Un lien est établi entre les attentats de Paris et celui de l'Atlas Asni à Marrakech en 1994
21 années séparent l’attentat commis à Marrakech en août 1994 et le carnage commis à la salle de spectacles du Bataclan à Paris il y a deux semaines.
L’un des kamikazes du Bataclan, Ismaël Omar Mostefaï, connaissait bien Abdelilah Ziyad, commanditaire de l’attentat de Marrakech.
L’attentat commis à Marrakech le 24 août 1994 avait fait deux morts, et l’attaque du Bataclan du 13 novembre dernier 89 morts.
Dans une enquête publiée ce 25 novembre par le quotidien parisien Libération, on apprend que le dirigeant du Mouvement de la jeunesse islamique marocaine (MJIM), Abdlilah Ziyad, entretenait des rapports étroits avec un groupe de 8 salafistes dont Mostefaï, l’un des 3 kamikazes du Bataclan.
Selon Libération et Médiapart, Mostefaï (29 ans) "figure parmi un petit groupe de 8 salafistes ramifiés autour de Abdelilah Ziyad, 57 ans (…)", dans la région de Chartres dans les années 2010. Ziyad y organisait prêches et entraînements commandos.
Dès 2009, Mostefaï est signalé par les services français pour radicalisation. En 2010, tous les membres de ce groupe sont fichés S après une nouvelle interpellation de Ziyad par la police. L’homme du MJIM est condamné à 8 ans de prison en 1997 à Paris pour avoir commandité l’attentat de Marrakech.
"Des lacunes criantes"
Selon Le Figaro, Ziyad est libéré "en 2001 et interdit de territoire pendant 10 ans". Mais il est resté en France sous une fausse identité.
Il est interpellé en 2010 à Paris et mis en examen pour "complicité et recel de vols avec arme en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste".
Il est de nouveau interpellé en 2012 à Marseille pour des liens qu’il aurait entretenus avec un des auteurs d’un attentat commis dans le quartier parisien de Port-Royal.
C’est à Chartres en avril 2014 que Mostefaï réapparait après avoir disparu des radars des services français en 2012-2013, indique Libération. Les services français mettent de nouveau Mostefaï et Ziyad sous surveillance jusqu’au début 2015.
La plupart de ces faits sont révélés dans l’enquête de Libération titrée "Comment les terroristes de Paris ont échappé aux services" et dans des extraits d’un article de Médiapart publié le 22 novembre.
Au début des années 1980, Ziyad avait été condamné à la perpétuité par contumace par la justice marocaine pour avoir tenté de convoyer des armes de l’Algérie vers le Maroc. Il parvint à s’enfuir vers la France d’où il est expulsé en 1984. Il s’est ensuite installé en Libye puis en Algérie.
Selon Médiapart, il a pu retourner en France en 1986 grâce à de nouveaux papiers algériens. C’est là qu’il obtient une carte de séjour et s’installe près de Chartres. Les années suivantes, il a dirigé une librairie dans le 18e arrondissement de Paris.
Pour les auteurs de l’enquête de Libération, "les trajectoires des jihadistes révèlent des lacunes criantes dans la surveillance des islamistes radicaux jugés dangereux".
Médiapart, de son côté, souligne que les services français "savaient dès 2009 qu'Ismaël Mostefaï, l’un des kamikazes du Bataclan, s’était radicalisé à Chartres, dans un groupe dirigé par un vétéran du djihad, cerveau d'un attentat au Maroc en 1994".
Ziyad vit aujourd’hui à Migennes dans la région d’Auxerre, pas loin de Chartres. Il dit avoir la maladie de Parkinson. Interrogé par Médiapart, il a condamné les attentats du 13 novembre à Paris.