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A Tanger, c'est Matisse qu'on assassine

Une bâtisse plus que centenaire de la vieille ville de Tanger reproduite dans un tableau de Matisse en 1912 n’est plus. Un café surélevé la remplace. Au mépris de l’histoire de la ville et de son patrimoine.

A Tanger, c'est Matisse qu'on assassine
Jamal Amiar
Le 22 avril 2015 à 8h23 | Modifié 11 avril 2021 à 2h37

C’est comme une série noire. Après le scandale de la place Amrah au sujet duquel la commune a finalement  délivré un « ordre de suspension des arrêts », un site qui a inspiré Matisse pour un tableau vu par des dizaines de millions de personnes dans les plus grands musées du monde est tristement défiguré.

Peint en 1912 par Henri Matisse, « Vue sur la baie de Tanger » fait partie de la collection du musée français de Grenoble. Il a été exposé à Washington, New York, Saint-Pétersbourg, Moscou et des dizaines d’autres capitales et villes du monde.

Matisse aimait Tanger… l’inverse n’est pas vrai

Matisse a séjourné deux fois, pendant plusieurs mois, à Tanger dans les années 1910. Des circuits touristiques Matisse et Ibn Battouta  validés par les ministères du Tourisme et de la culture existent d’ailleurs pour valoriser ce patrimoine et ce capital auprès des visiteurs et des artistes.

Toutefois, le département du tourisme n’est pas partie prenante dans les dossiers qui affectent le patrimoine. Le ministère de la culture, à travers sa direction du patrimoine et des monuments historiques, est toujours sollicité pour un avis consultatif très rarement pris en compte lorsqu’il émet des réserves ou donne une appréciation négative pour les projets affectant le bâti historique.

Dans le cas présent, comme dans celui de la place Amrah, son avis a été ignoré par les membres de la commission qui « comptent » : la wilaya, la commune et l’Agence urbaine. 

Le bâtiment d’origine comportait un rez-de-chaussée et deux étages. Il abritait un café populaire nommé Dahlia, du nom des plantes qui ornaient son entrée et sa façade.

Désormais, le bâtiment comporte toujours deux étages mais… surélevés,  et une extension latérale. Il est situé dans le même périmètre que la construction incontrôlée de la place Amrah qui fait l’objet d’une polémique à Tanger depuis que Médias 24 a publié les informations sur la surélévation d’une construction sur le site.

Trop de négligences

S’agissant du bâtiment peint par Matisse qui se trouve à Bab al Assa qui donne sur la place de la casbah, un nombre de règles de droit et de bon sens semblent avoir été violées : la destruction d’un bâtiment et l’atteinte au patrimoine historique, les hauteurs du bâtiment et l’atteinte au patrimoine et capital culturel et immatériel de la ville et du pays.

Dans ce même périmètre se trouvent notamment la maison historique de l’artiste et antiquaire Alfredo de Velasco, la maison Dar Zéro et le riad Akaâboune.

Ce périmètre se trouve sur le territoire de l’arrondissement de Tanger-Madina que préside le conseiller RNI Younès Cherkaoui.

Une visite sur place permet de constater que la construction du bâtiment est très avancée. Des journaux s’étaient fait l’écho de cette destruction du patrimoine à l’automne dernier alors que le chantier était bien moins avancé.

La société civile monte au créneau

Au lendemain de la publication par Médias 24 des articles sur la médina de Tanger plus tôt ce mois-ci, l’écrivain et historien de la ville Rachid Taferssiti rappelait que « sauver le patrimoine tangérois nécessite une mobilisation réelle, effective et durable».

Mais aucune réaction des autorités de l’arrondissement, de la commune, de l’Agence urbaine ou du service du patrimoine et des monuments du ministère de la Culture n’avait été enregistrée.

En revanche, du côté des riverains et de l’association Al Boughaz, c’est la consternation. « C’est un bâtiment historique de plus affecté par le non respect des règles et de l’histoire du quartier » indique un dirigeant de l’association qui lutte depuis plus de 25 ans pour la sauvegarde du patrimoine. Nous avons contacté les autorités, la wilaya, mais rien n’a été fait ».

A ses membres, le président d’Al Boughaz Rachid Taferssiti a écrit de nouveau : « Je crois qu’il nous faut réagir au plus vite pour arrêter ce qui se passe ».

 

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Jamal Amiar
Le 22 avril 2015 à 8h23

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