L’ANIT sollicite l’Etat pour sauver l’investissement touristique
L’investissement touristique est en crise. Et il y a urgence à restructurer l’existant avant de se lancer dans de nouveaux projets.
C’est le constat dressé par des cabinets d’études et des banquiers invités par l’Association Nationale des Investisseurs Touristiques (ANIT) à un séminaire, organisé mardi 16 juin à Casablanca, sur les pistes de relance de l’investissement dans le tourisme.
Quelques chiffres. Les engagements bancaires au profit du tourisme ne représentent que 2,4% du crédit à l’économie. Pourtant, le secteur contribue à hauteur de 9% du PIB.
Sur les 18 milliards de DH de crédits alloués au secteur du tourisme, 40% ont connu des retards de remboursement ou des difficultés. Les créances en souffrance représentent près de 21%.
Autre indicateur alarmant : les 3/4 des investisseurs sondés, détenant 70% de la capacité hôtelière, prévoient soit de se désengager, soit d’arrêter leur développement sur les 5 prochaines années.
C’est dire que la situation est critique dans un contexte marqué par des attentes énormes: achèvement des stations du Plan Azur, lancement des stations de la Vision 2020… les besoins en investissement sont donc conséquents, mais la machine n’est pas aussi huilée qu’on le souhaite ou qu’on le prétend.
Cela est d’autant plus problématique pour le développement des plans stratégiques du gouvernement que les banques placent le tourisme dans la case des secteurs qui représentent le plus de risques.
Les expériences vécues de 2006 à 2010 ont été traumatisantes pour les bailleurs de fonds. «Nous avons attribué des crédits et pris des positions en equity sur la base de business plans trop optimistes et des indicateurs de rentabilité irréalistes », martèlent banquiers et institutionnels.
«Plus jamais cela», c’est le mot d’ordre chez les financiers. Cet état d’esprit contraste avec la promesse du Groupement Professionnel des Banques du Maroc (GPBM) de mobiliser 24 milliards de DH pour les besoins d’investissement touristique. «Il suffit d’analyser les projets reçus par les banques sur les 5 dernières années pour comprendre que le problème est dans les projets eux-mêmes, pas dans le financement», explique Nabil Kadiri, directeur du financement de projet, BFI Groupe chez Attijariwafabank.
Selon ce dirigeant bancaire, les projets bancables présentant un risque raisonnable ne sont pas légion dans le secteur. Une conviction fortement ancrée chez les banquiers de la place qui préfèrent, dans leur majorité, que le débat se focalise sur la restructuration plutôt que sur le financement tout court.
En effet, Younes Benboujida, DGA pôle banque de financement chez Société Générale, est plus tranchant: «les banques sont plutôt dans une optique de restructuration que de développement». Et à ce titre, il serait opportun, selon lui, de revoir le système incitatif pour inclure cette donne.
En clair, les banquiers aimeraient que l’Etat fasse un geste en défiscalisant l’abandon d’actif toxique. Dans certains cas, la banque peut décider d’abandonner une affaire au lieu de la trainer sans issue. Si elle décide de passer à l’acte, le risque de subir un redressement fiscal n’est pas exclu.
La solution: l’engagement de l’Etat
Contrairement au discours officiel, la crise du secteur du tourisme est réelle. La panne de l’investissement en est la preuve, une preuve parmi d’autres certes, mais elle demeure la plus déterminante. Et l’intervention de l’Etat est «la seule voie de sortie».
En effet, la quasi-majorité des solutions présentées par les cabinets d’études mandatés par l’ANIT, renvoient, d’une manière ou d’une autre, à l’engagement de l’Etat. A commencer par les mesures visant à redonner confiance aux investisseurs.
Un investisseur, comme l’a si bien souligné Imane Kabbaj, DGA de CBRE Maroc, cherche des opportunités dans des destinations matures ou qui présentent un potentiel quasi certain. Le taux d’occupation des hôtels demeure l’un des indicateurs qui reflète cette maturité ou ce potentiel.
L’idéal est d’arriver à des taux d’occupation de 65 à 70%. Comment? En mettant le paquet sur la promotion. Et qui dit promotion renvoie sans aucun doute au bras de fer historique entre opérateurs et Etat sur la définition du budget de promotion, la gestion des campagnes publicitaires, les organes de pilotage….
L’autre solution préconisée par Dounia Tâarji, du cabinet Malya Conseil, vise aussi l’engagement de l’Etat. En partant d’un benchmark international, le cabinet d’études recommande deux mesures essentielles :
- un financement public, jumelé, quand c’est possible, à des financements multinationaux.
- Une loi cadre précisant les conditions, les lieux et la nature de l’investissement.
Le financement public peut prendre la forme d’une banque dédiée, à l’image de ce que faisait le CIH (Crédit Immobilier et Hôtelier) à l’époque où il finançait le développement touristique. Il peut aussi prendre la forme d’un fonds géré par un organisme indépendant et dont la finalité serait soit de développer de nouveaux projets, soit de reprendre les projets en difficulté pour les redresser.
La loi cadre, elle, devrait être une charte qui précise les conditions de l’investissement. Les exemples cités par Dounia Taarji démontrent que dans certains pays, la loi va jusqu’à préciser les régions et le produit objet de l’investissement. Une façon de dire que l’investisseur ne doit pas avoir cette liberté de choisir des concepts dans des endroits qu’il est difficile de rentabiliser.
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