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ECONOMIE

Vincent Castel (BAD): “La stratégie sectorielle du Maroc fait preuve d’une grande clarté”

La BAD est devenue un partenaire fidèle et privilégié du Maroc pour la mise en place des stratégies de développement sectoriel et d’infrastructures. C’est la première destination des prêts et des dons de la banque.

Vincent Castel (BAD): “La stratégie sectorielle du Maroc fait preuve d’une grande clarté”
Ariane Salem
Le 1 juin 2015 à 13h45 | Modifié 1 juin 2015 à 13h45

Vincent Castel (BAD): « La stratégie sectorielle du Maroc fait preuve d’une grande clarté »

La BAD est devenue un partenaire fidèle et privilégié du Maroc pour la mise en place des stratégies de développement sectoriel et d’infrastructures. C’est la première destination des prêts et des dons de la banque.

 

Vincent Castel, économiste pays en chef à la Banque africaine de développement (BAD) livre son éclairage sur les réformes de développement entreprises au Maroc.

Avec 2,49 MM€ (25 MMDH) investis au Maroc, le royaume est la première destination des prêts et dons de la BAD. Ces dernières années, la BAD a accompagné le Royaume dans ses grands projets structurants, en premier lieu sa stratégie de mix énergétique, s’asseyant à la table des bailleurs de fonds du plan Noor.

En plus d’un accompagnement financier, la banque de développement livre son expertise sur les politiques de croissance adoptées au Maroc. En collaboration avec la Primature, la banque panafricaine a livré son diagnostic sur les obstacles qui pénalisent la croissance marocaine dans un rapport publié en février. Nous avons voulu revenir sur les enseignements de ce rapport et les confronter aux nouvelles stratégies industrielles, agricoles et éducatives mises en place ces dernières années. Vincent Castel, économiste pays à la BAD, donne son éclairage.

 

Médias 24 : Le rapport "Diagnostic de croissance du Maroc" est le fruit d'une enquête de long cours portant de 1960 à 2012. Il met en exergue le fait que la croissance marocaine repose sur des facteurs de production à faible rendement, et sur une demande intérieure artificiellement entretenue par des crédits subventionnés. L'industrialisation insuffisante limite les opportunités de remontée de filières et les possibilités de repousser les frontières technologiques. Or, la nouvelle orientation des politiques économiques vers les secteurs industriels (énergie, automobile, textile, agro-alimentaire) permet-elle de répondre à ces contraintes identifiées? Les grands projets d'infrastructure, et notamment énergétique, peuvent-ils permettre de repousser les frontières technologiques, en abaissant les coûts de production?

Vincent Castel :Il faut bien faire la différence entre deux problématiques interdépendantes. Il y a tout d’abord la question des stratégies de développement sectoriel et de plus la mise en place d’un environnement des affaires permettant de créer les conditions adéquates pour que le secteur privé s’épanouisse.

Pour ce qui est des stratégies de développement sectoriel, le Maroc fait preuve d’une grande clarté, ce qui permet de donner des orientations claires aux investisseurs et par là même, de les rassurer. La nouvelle stratégie industrielle ou le plan Maroc vert sont des très bons exemples dans ce sens.

De l’autre côté, les grands projets d’infrastructure permettent d’améliorer le climat des affaires en mettant à la disposition du privé les intrants (eau, électricité) ou les moyens de transport dont il a besoin.

Mais ce n’est pas que ça. Lorsque ces projets sont bien pensés, il ont d’autres effets d’entraînement sur l’économie par l’innovation qu’ils amènent dans le pays et par l’effet de la commande publique qui peut renforcer les entreprises, l’entreprenariat et la création d’emplois. Les projets, par exemple d’énergie solaire comme Noor que nous avons appuyé, sont de bons exemples dans ce sens.

Cependant l’amélioration du climat des affaires ne repose pas uniquement sur l’amélioration de l’infrastructure, mais aussi et surtout sur un certain nombre d’autre facteurs tels que l’accès aux financements, la main d’œuvre, la fiscalité, le système juridique, entres autres. La coordination entre l’ensemble des acteurs doit être optimale pour que les grands projets d’infrastructure, par exemple, soutiennent pleinement les stratégies sectorielles.

Le rapport souligne également l'insuffisance de l'investissement privé. Le secteur privé ne joue pas suffisamment son rôle d’entraînement de l’économie par accumulation de capital technologique. 45% de la formation brute de capital provient du secteur public. Existe-t-il un effet d'éviction de l'investissement privé par la prépondérance du public? Comment renforcer le tissu industriel marocain, et accorder une place aux entreprises de taille moyenne, porteuses d'innovation?

