Comment le Maroc a échappé à un attentat ce vendredi 19 février
Le directeur du BCIJ a livré les premiers détails sur les projets terroristes de la cellule démantelée par ses services jeudi 18 février. Opérationnelle, elle devait commettre un premier attentat aujourd’hui vendredi 19 février 2016.
Le patron du Bureau central d’investigations judiciaires avait un ton grave, en s’exprimant ce vendredi 19 février devant la presse, sur le profil des terroristes prêts à entrer en action.
Selon les premiers éléments des interrogatoires qui se poursuivent, les 10 suspects ont d’ores et déjà reconnu qu’un attentat-suicide était programmé pour ce vendredi 19 février, même si l’enquête n’a pas encore déterminé la cible ni la ville retenue.
Ce projet terroriste devait se faire par l’intermédiaire d’un jeune kamikaze de 16 ans, à l’aide d’une petite camionnette piégée de marque Mitsubishi. Les recherches sont toujours en cours pour savoir si le véhicule avait été volé ou s’il a été mis volontairement à disposition par son propriétaire.
Ce mineur, qui rêvait au départ de rejoindre Daech en Syrie, avait été embrigadé par ses complices qui l’avaient convaincu de mourir en "martyr, pour rejoindre le paradis".
Quand il évoque les 10 suspects, Abdelhak Khiame préfère le mot commando à celui de cellule terroriste. Ce qualificatif est d’autant plus pertinent que l’arsenal saisi par les enquêteurs montre que ses membres étaient très organisés et déterminés.
L’équipement exposé dans les locaux du BCIJ se décompose en plusieurs types d’armement:
-Armes à feu: 3 revolvers Smith & Wesson 38 spécial, 1 pistolet automatique irakien, 4 pistolets mitrailleurs Scorpio calibre 7,65, 1 fusil espagnol de précision à longue portée, 1.000 balles;
-Armes biologiques liquides (citron, rat mort, clous rouillés) pour transmettre le tétanos;
-Produits chimiques destinés à la fabrication d'explosifs;
-Armes blanches, matraques électriques, grenades lacrymogènes, menottes en plastique;
-Ordinateurs, tablettes, smartphones, drapeaux de Daech, tenues militaires, jumelles.

L’interpellation des prévenus s’est faite en douceur, sans coup de feu ni violence. Une vidéo du BCIJ montre l’arrestation du chef du réseau sous les applaudissements des badauds. Agé de 34 ans, le doyen du commando était gérant d’une agence immobilière à Laâyoune, dont il est originaire. L’enquête cherche d’ailleurs à déterminer s’il était en relation avec les séparatistes du polisario.
Hormis le mineur, l’autre surprise de cette affaire est la présence d’un ressortissant français parmi les conspirateurs. Originaire de la région parisienne, ce jeune d’une trentaine d’années, technicien en électronique, séjournait pour la première fois au Maroc depuis près d’une année. Selon les premières investigations, ce jeune converti à l’Islam radical n’est pas fiché par les autorités françaises.
«La leçon, c’est que nous ne devons plus nous limiter à surveiller uniquement les bi-nationaux, mais aussi les Français d’origine,» a déclaré à son propos le patron du BCIJ.
Refusant de révéler si l’arrestation des 10 suspects provenait d’un renseignement humain ou électronique, Khiame a cependant révélé que les interpellés s’étaient tous rencontrés sur Facebook.
Cela veut sans doute dire que la surveillance policière des réseaux sociaux et des sites djihadistes n’est pas pour rien dans le démantèlement de cette cellule.
L’attentat-suicide prévu ce vendredi 19 février devait être le premier d’une longue série, pour installer la psychose au sein des ménages marocains et de l’Etat. La présence d’un fusil de précision capable d’atteindre une cible à plus de 1.500 mètres montre qu’au moins un des membres du commando devait faire office de sniper pour abattre des personnalités civiles ou militaires.
Les terroristes, qui avaient fait allégeance au présumé Etat Islamique étaient en contact permanent avec des cadres marocains basés en Libye de l’organisation criminelle tentaculaire. Toutes les armes saisies ont d’ailleurs été acheminées de ce pays à travers la frontière algéro-marocaine.
Interrogé par Médias 24 sur la possibilité de faire entrer des armes au Maroc, Abdelhal Khiame a regretté que l’étendue des frontières avec le voisin algérien et la contrebande qui y sévit n'aient pas permis l’interception de la cargaison d’armes qui était soigneusement emballée lors de la perquisition.

Pour prouver que le travail de recherche était difficile, il a révélé que les armes ayant servi au braquage du fourgon de Tanger avaient été importées d’Europe, cachées dans le tambour d’une machine à laver.
Une fois leur forfait commis, les suspects avaient l’intention de se replier dans des grottes, à 20 kilomètres de Tan Tan. Ils avaient choisi cette région reculée désertique, pour monter une base d’entraînement de même type territorial que celles qui existent en Syrie, en Irak et en Libye.
Leurs encadrants de Daech leur avaient promis d’y envoyer des volontaires pour étoffer leur groupe. Un des interlocuteurs du chef du commando a été localisé en Turquie par les éléments du BCIJ, qui relève de la DST.
Une fois interpellés, les 10 membres du réseau implanté dans les villes d’Essaouira, de Meknès et d'El Jadida ont été transférés au siège du BCIJ à Salé, où les interrogatoires se poursuivent.
Depuis 2013, les services marocains ont démantelé 31 cellules terroristes en relation directe avec différents groupes terroristes du théâtre syro-irakien et maintenant libyen.
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