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Les confessions d’un espion de Da'ech: guerres et mort au Levant

Michael Weiss du "Daily beast" a interviewé un ancien cadre des services de sécurité de l’organisation de Da'ech, Amn ad-Dawla.

Les confessions d’un espion de Da'ech: guerres et mort au Levant
Jamal Amiar
Le 30 novembre 2015 à 10h07 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

Les entretiens ont eu lieu pendant trois jours à Istanbul en octobre dernier. Dans une série de quatre articles publiés du 15 au 18 novembre, il rapporte ce qu’il a entendu de la part du Syrien Abou Khaled. Michael Weiss a auparavant couvert les débuts de la guerre civile en Syrie et co-écrit avec Hassan Hassan "EI: au cœur de l’armée de la terreur".

Intitulés "Un rendez-vous à Istanbul", "Comment Daech recrute ses kamikazes", "Les ministères de la peur" et "Comment j’ai fui l’Etat islamique", les articles du Daily beast révèlent de nombreux aspects du fonctionnement interne de l’organisation d’Al Baghdadi. 

Dans le premier article, Weiss raconte ses longs échanges, par Skype et courrier électronique, au cours de l’été dernier avec Abou Khaled qu’il avait connu durant les premières années de la guerre civile syrienne. Abou Khaled était disposé à parler par téléphone, mais Weiss insistera jusqu’à le convaincre d’une rencontre sur les bords du Bosphore turc. Abou Khaled a combattu dans les rangs de l’Armée syrienne libre (ASL) avant de rejoindre Da'ech après les premières frappes américaines en octobre 2014.

Destination Raqqa

"Pour cela, dit Abou Khaled, je suis allé jusqu’au poste-frontière de Tal Abyad entre la Turquie et la Syrie. Lorsqu’ils m’ont demandé où j’allais, j’ai répondu 'Raqqa' et à la question 'Pourquoi?', j’ai répondu 'Pour me joindre à Da'ech'". Interrogatoires, endoctrinement et formation militaire suivront. "Ils vous apprennent comment haïr les gens", raconte l’ancien de Da'ech. Il quittera finalement l’organisation en septembre 2015.

A Raqqa, Abou Khaled fait partie de la cellule des ressources humaines du "Amn al-Dawla" (Sécurité de l'Etat) de Da'ech. Il est "espion et formateur", comme l’indique Weiss. Dans le second article, Abou Khaled précise l’importance des recrutements, jusqu’à 3.000 combattants étrangers chaque jour jusqu’en janvier 2015 et la chute de Kobane, avant que ce chiffre ne tombe à 50 ou 60. "C’est à partir de ce moment-là que Da'ech se lance dans la création de cellules dormantes à l’étranger et encourage ses sympathisants à commettre des attentats chez eux."

La cage

Fumer une cigarette ou mentir peut valoir à un habitant de Raqqa ou d’Al Bab (ville visitée par Weiss en 2012 et où Abou Khaled a servi pour Da'ech) "d’être enfermé pendant une à trois journées dans une cage placée sur une place publique", décrit le combattant syrien. Pour la punition, l’humiliation et l’exemple.

Le troisième article de Michaël Weiss sur les "ministères de la peur" raconte les brigades de la torture de Da'ech. Des camionnettes sillonnent les rues pour surveiller et appeler à la prière.

Les Syriens venant d’autres groupes armés pour rejoindre Da'ech sont envoyés en camps de rééducation d’abord. Les enseignants suivent des cours de rééducation.

Les salaires des membres de Da'ech sont payés en dollars. Logement et soins médicaux sont fournis. De l’autre côté, les commerces paient des impôts, l’eau et le ramassage des ordures. Une partie de l’argent de l'organisation vient du pétrole… dont Damas achète une partie importante.

Jusqu’à la mort

Abou Khaled détaille la chute de Kobane qui n’a pas été annoncée par les responsables de Da'ech à Raqqa, où règnent des combattants étrangers arrogants. "Des étrangers disent aux Syriens comment vivre, manger, travailler ou se coiffer", déclare Abou Khaled. L’homme qui se confesse au Daily beast explique comment Al Bab "est probablement la seule ville au monde sans barbier" et comment "l’EI recrute ouvertement dans le sud de la Turquie" et a procédé à des échanges d’otages turcs contre des combattants de Da'ech prisonniers de groupes combattants sous influence d’Ankara.

Pour fuir Al Bab, raconte Weiss dans son quatrième et dernier article, Abou Khaled se taille un peu la barbe et obtient des faux papiers par un ami. Il parviendra à gagner Alep contrôlée par des troupes rebelles opposées au régime de Damas et à Da'ech, et à faire venir sa femme et sa famille.

Mais Abou Khaled ne reste pas "les bras croisés". Il a créé sa propre milice formée de 80 hommes et financée par Ahrar al Sham à raison de 20 dollars par mois par combattant. Il affirme que l’une des brigades de Da'ech contre laquelle sa milice se bat à l’extérieur d’Alep est dirigée par un Libyen. L’autre par un Marocain.

Interrogé par Michael Weiss pour savoir pourquoi il reste en Syrie et s’il ne souhaite pas prendre du recul, se reposer après tout ce qu’il a vécu, Abou Khaled répond "Non, je n’ai pas peur de mourir".

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Jamal Amiar
Le 30 novembre 2015 à 10h07

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