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ECONOMIE

Le FMI fait un bilan de l'économie marocaine en 2012-2014

Selon le nouveau rapport de l’institution internationale sur l’évaluation des objectifs de la ligne de précaution et de facilité accordée au Maroc pour la période 2012-2014, le Royaume a respecté ses engagements mais il a failli sur certains points. 

Le FMI fait un bilan de l'économie marocaine en 2012-2014
K.T.
Le 7 août 2015 à 16h33 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

Le Fonds Monétaire International (FMI) est globalement satisfait du Maroc, même si ses experts y mettent un bémol.

En juin 2012, le FMI a accordé au Maroc une ligne de crédit appelée ligne de précaution, un financement que le Maroc pouvait utiliser (ou ne pas utiliser) pour couvrir ses besoins en cas de crise internationale ou de choc important. La ligne portait sur 6,2 milliards de dollars et pouvait être engagée sur deux ans. Au terme de cet engagement, le FMI a accordé au Maroc une nouvelle ligne de 5 milliards de dollars, sur deux ans. En juin 2015, il a dépêché au Royaume une équipe d’analystes pour faire le bilan est établir si les termes de l’accord signé avec le Maroc ont été respectés par ce dernier.

Vous l’avez compris, la ligne de crédit était assortie de quelques conditions, et pas des moindres. Une équipe du FMI a ainsi analysé les fondamentaux économiques du royaume et a remis son rapport, rendu public jeudi 6 août. Le rapport s’attarde sur cinq points essentiels :

>Les réformes

Le Maroc devait mener des réformes profondes pour élargir l’espace budgétaire. Le zoom du FMI est ainsi braqué sur la réforme de la compensation et la réduction progressive de la masse salariale des fonctionnaires de, l’Etat.

Selon l’équipe du FMI, le rythme des réformes a été «plus lent que prévu». Une lenteur attribuée au contexte sociopolitique régional, faisant ainsi allusion aux tensions sociales qui ont secoué les pays arabes, notamment dans le Maghreb, depuis 2011. Ce contexte, toujours selon l’institution financière, a réduit les marges de manœuvre du gouvernement qui aurait été enclin, en période de crise, à favoriser la stabilité politique au détriment de la stabilité des finances publiques.  

La partie marocaine reconnaît quelque retard dans la mise en œuvre des réformes, mais réfute la théorie de la tension sociale. Selon les réponses marocaines aux remarques des analystes du FMI, le gouvernement a mené des réformes courageuses alors que la crise sociale (en référence au printemps arabe), battait son plein dans la région, mettant ainsi en exergue la stabilité politique du royaume. Le retard est plutôt à imputer au temps pris pour la préparation du budget 2012, après la nomination du gouvernement Benkirane I. Ce retard a eu un impact sur les agrégats budgétaires et n’a pas permis de lancer, assez tôt, les réformes programmées.

De même, le gouvernement insiste que le respect des engagements pris par les gouvernements précédents pour honorer les promesses d’augmentation des salaires. Ces augmentations ont été décidées bien avant l’arrivée du gouvernement Benkirane et ce dernier se devait de les respecter. Cette contrainte n’a pas permis de niveler la masse salariale vers le bas, comme convenu lors de la signature de l’accord avec le FMI.

>La croissance économique

Les analystes du FMI reconnaissent, par ailleurs, la stabilité de l’environnement macroéconomique globale. Mais ils soulignent que la croissance a été plus faible que le niveau projeté par l’accord donnant naissance à la ligne de précaution. Le rapport précise que l’inflation est restée inférieure à 2% dans la période 2012-2014, en partie grâce à la baisse des prix des produits alimentaires et à la stabilité du taux de change.

Stabilité, oui, mais dans un contexte où la croissance n’a pas été conforme aux prévisions de l’accord signé avec le FMI. Ainsi la croissance dans le secteur non agricole, qui a atteint 4,7% en 2012, n’a été que de 3% en 2013, bien en-dessous des 5 à 5,25% envisagés par l’accord. Aussi, la faiblesse de la croissance n’a-t-elle pas permis d’agir sur le taux de chômage.

