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Reportage. Baisser du rideau sur Bouya Omar

De grandes tentes accueillant les occupants de Bouya Omar et leurs proches, une trentaine d'ambulances garées à l'extérieur, un important déploiement de gendarmes et de membres des forces auxiliaires et, naturellement, des médecins, des infirmiers partout.

Reportage. Baisser du rideau sur Bouya Omar
Reda Zaireg
Le 17 juin 2015 à 14h41 | Modifié 11 avril 2021 à 1h03

Pour l'opération Karama, lancée lundi 15 juin par le ministre de la Santé, le village de Bouya Omar a pris des airs de campement militaire. 

"Mais réglez vite mon cas. Moi aussi je fais partie des détenus!" s'empourpre un homme, voix juvénile mais visage prématurément vieilli. "Rejoignez votre place monsieur, votre tour va bientôt arriver", lui répond une infirmière. Faible protestation du patient, qui ressasse "mais, moi aussi je fais partie des détenus". 

Des détenus. Ainsi le ministre de la santé Houssein El Ouardi a décrit les locataires de Bouya Omar. Et la formule semble avoir non seulement rencontré du succès auprès de l'opinion publique, mais aussi auprès des concernés.

"Il s'agit effectivement de détenus, vu les conditions inhumaines dans lesquels ils ont été gardés par les tortionnaires de Bouya Omar", renchérit Hicham El Oudghiri, délégué du ministère de la Santé à la province de Kelaat Sraghna.

"Un grand nombre d'entre eux souffrait de maladies et d'infections dues aux mauvais traitements qui leur ont été infligés. Ils sont soignés ici avant d'être transportés aux hôpitaux psychiatriques qui les accueilleront", explique-t-il.

Reportage. Baisser du rideau sur Bouya Omar

Les soins médicaux offerts aux ex-occupants de Bouya Omar ne sont qu'un maillon dans une un circuit bien rodé.

Premièrement, un dossier comportant les noms, les prénoms et les lieux de résidence des patients est établi, et leurs familles contactées. Puis des soins hygiéniques leur sont prodigués: une douche ainsi que des coiffeurs sont mis à la disposition des patients, qui se voient offrir un survêtement, des sandales et une couverture chacun.

Viennent ensuite les soins généralistes: les médecins dépêchés leur prodiguent les soins nécessaires et prescrivent les médicaments. Après cette étape, les patients sont redirigés vers des psychiatres, qui établissent un diagnostic et leur prescrivent, eux aussi, des médicaments. Enfin, les dossiers des patients sont scannés et conservés, et une ambulance appelée pour les transporter, ainsi que leurs proches, à l'hôpital psychiatrique qui les accueillera, généralement l'hôpital le plus proche de leur lieu de résidence. Pendant tout le processus, chaque patient est accompagné par une infirmière.

Reportage. Baisser du rideau sur Bouya Omar

Un circuit dont le bon fonctionnement nécessite non seulement d'importantes ressources humaines (7 psychiatres et 60 à 70 infirmiers sont présents chaque jour), mais aussi médicamenteuses: deux arsenaux de médicaments sont stockés dans le centre d'accueil des patients.

"Le premier est pour les soins généralistes, le second pour les soins psychiatriques. Ce dernier comporte des médicaments de dernière génération", nous explique Hicham El Oudghiri, qui précise que pendant les premières 24 heures de l'opération, quelques 374 dossiers ont été traités.

Reportage. Baisser du rideau sur Bouya Omar

A Bouya Omar aussi, on compatit avec les 'détenus'.

Une cinquantaine de mètres plus loin, le mausolée de Bouya Omar accueille toujours des visiteurs. Un vieil homme se présente à nous comme étant l'un des chorfas qui s'occupent du lieu. Surprise: il se dit "ravi de voir l'opération Karama débuter. Ces pauvres gens étaient traités comme des bêtes dans les maisons avoisinantes: enchainés, battus et affamés.

Mais il est triste de constater que le nom du mausolée a été associé à ces pratiques, alors qu'elles avaient lieu dans les maisons avoisinantes", et de s'emporter contre "ces monstres qui faisaient de la souffrance humaine leur gagne-pain. Lorsqu'ils ont su que Bouya Omar, c'était fini, certains d'entre eux ont essayé de transporter les malades mentaux dont ils avaient la charge à El Attaouia (un village située à une dizaine de kilomètres de Bouya Omar NDLR), mais ils ont été arrêtés par les gendarmes". Selon lui, "il y en a qui se faisaient jusqu'à 50.000 DH par mois grâce à ce business. Il faut qu'ils soient déférés devant la justice, pour tout le mal qu'ils ont fait".

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Reda Zaireg
Le 17 juin 2015 à 14h41

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