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Les céramistes font appel aux gendarmes de la concurrence

Les céramistes font face, de leur propre aveu, à un double problème de concurrence externe et interne. Des requêtes ont été déposées auprès du ministère du Commerce extérieur et du Conseil de la concurrence, pour demander la mise en place de mesures anti-dumping et des solutions aux distorsions de la concurrence.   

Les céramistes font appel aux gendarmes de la concurrence

Le 24 juin 2015 à 17h05

Modifié 24 juin 2015 à 17h05

Les céramistes font face, de leur propre aveu, à un double problème de concurrence externe et interne. Des requêtes ont été déposées auprès du ministère du Commerce extérieur et du Conseil de la concurrence, pour demander la mise en place de mesures anti-dumping et des solutions aux distorsions de la concurrence.   

Après les métallurgistes et l’industrie du contreplaqué, ce sont aujourd’hui les céramistes qui font appel aux autorités de régulation, pour demander des mesures anti-dumping. Ils  accusent à nouveau les producteurs d’Europe du Sud de faire entrer leurs produits à des prix défiant toute concurrence.

Aux abois, l’industrie doit également faire face à un cas de distorsion de concurrence sur son propre marché. Un céramiste dispose en effet d’un accès privilégié au gaz du Gharb, ce qui lui permet d’alléger considérablement ses coûts de production.

Ministres du commerce extérieur, de l’Énergie, des Finances, et Conseil de la concurrence ont été alertés. Pour l’instant, aucune mesure n’a été adoptée. Pourtant, chaque jour qui passe sans mesure se répercute en pertes considérables, accuse Mouhcine Lazrak, président de l’APIC et administrateur de Facemag. 

 

L’Espagne et l’Italie suspectées de dumping 

L’APIC a déposé une requête auprès du ministère du Commerce extérieur pour demander une enquête anti-dumping en provenance des pays d’Europe du Sud, en particulier l’Espagne. Les céramistes accusent les carreaux espagnols et dans une moindre mesure italiens d’afficher des prix déraisonnablement en-dessous du marché, lesquels n’ont cessé de baisser depuis 2011.

Le 11 juin, la requête leur a été retournée pour demande de compléments d’information. 

Aujourd’hui, le prix moyen des carreaux espagnols importés avoisine les 30 DH lem2, ce qui est inférieur au coût de production marocain. On soupçonne au sein de l’association, que les prix pratiqués par les céramistes sur leur marché émetteur sont supérieurs. Les prix moyens de la céramique marocaine tournent autour de 45 à 50 DH le m2

À la lecture des chiffres fournis par l’Office des changes, on observe effectivement une anomalie. Les importations de carreaux espagnols entre 2012 et 2014 ont augmenté de 40% en unités, mais de seulement  7% en poids, reflétant la détérioration de qualité des produits espagnols. Cela représente 4 millions de m2 supplémentaires importés, sur un total de 17 millions de m2 importés en 2014.  En valeur, ce surplus d’importation représente tout juste 80 millions de DH. Le prix du m2 est donc de 20 dirhams sur ces unités supplémentaires.  «À ce prix là, on ne paye même pas les charges de l’énergie», accuse M. Lazrak. 

 

Une industrie qui peine à se maintenir à flot

Les producteurs de matériaux de construction espagnols ont péniblement vécu la crise immobilière qui a éclaté en 2008. En plus de voir leur marché s’effondrer, les acteurs espagnols ont perdu leurs clients traditionnels: les USA, l’Europe et l’Arabie Saoudite.

Les industriels américains et saoudiens ont perçu l’opportunité de produire directement sur leur marché et de profiter ainsi d’une énergie moins coûteuse, car l’industrie est extrêmement énergivore. Avec l’accord de libre-échange, le Maroc est devenu le marché naturel pour les carreaux venus d’Europe. 

Pour une industrie déjà fragilisée, cet afflux de produits étrangers pourrait être le coup de grâce. Trois sociétés de céramique -sur les 9 céramistes nationaux- ont déjà dû fermer chacune une unité de production.

