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Un rapport britannique critique pour la première fois les Frères musulmans

Une enquête commandée par David Cameron s’intéresse aux Frères musulmans. Un gage de bonne foi livré aux partenaires émiratis, saoudien et égyptien.   

Un rapport britannique critique pour la première fois les Frères musulmans
Ariane Salem
Le 18 décembre 2015 à 18h52 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

En avril 2014, le Premier ministre britannique commandait une rapport interne sur les Frères musulmans à deux hauts-fonctionnaires: Sir John Jenkins, ancien ambassadeur en Arabie Saoudite, et Charles Farr, directeur général du bureau de la sécurité et du contre-terrorisme au ministère de l’Intérieur. Pour mener ce rapport, les experts ont sondé les organismes rattachés aux Frères musulmans en Grande-Bretagne.  

Le but de cette étude: identifier les organisations des frères musulmans et leurs ramifications en Grande-Bretagne, leurs relations avec le réseau international et les branches les plus violentes comme la branche armée du Hamas, leurs financements, leurs motivations en Grande-Bretagne et si le frérisme anglais est soluble dans la société britannique.  

La conclusion de cette enquête est une rupture avec le passé: Londres et la Grande-Bretagne ont été pendant plusieurs décennies les refuges de prédilection des fréristes pourchassés dans leurs pays d'origine, les Tunisiens d'Ennahdha, les Egyptiens, Jordaniens, Soudanais, Syriens, Libyens... Les gouvernements des pays d'origine reprochaient régulièrement à la Grande-Bretagne ce qu'ils appelaient sa complaisance à l'égard des fréristes.

Cette fois-ci et pour la première fois, Londres reconnaît que les Frères ont pu tolérer la violence et qu'une partie de leur littérature considère l'Occident comme un ennemi. Le rapport met également en évidence le double langage, pratique bien connue des Frères, dont les versions arabe et anglaise du même texte ne sont jamais identiques.

Cette enquête a été rendue partiellement publique le 17 décembre.

The Guardian, dans un article du 6 novembre, révèle les circonstances de la publication. Le rapport, dont les conclusions ont été présentées au Président Sissi lors de sa visite en Angleterre, est considéré par le journal comme un gage de bonne foi livré par le gouvernement britannique aux Emirats arabes unis, à l’Arabie saoudite et à l’Egypte.

En effet, The Guardian affirme que les Emirats arabes unis ont menacé le Royaume-Uni de bloquer des contrats de livraison d’armes de plusieurs milliards de livres, des investissements et la coopération sécuritaire si David Cameron n’agissait pas contre les Frères musulmans, en limitant notamment la couverture faite par la BBC de la révolution égyptienne.

Ces avertissements font suite à l’arrivée de M. Morsi à la tête de l'Etat égyptien en 2011. Abu Dhabi considérait que la confiance entre les deux nations «était remise en cause par les positions britanniques», qui ne considèrent pas le mouvement comme «une menace existentielle aux EAU et à l’ensemble de la région». 

A propos de l’expérience Morsi égyptienne

Le diplomate anglais analyse la destitution de Morsi comme étant le fait de son incapacité à faire preuve de modération politique et d’attachement aux valeurs démocratiques. Par ailleurs, l’équipe de Morsi n’a pas su convaincre les Egyptiens de sa compétence.

A propos de la violence et la relation avec le terrorisme


Le rapport rappelle la genèse des Frères musulmans et ses racines idéologiques takfiristes héritées de Sayyid Qutb.

A de nombreuses reprises, les Frères ont réinterprété les vues de l’idéologue, mais n’ont jamais désavoué officiellement son idéologie. Certains leaders des Frères musulmans égyptiens continuent de se prévaloir de son école. 



La pensée politique pronée par les Frères consiste à faire valoir le changement incrémental de pouvoir sans violence, sur la base que l’opposition politique disparaîtra avec l’islamisation de la société. Ceux-ci ne renoncent pas à des actes isolés de violence et même de terrorisme, lorsque le gradualisme est inefficace. L’observateur en veut pour preuve le soutien à la branche armée du Hamas, organisation considérée comme terroriste par la Grande-Bretagne. 

L’analyste conclut qu’il est donc impossible pour les Frères égyptiens de concilier ces vues avec cette déclaration faite au rapport selon laquelle “les Frères musulmans ont systématiquement adhéré aux moyens pacifiques d’opposition, renonçant à toute forme de violence à travers son existence". 

Les Frères en Grande-Bretagne ne sont liés à aucune activité terroriste. Ceux-ci ,notamment le MAB (Frère musulman en Grande-Bretagne), ont souvent condamné des faits de terrorisme liés à Al-Qaida en Angleterre. 

Les Frères musulmans en GB comme l’ensemble de l’organisation soutiennent en revanche les actions du Hamas et ne condamnent pas les actions violentes.

Les réseaux fréristes en Grande-Bretagne

La base européenne, financée et soutenue par le Golfe, s’est constituée depuis 50 ans par les exilés et les étudiants étrangers. Elle a servi à plusieurs périodes de l’histoire à reconstruire l’organisation après les défaites en Egypte. 

Dans les années 90, les Frères musulmans ont pris corps dans un certain nombre d’organisations islamiques.

Le MAB notamment est devenu politiquement actif, en relation avec la Palestine et l’Irak et a commencé à faire de l’entrisme politique, par la promotion de candidats aux élections locales et nationales. Le Conseil musulman de Grande-Bretagne (MCB) dialogue avec le gouvernement. 

Le MAB est devenu un partenaire de la police sur les questions sécuritaires et a collaboré à l’éviction d’un prêcheur militant salafiste, Abu Hamza. 

Depuis 2009, après que le MCB ait pardonné les actions violentes contre les pays soutenant le blocus de Gaza, le gouvernement a cessé tout dialogue avec les mouvements fréristes. 

Après 2013, un certain nombre de Frères égyptiens et émiratis sont revenus en Grande Bretagne, d’où ils ont mené les campagnes de communication en anglais et en arabe et trouvaient un écho auprès d’un certain nombre de mouvements de protestation britannique. 

De nombreux frères ont levé des fonds depuis la Grande-Bretagne, à travers un réseau complexe de charité. L’analyste redoute que ces levées de fonds ont permis certaines fois de financer le Hamas. En 2003, Interpal, un groupe de charité anglais, a été désigné comme entité terroriste par le Trésor anglais. 

Le Frérisme, soluble dans la société britannique? 

Les rapporteurs montrent que certains réseaux fréristes ont soutenu par le passé l’idée de mettre en place un Etat islamique en Grande-Bretagne. Toutefois ils n’apportent pas de preuve que des membres aujourd’hui continuent de promouvoir l’installation d’un Etat islamique, la position frériste étant de se concentrer sur l’islamisation de l’individu et de la communauté plutôt que de l’Etat. 

La MAB interrogée lors du rapport, a déclaré soutenir et encourager l’intégration sociale et la citoyenneté. Cette déclaration est appuyée par certaines preuves à travers le pays. Toutefois, on rapporte que les Frères n’ont jusqu’à présent pas clairement et publiquement promu une vision des musulmans comme des citoyens britanniques intégrés. 

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Le 18 décembre 2015 à 18h52

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