pour toutes ces raisons, la Samir demande l’ouverture d'une procédure de redressement judiciaire.

En contrepartie, beaucoup de paroles et d’engagements:

-les actionnaires s’engageront à la reprise de l’activité;

-l’actionnaire principal a fourni à la douane un engagement écrit d’augmenter le capital de 400 millions de dollars en contrepartie d’un rééchelonnement des dettes.

Lundi 14 mars, l’audience du tribunal de commerce sera consacrée à l’examen du rapport d’expertise. Pour le management, c'est encore une semaine de gagnée.

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Abdelali El Hourri
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