C’est le cas d’Arco Cerame, Ghoghiz Cerame et Facemag. Ces fermetures représentent une baisse de production de 10 millions de m2 par an, soit un manque à gagner de 500 millions de DH. Il faut également compter la liquidation judiciaire de la société Union Cerame au mois de février.

Les industriels marocains se montrent impuissants à faire face aux importations à très bas prix, malgré leur mise à niveau technologique opérée en 2011. Il semble que les promoteurs immobiliers ne jouent pas le jeu de la promotion des produits marocains, se tournant vers les matériaux étrangers. 

Ce n’est pas la première fois que le secteur appelle à une régulation des importations. En 2008, elle bénéficiait d’une clause de sauvegarde, appliquée à l’importation de carreaux de céramique émaillée. 

Distorsion de la concurrence et accès exclusif au gaz naturel

Les acteurs se mobilisent également sur le front national et dénoncent une situation de distorsion de concurrence sur le marché local.

Depuis 2012, un céramiste basé à Kénitra bénéficie de prix énergétiques préférentiels. Super Cérame, du groupe Ynna Holding, a en effet accès au gaz naturel du Gharb, vendu par la société Circle Oil et l’ONHYM, à un prix que ses concurrents croient super concurrentiel.

Dans une interview accordée en février au magazine Entreprendre, le ministre de l’Énergie, le Dr Amara, mentionnait pour le gaz du Gharb, «des niveaux de coût deux fois inférieurs, suscitant la jalousie des autres entrepreneurs». Deux fois inférieurs au prix du fuel, l’énergie la moins chère, à 2.800 DH la tonne en 2012, le gaz naturel du Gharb vendu à une poignée d’industriels serait donc de 5 à 6 fois moins cher que le gaz propane. Alors que l’énergie représente 40% des charges des céramistes, ces différences de prix créent de fortes disparités de marge entre les acteurs. 

Une lettre envoyée le 3 février par un collectif d’industriels producteurs de carreaux céramiques et de sanitaires a alerté les différents ministères et le Conseil de la concurrence sur cette distorsion manifeste de la concurrence.

Le Conseil de la concurrence a lancé son enquête mais, ses membres n’étant toujours pas nommés, il ne peut pour le moment pas statuer. Le secrétaire général du ministère de l’Énergie a reçu le collectif le 16 avril. Les requérants ont le sentiment d’avoir été écoutés, mais la réunion n’a abouti à aucune décision ou solution. Le président de l’APIC accuse la lenteur des institutions, incompatible avec l’urgence de la situation.

«Chaque jour sans mesure représente une perte immense pour nous». Il faut aussi dire que le dossier ne disposait pas d’un grand soutien de l’ancien président de l’APIC jusqu’en mai, Fouad Benzakour, également DG de Supercerame. 

Favoritisme ou maladresse?

Le nouveau président de l’APIC ne veut pas croire à un quelconque favoritisme dont pourrait bénéficier le concurrent sur le gaz naturel. Pour celui-ci, les autorités régulant les ressources naturelles ont agi avec légèreté, voire maladresse, en intervenant sur le marché énergétique et en introduisant des distorsions de prix. Il faut tout de même mentionner que l’accès au gaz naturel n’a été soumis à aucun appel à manifestations d’intérêt, a souligné le président.

En tout état de cause, le contrat négocié avec certains acteurs industriels ne se justifie en aucun point, ni par la situation géographique, ni par les exigences de rentabilité de Circle Oil. Un fabricant de sanitaires basé à Kénitra ne bénéficie pas du gaz naturel au même titre que le céramiste.

Sur le plan de la rentabilité, on imagine mal comment cet exploitant amortit son investissement de 100M$, alors que le prix négocié par l’ONHYM est 5 fois en-dessous du prix du marché. Le secteur a évalué à 150 M de dirhams l’économie d’énergie réalisée par le concurrent, avec cet accès privilégié au gaz. 

«La situation demande une réaction assez rapide de la part des autorités publiques. Sinon, c’est comme si l’État pesait d’un côté de la balance et cela n’est pas acceptable», conclut M. Lazrak. Le collectif en appelle à un traitement égal de tous les acteurs, sans formuler de solutions toutes faites à ses problèmes.

 

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