Donald Trump veut fermer les frontières aux musulmans
Le milliardaire américain Donald Trump, en tête des sondages des primaires républicaines pour la Maison Blanche en 2016, a appelé, lundi 7 décembre, à barrer l'entrée des musulmans aux États-Unis, proposition applaudie par ses partisans, mais dénoncée à droite comme à gauche.
"J'ai des amis musulmans, ce sont des gens très bien, mais ils savent qu'il y a un problème, et on ne peut plus le tolérer", a expliqué Donald Trump, ovationné au cours d'un meeting en Caroline du Sud, quelques heures après avoir annoncé dans un communiqué qu'il souhaitait fermer les frontières des États-Unis aux musulmans "jusqu'à ce que nous soyons capables de déterminer et de comprendre ce problème".
Le milliardaire se justifie en affirmant que de nombreux musulmans sont favorables au jihad violent contre les Américains ou qu'ils préfèrent vivre en vertu de la charia (loi islamique) plutôt que de la Constitution américaine, citant un sondage commandé par un centre marginal dirigé par Frank Gaffney, qualifié d'islamophobe par le Southern poverty law center, une organisation antiraciste.
"La haine dépasse l'entendement", a lancé Donald Trump, évoquant le couple de tueurs de San Bernardino qui a fait 14 morts mercredi dernier et les auteurs des attentats de Paris. "Ça ne fait qu'empirer et on va avoir un autre World trade center", a-t-il prévenu.
Même à l'échelle des déclarations incendiaires du milliardaire, la proposition est extraordinaire et les réactions politiques à la mesure d'une proposition qui semble directement enfreindre la Constitution américaine et l'interdiction des discriminations religieuses.
Donald Trump n'a jamais caché sa méfiance envers les musulmans, comme d'autres candidats républicains. En septembre, son rival Ben Carson avait suggéré que la fonction présidentielle était incompatible avec l'islam. Donald Trump avait aussi laissé filer quand un partisan avait affirmé que Barack Obama était musulman.
Après les attentats de Paris en novembre, il a appelé -comme le reste de son parti- au rejet des réfugiés syriens. Il avait aussi approuvé l'idée de forcer les musulmans à se déclarer sur un registre afin d'être surveillés, déclenchant un premier malaise dans son camp.
Comme c'est l'habitude avec M. Trump, son annonce est aussi tonitruante que floue.
Il a précisé que les soldats américains musulmans basés à l'étranger pourraient revenir. Et que les musulmans déjà ici pourraient rester, mais "nous devons être très vigilants, car des gens ont des bombes", a-t-il dit sur Fox News, en référence aux tueurs de San Bernardino.
Mais quid des citoyens américains musulmans? Et des touristes? Comment mettre en place une telle interdiction, techniquement et juridiquement?
Réponse à Obama
À la sortie de la prière dans une mosquée de Jersey City, près de New York, les fidèles étaient effarés.
"Il donne le droit aux gens de s'en prendre à nous", dit à l'AFP Ahmed Shadeed, directeur du centre islamique.
"Donald Trump ressemble plus au leader d'une foule prête au lynchage que d'un grand pays comme le nôtre", s'est désolé Nihad Awad, directeur du Comité de relations américano-islamiques (CAIR).
Les condamnations politiques ont immédiatement plu, y compris chez ses rivaux républicains, de Marco Rubio à Chris Christie. Jeb Bush, qui avait après Paris proposé d'exclure uniquement les réfugiés syriens musulmans, l'a traité de "déséquilibré".
La Maison Blanche a dénoncé une idée "contraire à nos valeurs". "Donald Trump, vous ne comprenez rien. Cela affaiblit notre sécurité", a réagi Hillary Clinton sur Twitter.
Le geste de Donald Trump n'en est pas moins calculé, cet expert des médias déclenchant méthodiquement controverse après controverse, avec gourmandise.
L'annonce est aussi sa réponse à Barack Obama qui, dans un discours à la nation dimanche, a enjoint les Américains à éviter les amalgames entre le groupe Da'ech et l'islam.
"Nous ne pouvons pas nous en prendre les uns aux autres en laissant ce combat se transformer en combat entre l'Amérique et l'islam", avait asséné Barack Obama. "Les musulmans américains sont nos amis et nos voisins".
La campagne du magnat de l'immobilier avait démarré en juin par une diatribe contre les clandestins mexicains, comparés à des violeurs et des criminels. Cela n'a pas empêché le candidat, omniprésent dans la presse, de rester depuis l'été largement en tête des sondages, avec aujourd'hui près de 30% des intentions de vote des républicains.
Lundi, au moment même de son annonce, un nouveau sondage CNN le plaçait en tête dans l'Iowa, qui votera en premier aux primaires, le 1er février 2016.
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