Gouvernement et FMI sont sur la même ligne de raisonnement en soutenant que le ralentissement de la croissance est la résultante de l’essoufflement de la demande internationale. La croissance dans les pays partenaires n’a pas été assez soutenue pour dynamiser les échanges et faire tourner les machines au Maroc. 

>L’équilibre du compte courant 

Selon les termes du rapport du FMI, le déficit du compte courant a augmenté de manière significative. Le déficit du compte courant s’est établi à 9,5% du PIB en 2012, contre une projection de 7,4%.

Il s’est amélioré de façon constante en 2013-2014 mais pas suffisamment pour compenser le glissement de 2012. L'analyse du staff du FMI  suggère que cette contre performance est principalement attribuable aux chocs extérieurs. Il s’agit de la baisse des exportations des phosphates et des transferts (notamment des MRE), et, à un degré moindre, au recul des recettes du tourisme.

Les  importations de pétrole ont augmenté en valeur, suite à la hausse des prix du baril, un niveau qui n’a pas été compensé par le bon comportement de certaines filières à l’export.

>Les réserves en devises et endettement

Le Maroc s’est rattrapé dans le chapitre «avoirs extérieurs». Les réserves internationales brutes ont été reconstituées grâce, non pas aux recettes des exportations ou des transferts, mais au recours à l’endettement sur les marchés internationaux.

Si l'investissement étranger direct été largement conforme aux attentes, l’endettement extérieur a été plus fort que prévu. Le FMI en déduit que le ratio de la dette extérieure par rapport au PIB a évolué de 30,4% du PIB, dépassant les prévisions initiales d'environ 7 points de pourcentage du PIB.

En effet, le gouvernement s’est appuyé sur l’endettement extérieur pour améliorer ses réserves en devises, profitant des conditions de financement intéressantes. Les autorités ont fait appel au marché international pour lever 1,5 milliard de dollars en décembre 2012, 750 millions de dollars en mai 2013 et 1 milliard de dollars en juin 2014.

A cela s’ajoute la levée de fonds par OCP SA à hauteur de 1,8 milliard de dollars.

Conséquence de ce choix de financement: le Maroc n’a pas eu recours à la ligne de crédit du FMI. D’ailleurs, l’équipe des analystes a estimé que ce choix était judicieux, car, il a fait profiter le pays des conditions de financement assez compétitives sur le marché international.

>La politique monétaire

La Banque Centrale marocaine a fait son boulot. C’est ce qui ressort du rapport du FMI. L’équipe des analystes ont relevé que la politique monétaire, très attentive au niveau de l’inflation et aux taux de changes a permis de maintenir la stabilité du marché marocain.

La Banque Centrale a également su cadrer le secteur bancaire qui fait preuve de fiabilité. La situation capitalistique des institutions financières marocaines est conforme aux standards et la gestion du risque est assez rigoureuse.

>L’après 2014: plus de réformes

Bien avant ce rapport, le FMI a accordé au Maroc, à l’été 2014, une nouvelle ligne de crédit de précaution et de liquidité d’une valeur de 5 milliards de dollars.

C ’est un renouvellement de confiance de l’institution monétaire dans les fondamentaux du Royaume. Cela n’empêche que le gouvernement marocain doit s’inscrire dans la ligne des réformes souhaitées par le bailleur de fonds.

Les recommandations du rapport du FMI insistent sur l’augmentation des recettes fiscales et la réduction des charges de fonctionnement, surtout la masse salariale. Les réformes doivent aussi toucher de manière significative les dépenses de compensation en ciblant davantage les populations vulnérables. La gestion du budget est elle aussi dans le menu.

Le FMI insiste également sur la nécessité de respecter la loi organique des finances, un outil de gestion et de monitoring programmé lors du premier accord de crédit et qui a pris du retard. La partie marocaine s’engage, en réponse à la recommandation du FMI, à ce que la loi des Finances de 2016 soit élaborée et conduite en conformité avec sa loi organique.  

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K.T.
Le 7 août 2015 à 16h33

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