Avortement : des militants pointent une libéralisation en deçà de leurs espérances
Au terme d'un vif débat sur le fléau des avortements clandestins, le Maroc va donc autoriser l’avortement dans les cas de viol, d’inceste et de graves malformations du fœtus. Si une partie de la société civile salue cette décriminalisation partielle, nombre de militants associatifs pointent du doigt une libéralisation a minima.
L’annonce a été faite vendredi par le cabinet royal, au terme d'une audience royale lors de laquelle les ministres de la Justice et des Affaires islamiques ainsi que le président du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) ont remis leurs avis.
Désormais, l’avortement sera autorisé dans « quelques cas de force majeure » : lorsque la grossesse constitue un danger pour la vie et la santé de la mère, dans les cas où la grossesse résulte d'un viol ou de l'inceste, dans les cas de graves malformations et de maladies incurables que le fœtus pourrait contracter.
Pour le docteur Chafik Chraïbi, président de l'Association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin (Amlac), il s’agit d’une avancée, même si des cas ont été oubliés.
« Je préfère réagir plutôt positivement que négativement, car nous sommes partis de zéro pour arriver à une légalisation partielle. Cela va régler un certain nombre de problèmes. Mais nous aurions voulu que l’on puisse élargir cette légalisation à d’autres situations que la société vit au quotidien, notamment les cas des mineurs et des retardés mentaux qui sont des proies faciles », confie à Médias 24 celui qui a remit sur le devant de la scène le problème de l'avortement clandestin.
Et d’ajouter : « les cas de viol, d’inceste et de graves malformations du fœtus ne représentent que 10% des cas d’avortement. Cela ouvrira toujours la porte à la clandestinité».
Pour Najwa Koukous de l'association féminine Bayt Al Hikma, « la femme doit disposer de son corps. C’est la femme qui en souffre. Si la femme ne veut pas de cet enfant, imaginez comment cet enfant va être élevé. Il faut reconnaître qu’il existe des relations en dehors du mariage et qu’il peut y avoir des grossesses non désirées. Il ne faut plus rester hypocrites», estime cette figure de la société civile dans une déclaration à RFI.
Mais, lueur d’espoir, le débat sur l’avortement n’est pas clos et il est toujours possible d’élargir la légalisation à d’autres cas. Le Roi Mohammed VI a donné ses instructions pour « traduire les conclusions de ces consultations en un projet de dispositions juridiques, dans le but de les inclure dans le code pénal ».
En d’autres termes, les commissions en charge du dossier vont mettre en application ces conclusions. Et ont la possibilité d’élargir le champ d’application de l’avortement autorisé, s’ils prennent compte de la santé physique et psychique de la mère, voire de sa situation sociale.
En effet, étant donné que la loi autorise l’avortement dans les cas où la santé de la femme est en danger, « le ministère de la Santé a encore la possibilité de faire des manœuvres pour que la santé de la mère soit prise en compte pour ces trois volets », souligne le professeur Chraïbi, qui insiste par ailleurs sur l’importance de « la prévention à travers l’éducation sexuelle, pour diminuer les grossesses non désirées ».
Un avis que partage le mouvement Damir, qui recommande d’inclure des cours d’éducation sexuelle dans les cursus scolaires et de multiplier les campagnes d’information et de sensibilisation pour pousser les victimes potentielles à se protéger contre toute grossesse non-désirée.
En attendant, bien qu'aucun chiffre officiel n'existe, des associations estiment qu'entre 600 et 800 avortements clandestins sont pratiqués chaque jour dans le royaume. La plupart se déroulent dans des circonstances sanitaires déplorables, aux conséquences parfois tragiques : on estime à 13% les décès maternels provoqués par les suites des avortements.
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