On est ici au cœur de la problématique du Diagnostic de croissance. Ce que l’on a pu noter c’est que le secteur privé au Maroc avait du mal à se transformer. Ce que l’on entend par là, c’est que les toutes petites entreprises – les start-ups - ont du mal à devenir des PME (la probabilité n’est de que de 0,5% à 5 ans), et que les PME ont du mal à devenir des grandes entreprises.

Ce que l’on a pu aussi noter, c’est que l’investissement est très élevé au Maroc mais que son impact sur la croissance et la création d’emploi reste en deçà de ce qui pourrait être attendu. Le diagnostic montre qu’il y a ici deux principales contraintes qui affectent ce dynamisme : l’éducation et les risques microéconomiques. Au niveau des risques microéconomiques ce sont principalement les questions liés au foncier, à la fiscalité, à l’application des décisions de justice qui posent problème. Mais néanmoins, le rapport note les efforts de réformes très importants réalisés par le Royaume.

Le Diagnostic de croissance soulève la question de la faiblesse du capital humain, laquelle constitue un frein à l'investissement privé. Les entreprises estiment que le manque de main d'oeuvre qualifiée constitue un obstacle majeur au développement de leurs activités. Comment expliquer alors le fort taux de chômage qui sévit au sein des populations diplômées? Y a-t-il une inadéquation des formations ou un manque de coordination sur le marché du travail? La faiblesse des rendements de l'éducation n'est-elle pas due au fait que la décision d'employer repose sur des facteurs autres que celui de la formation? Les fortes inégalités d'accès à l'éducation ne pénalisent-elles pas la formation de capital humain?

Cela semble évidemment paradoxal et c’est le grand défi du Maroc. On est face à un double problème.

D’un côté le capital humain s’améliore progressivement au cours du temps suite aux efforts de réformes mais il pêche encore parfois d’un point de vue qualitatif. De fait, le secteur privé a du mal à  recruter les nouveaux entrants et le secteur privé ne valorisant pas nécessairement les compétences produites, il n’est pas forcément prêt à payer pour celles-ci (d’où le faible rendement de l’éducation). Le fait que le secteur privé n’arrive pas à trouver certaines compétences amènent à ce que les grandes entreprises favorisent la formation en interne, et que l’on assiste à un développement plus fort du secteur des services.

De l’autre côté, le secteur privé ne s’est en parallèle pas suffisamment transformé en allant vers des chaînes de valeur plus longues et à plus forte valeur ajoutée (ce qui nous ramène à la précédente question) et ce manque de transformation fait qu’il est plus en demande d’une main d’œuvre peu qualifiée ou alors très qualifiée et dans des secteurs très spécifiques. Ceci se traduit paradoxalement par un chômage plus faible chez les personnes ayant un niveau d’éducation en deçà du secondaire alors que les autres rencontrent des difficultés à trouver du travail. Nous assistons alors à un taux d’émigration des diplômés du supérieur plus élevés.

Il faut donc résoudre ces deux problèmes de front :

-accompagner la transformation du secteur privé pour qu’il crée plus et de meilleurs emplois,

-assurer le développement du capital humain pour que les jeunes Marocains reçoivent une éducation et une formation plus longue et de meilleure qualité.

Par ailleurs, les inégalités d'accès à l'éducation doivent être bien entendu résolues. C’est le principe même de la croissance inclusive appuyée par la BAD. Il faut que toute personne sur le continent ait accès, quel que soit son lieu de naissance, à une éducation de qualité, pour qu’il ait dans sa vie d’adulte les mêmes opportunités de s’inscrire dans la dynamique économique et sociale de son pays et du continent.

Le rapport de la BAD intitulé L'IDE améliore-t-il le bien-être des populations dans les pays d'Afrique du Nord? souligne l'effet positif des IDE dans les secteurs primaires non extractifs et manufacturiers - a fortiori lorsqu'ils ciblent une diversité de secteurs - sur le développement et le bien-être. Quelles sont les politiques publiques à concevoir au Maroc pour attirer des IDE et les orienter vers ces secteurs porteurs?

Je pense que la politique actuelle dans ce sens est exemplaire. Il faut afficher une stratégie claire, ce qui a été fait avec l’annonce de la nouvelle politique industrielle l’année dernière et mettre en place les conditions pour attirer les IDE. Les grands chantiers de réformes et les investissements dans les infrastructures portent leurs fruits et vont continuer de les porter.

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Ariane Salem
Le 1 juin 2015 à 13h45

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