Abdellatif Jouahri s’inquiète de la stagnation du crédit à l’équipement
Bank-Al-Maghrib présentait, mardi 16 juin, son analyse trimestrielle de la situation économique et financière marocaine.
Le gouverneur de la Banque centrale a souligné mardi la mauvaise performance de l’évolution du crédit bancaire au cours du 2e trimestre 2015, contrairement à ce qui était attendu par le Conseil de BAM.
«Nous avions envisagé une reprise à 3 ou 3,5% [du rythme de progression annuel du crédit bancaire au 2e trimestre]» a précisé M. Jouahri. Les données du mois d’avril 2015 font ressortir une décélération du rythme de progression annuel du crédit bancaire à 2,5%, après 3,8% en moyenne durant le 1er semestre 2015.
Crédits à l’équipement et facilités de trésorerie ne décollent pas
Cette décélération concerne l’ensemble des catégories de crédit, à l’exception des prêts à la consommation, en glissement annuel de 11,5% au 2e trimestre, contre 10,9% au trimestre précédent.
Le ralentissement est le plus significatif pour les facilités de trésorerie - revenant de 2,8% à une croissance nulle ce trimestre - et le crédit à l’équipement, qui passe de 4,7% au 1er trimestre à 1,9% au second.
Les crédits immobiliers ont également légèrement ralenti, s’établissant à 2,9% après 3,2%, recouvrant la baisse accentuée des prêts promoteurs. Les créances en souffrance sont également en recul à 15,5%, mais leur ratio par rapport au crédit bancaire a légèrement augmenté, à 7,2%.
La transmission monétaire est pourtant à l’oeuvre
L’enquête trimestrielle révèle que les conditions d’octroi du crédit bancaire se sont pourtant assouplies dans leur ensemble, aussi bien pour les ménages que pour les entreprises. Le taux débiteur global a marqué une baisse de 22 points de base, à 5,81% au 2e trimestre, signal d’une transmission différée de la politique monétaire au secteur bancaire.
Le Conseil de la Banque avait en effet décidé d’abaisser le taux directeur à deux reprises, en septembre et décembre 2014.
Les taux appliqués aux facilités de trésorerie et aux prêts à l’équipement ont diminué de 31 points de base chacun, entre le 1er et 2e trimestre. Ceux appliqués aux prêts immobiliers ont baissé de 7 points de base, à 5,98%. Seuls les crédits à la consommation ont vu leur taux progresser au second trimestre de 10 points de base, à 7,27%, reflétant «un risque plus marqué que sur les autres catégories de prêts», a commenté le gouverneur de BAM.
La transmission du monétaire au bancaire «commence à porter ses fruits», s’est félicité le banquier central. «Le relais se fait au niveau des banques, mais pas au niveau des entreprises», a-t-il tempéré. Pour ce dernier, la demande de crédit ne s’exprime toujours pas au niveau des entreprises.
Les crédits alloués aux sociétés non financières sont d’ailleurs en contraction de 0,3%, après une hausse de 2,2% au 1er trimestre. «Les opérateurs privés n’ont pas de demande pour le crédit et préfèrent placer leur argent», analyse M. Jouahri. Ainsi en témoignent les dépôts à vue des entreprises non financières privées, qui ont augmenté de 7%, contre une diminution de 1% au trimestre précédent. Quant à la progression des dépôts à terme, elle s’est accélérée, passant de 7,9% à 22,9%, entre les 1er et 2e trimestres.
Concentration du crédit et fragilisation des TPME
La Banque centrale a fait valoir ses outils de promotion du crédit entreprise, à travers notamment le fonds de soutien financier pour les TPME.
Ce dispositif, mis en place par BAM, le Groupement professionnel des banques du Maroc et la Caisse centrale de garantie, vise les entreprises en difficulté financière ou en restructuration. 700 millions de dirhams ont été débloqués pour ce fonds de soutien, mais on ne sait pas combien d’entreprises ont pu aujourd’hui en bénéficier.
Le banquier central a également exprimé son inquiétude quant au risque de concentration du crédit au Maroc. Il a affirmé que la question de l’encadrement des risques des gros clients était à l’ordre du jour au sein du conseil de la BAM. Cette concentration du crédit concerne notamment le crédit inter-entreprises, qui se manifeste par l’allongement des délais de paiement, qui mettent en difficulté des entreprises au demeurant viables.
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