Les délais de paiement analysés par la Coface
Les retards de paiement sont un véritable sport national et ont tendance à affecter la santé des entreprises. Telles sont les conclusions d’une étude menée par la Coface présentée lundi à Casablanca.
Réalisée auprès d’un échantillon de 307 entreprises marocaines entre le 17 mars et le 8 avril 2015, cette étude inédite nous apprend que la durée moyenne des retards de paiement est de 30 jours après la date d'échéance de la facture et peut aller jusqu'à 210 jours dans 7% des cas. Dans 17% des cas, les retards sont compris entre 60 et 90 jours, entre 90 et 120 jours dans 13% des cas et entre 120 et 210 jours dans 12% des cas.
A titre comparatif, le nombre moyen de jours de retard est d’une douzaine de jours en Europe (6 jours en Allemagne, 14 jours en France).
Mauvaises santé financières et mauvais payeurs
Comment expliquer ces retards ? Selon l’étude, 56% des entreprises interrogées perçoivent un allongement de la durée de retard moyen de paiement, résultat des difficultés que traversent plusieurs entreprises (31%), des pratiques visiblement ancrées de non-respect des échéances (30%) et des problèmes de gestion (26%).
Seulement 3% des entreprises attribuent les retards de paiement à un désaccord commercial, 3% à des problèmes de transfert de fonds pour les entreprises à l’étranger.

L’étude ne dit pas le nombre d’entreprises qui ont mis la clé sous la porte en raison des retards de paiement. Mais ce nombre pourrait être substantiel, quand ont sait qu’en France par exemple où les retards sont pourtant moins importants (12 jours), une entreprise sur quatre a fait faillite en 2014 à cause des retards de paiement.
Un ratio d’impayés supérieur à 10% pou le BTP
Les ratios d'impayés semblent relativement importants puisque 28% des entreprises déclarent un ratio d'impayé supérieur à 10%.
Les entreprises qui souffrent le plus d’impayés sont celles du BTP, des nouvelles technologies et des services aux entreprises.
Les industries de transformation sont celles qui enregistrent la proportion d’impayés la plus faible, avec 37,9% des entreprises qui opèrent dans ce secteur d’activité, et affichent de ce fait un ratio d’impayés inférieur à 0,5%.

Impact sur la santé des entreprises et sur l’embauche
Pour Sofia Tozy, économiste chez Coface chargée de la région Mena « ces retards affectent la santé des entreprises (…) ils ont pour effet de réduire les liquidités, d’accroître le niveau des créances douteuses et dans une moindre mesure de freiner les projets d’investissement ».
Dans le détail, lorsqu’on analyse l’effet des ratios d’impayés sur la trésorerie des entreprises, il apparaît que plus les entreprises ont des ratios d’impayés élevés, plus elles perçoivent une diminution de leur trésorerie. Inversement, plus leur ratio d’impayés est faible, plus leur trésorerie augmente. Dans 80% des cas, les liquidités des entreprises sont les premières affectées par les retards de paiement.

Les retards de paiement ont aussi un impact direct sur la décision d'embaucher. « Plus les retards de paiement diminuent, plus les effectifs des entreprises auront tendance à se stabiliser, voire à augmenter », soulignent les auteurs de l’étude.

En résumé quand une entreprise ne règle pas ses factures à échéances, c’est l’ensemble de la chaine qui en pâtit.
Les entreprises imposent rarement des pénalités à leurs clients
Depuis 2011, une loi régissant les pratiques de paiement des entreprises a été introduite dans la réglementation marocaine. Elle prévoit en cas de non-accord entre les deux parties que le délai de paiement légal soit fixé à 60 jours suivant la date de réception des marchandises. Pour les entreprises qui ont convenu d’un délai, ce dernier ne peut excéder 90 jours à compter de la date de réception. Pour les entreprises lésées, la loi 31-10 (qui ne concerne au passage que le secteur privé) prévoit la possibilité d’imposer des pénalités à leurs clients en cas de retard.
Seul hic, cette pratique est loin d’être ancrée des les habitudes des entreprises marocaines puisque 80% d’entre elles n’imposent pas de pénalités de retard à leurs clients.
Pour tenter de remédier à cette situation, le patronat marocain s’active depuis plusieurs mois à diffuser une culture de paiement rapide dans le milieu des affaires, pour ainsi pousser les sociétés à être plus vertueuses dans leurs rapports clients-fournisseurs.
à lire aussi
Article : Bourse de Casablanca : le MASI recule de 0,29% le 23 juillet
La Bourse de Casablanca clôture la séance du 23 juillet 2026 en baisse. Le MASI cède 0,29% à 17.667,10 points, dans un volume de 174,12 MDH.
Article : De Tanger Med à Algésiras, au cœur du dispositif Marhaba 2026
Chaque été, des milliers de Marocains retrouvent le chemin du Royaume par les différents points d'entrée dans le cadre de l'opération Marhaba. Nous avons embarqué sur l'une de ces traversées pour suivre, des deux côtés du détroit, le parcours des Marocains résidant à l'étranger et découvrir les coulisses du dispositif.
Article : Habous-AIFI : un mémorandum pour renforcer la coopération et valoriser l'expérience religieuse du Maroc
Le ministère des Habous et des affaires islamiques et l'Académie internationale du Fiqh islamique (AIFI) ont conclu un mémorandum d'entente destiné à renforcer les échanges entre les oulémas et à promouvoir l'expérience marocaine en matière d'encadrement religieux, notamment à travers le plan "Tasdid Al-Tabligh".
Article : Cotées, mais rarement échangées : le grand écart de la Bourse de Casablanca
Certaines actions cotées à Casablanca ne s’échangent que très rarement. Pourtant, rester en Bourse conserve plusieurs avantages pour les entreprises, même lorsque leur titre manque de liquidité. Visibilité, crédibilité, accès au financement ou coût d’un éventuel retrait : voici pourquoi elles conservent leur place à la cote.
Article : Sous-marins : le géant TKMS confirme son intérêt pour le Maroc
Le constructeur allemand qualifie le Maroc de marché stratégique sans se prononcer sur d’éventuelles discussions avec Rabat. Il détaille toutefois à Médias24 les composantes d'une éventuelle offre de sous-marins. Décryptage.
Article : Le baril dépasse les 100 dollars, les marchés retiennent leur souffle
Deux jours après le message rassurant de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) sur la résilience des marchés pétroliers, le Brent a franchi la barre symbolique des 100 dollars pour la première fois depuis fin mai.