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Langues d'enseignement: Omar Azziman recadre Benkirane

Omar Azziman a livré des messages sans ambiguité ce lundi 21 décembre lors de l’ouverture de la 8e session du CSEFRS (Conseil supérieur de l’éducation et de la formation). Messages relatifs à l’ouverture, à l’identité, aux langues étrangères et au rôle de l’enseignement dans un pays comme le Maroc.

Langues d'enseignement: Omar Azziman recadre Benkirane
N. E.
Le 21 décembre 2015 à 14h22 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

Le message principal, c'est que la vision stratégique de l'enseignement a été adoptée par le Roi qui l'a remise au Chef du gouvernement pour être appliquée. Omar Azziman a usé d'un langage dépassionné, qui tranche avec l'idéologisation et les mots pleins de passion des politiques.

Il s’agit clairement d’une réponse à Abdelilah Benkirane qui s’est récemment opposé, publiquement et par écrit, à une décision du ministre de l’Education nationale Rachid Benmokhtar et  consistant en l’introduction de la langue française dans l’enseignement de matières scientifiques de deux filières de l’enseignement technique.

Benkirane qui avait adressé une lettre à son ministre de l’Education nationale, avait fini par le houspiller publiquement au Parlement au cours d’une séance orale tenue le 1er décembre dernier.

Selon nos sources, Benmokhtar n’a pas donné suite à la correspondance du Chef du gouvernement lui demandant de surseoir à sa décision, en attendant l’élaboration de la loi-cadre relative à l’enseignement. La note de Rachid Benmokhtar est toujours accessible sur le site du Ministère et aucune nouvelle note sur le même sujet n’est visible.

Les messages qui font figure de réponse à Benkirane et à tous ceux qui s’opposent à l’ouverture par les langues, ont occupé la plus grande partie de l’allocution d’ouverture prononcée par Omar Azziman.

En mai 2015, le Conseil avait adopté la vision stratégique de la réforme du  système éducatif.

Omar Azziman  rappelle que le bureau a été reçu par le Roi Mohammed VI et que le Souverain a remis la nouvelle vision “ au Chef de gouvernement à des fins de  déclinaison  sous forme de politiques publiques“.

Le président du CSEFRS enfonce le clou : “La Fête du Trône a été pour nous une double fête et un moment de très grande  fierté et satisfaction, lorsque nous avons vu Sa Majesté le Roi, dans son discours, entériner la vision stratégique du Conseil dans son esprit et dans son contenu et tenir avec rigueur et clarté des positions fermes sur les questions suivantes:

1-sur l’importance, les enjeux de la réforme et le rôle du Conseil:

« ... la réforme de l'enseignement est à la base du développement. Elle est la clef de  l'ouverture et de la  promotion sociale, le gage de protection de l'individu et de la  collectivité contre les fléaux de l'ignorance et de la pauvreté et les démons de l'extrémisme et de l'ostracisme. Voilà pourquoi Nous n'avons de cesse de plaider pour une réforme substantielle de ce  secteur vital, de sorte à réhabiliter l'école marocaine et à la rendre apte à remplir  comme il se doit la mission qui est la sienne, en matière d'éducation et de  développement. Aussi avons-Nous confié au Conseil supérieur de l'Education, de la Formation et de la Recherche scientifique le soin d'évaluer l'état d'exécution de la Charte nationale de  l'éduction et de la formation, et de dégager une vision stratégique globale pour la  réforme du système éducatif dans notre pays. »

2-sur la situation actuelle de l’enseignement et ce que les familles attendent:

«Pour bien comprendre en quoi consiste la réforme, Nous posons cette question: est-ce que l'enseignement que reçoivent nos enfants aujourd'hui dans les écoles publiques est capable de garantir leur avenir? Ici, il faut faire preuve de sérieux et de réalisme et s'adresser aux Marocains en toute  franchise, en leur demandant: pourquoi sont-ils si nombreux à inscrire leurs enfants dans les établissements des missions étrangères et les écoles privées, malgré leurs coûts exorbitants? La réponse est claire: c'est parce qu'ils cherchent un enseignement ouvert et de  qualité, fondé sur l'esprit critique et l'apprentissage des langues, un enseignement qui permette à leurs enfants d'accéder au marché du travail et de s'insérer dans la vie active.»

3-sur la question des langues étrangères et de l’identité:

«Or, contrairement à ce que prétendent certains, l'ouverture sur les langues et les  autres cultures, ne portera aucunement atteinte à l'identité nationale. Bien au  contraire, elle contribuera à l'enrichir, d'autant plus que l'identité marocaine est, grâce à Dieu, séculaire et bien enracinée, et qu'elle se distingue par la diversité de ses  composantes, qui s'étendent de l'Europe jusqu'aux profondeurs de l'Afrique. Même si j'ai étudié dans une école marocaine suivant les programmes et les cursus de  l'enseignement public, je n'ai aucun problème avec les langues étrangères. La Constitution, qui a été votée par les Marocains, appelle à l'apprentissage età la maîtrise des langues étrangères en ce qu'elles sont des moyens de communication, d'insertion dans la société de la connaissance et d'ouverture sur l'esprit du temps.»

4-sur le mode opératoire pour la mise en œuvre de la vision  et le chemin à suivre:

«Aussi, la réforme de l'enseignement doit se départir de tout égoïsme et de tous calculs politiques qui hypothèquent l'avenir des générations montantes, sous prétexte de protéger l'identité. En effet, l'avenir de tout le Maroc reste tributaire du niveau de l'enseignement que nous offrons à nos enfants. Partant de là, la réforme de l'enseignement doit viser au premier chef à permettre à l'apprenant d'acquérir les connaissances et les habiletés et de maîtriser les langues nationales et étrangères, notamment dans l es filières scientifiques et techniques, qui ouvrent les portes de l'insertion sociale.»

5-sur la mise en œuvre de la vision et sa programmation dans le temps:

«Afin d'assurer le succès de la réforme dans sa portée stratégique, chacun doit se  l'approprier et s'impliquer sérieusement dans sa mise en œuvre. En outre, Nous  appelons à l'élaboration de cette réforme dans le cadre d'un contrat national  contraignant, et ce, à travers l'adoption d'une loi-cadre cernant la vision à long terme  et mettant fin à  l'interminable cercle vicieux de la réforme de la réforme.»

Tout est dit. L’enseignement, comme l’a dit le Roi, doit échapper aux idéologies et aux aléas des alternances politiques.

Omar Azziman poursuit en rappelant la création du comité d’orientation par  la convention de coopération entre le CSEFRS et les départements ministériels en charge de  l’éducation, de la formation et de la recherche  scientifique.

Ce Comité composé des ministres concernés,  du président du Conseil  et des  secrétaires généraux, a pris des décisions importantes:

– décision d’entamer la préparation du projet de loi-cadre et de s’y  atteler collectivement;

– décision de poursuivre l’étude de l’enseignement religieux,afin de  préparer un projet de réforme spécifique à cet enseignement, en  conformité avec les principes directeurs  et les orientations  de la  vision stratégique.  

En d’autres termes, l’enseignement religieux n’échappera pas à la mise à niveau et celle-ci se fera d’une manière scientifique, pas idéologique.

Enfin, voici la profession de foi d'Azziman:

“Nous avons acquis la conviction que nous sommes au service d’une très grande cause, celle qui conditionne et détermine toutes les autres et nous partageons la  conviction que l’intérêt des apprenants de tous âges, l’intérêt des jeunes et des  générations futures, l’intérêt des parents immensément majoritaires qui placent  leurs enfants à l’école publique non par choix mais par nécessité, l’intérêt  supérieur du pays au plan politique, économique, social et culturel, au plan du progrès de l’esprit et du développement humain... Tous ces intérêts passent par la réhabilitation de l’école. Et nous avons la conviction partagée que pour apporter notre contribution à la réhabilitation de l’école, nous avons le devoir de rompre avec les clivages idéologiques et partisans, de nous départir du dogmatisme, du  sectarisme et de la crispation qui les accompagne, d’abandonner le confort des  préjugés et des idées préconçues et de travailler sans a priori pour le seul bien des  apprenants“.

L'assemblée générale de cette 8e session du CSEFRS fera le point, deux jours durant, sur les conclusions générales des rencontres régionales sur la vision stratégique de la réforme et les voies de mise en œuvre et surtout examinera le projet de plan d'action du Conseil au titre des années 2016/2017, ainsi que le projet de budget pour l'année 2016.  Elle prendra fin mardi 22 décembre.

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N. E.
Le 21 décembre 2015 à 14h22

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