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Derrière la polémique Chraibi-Louardi, le fléau des avortements clandestins

L’affaire Chraibi a fait remonter au devant de l’actualité un véritable fléau : l’avortement clandestin au Maroc. Le point sur la polémique et sur ce fléau.  

Derrière la polémique Chraibi-Louardi, le fléau des avortements clandestins
Samir El Ouardighi
Le 12 février 2015 à 17h31 | Modifié 12 février 2015 à 17h31

Le ministre de la santé Houcine Louardi persiste et signe en accusant Chafik Chraibi d’avoir bafoué les règles éthiques médicales. Au cours d’une confrontation organisée ce jeudi matin sur radio 2M, les deux protagonistes ont continué à se renvoyer la balle sur leur responsabilité dans la mise à l’écart du médecin.

Pour le ministre, la révocation du professeur est due à la décision souveraine de la commission scientifique qui est indépendante du ministère de la santé.

Joint par Médias 24, Louardi affirme que l’article 15 de la loi 01.00  instituant cette commission prévoit dans son alinéa 3 de nommer et de destituer les chefs de service médicaux.

«La décision de démettre Chraibi de ses fonctions s’explique par le fait qu’il a mal géré ses attributions professionnelles à l’occasion du tournage du reportage télévisé d Envoyé spécial».

Chafik Chraibi réfute cette version et explique sa révocation par une volonté politique du ministre consécutive à une «soi-disant mauvaise image du Maroc véhiculée par l’émission de France2».

Houcine Louardi poursuit que les griefs de la commission scientifique portent aussi sur le fait que le  professeur a été complice d’un tournage effectué sans autorisation préalable des autorités.

Pourtant dès la 1e minute du reportage, on entend la journaliste Annick Burel affirmer: «Il nous a fallu beaucoup de temps pour obtenir l’autorisation de tourner ». Une phrase qui remet en cause les déclarations ministérielles affirmant que le reportage avait été tourné de manière clandestine.

Interrogé mardi 11 février, le professeur Chraibi nous déclarait que la rédaction de France2 allait lui transmettre une copie de l’autorisation de tourner ainsi que les échanges de mails afférents.

Ne voulant pas nous s’en tenir à sa seule version, nous avons contacté l’équipe qui a soutenu la version de Chafik Chraibi sans pour autant commenter les faits sujets à polémique. La journaliste en question a confirmé qu’elle allait envoyer sous peu l’autorisation de tournage délivrée par le CCM.

En réalité, une autorisation du CCM ne vaut que pour tourner les extérieurs. Elle n’est pas opposable à un hôpital public. Une équipe de télévision ne peut pas se prévaloir d’une autorisation du CCM ou du ministère de la Communication pour faire irruption dans des lieux fermés tels qu’une clinique ou un hôpital.

L’autre reproche de Houcine Louardi portait sur un échange téléphonique entre le professeur Chraibi et une chef de service de néonatalogie à qui il demandait de l’aide pour un nourrisson en détresse.

Le ministre affirmait que cette dernière avait été enregistrée à son insu lors de sa conversation avec Chafik Chraibi. Il avance que la CS estime qu’il s’est rendu coupable de violation de communication privée et de rupture du secret professionnel.

Après visionnage (21’), l’accusation ne tient pas la route car le médecin «piégé» converse directement au téléphone avec la journaliste. Selon Chraibi, le ministre n’a pas apprécié le fait que sa collègue livre aux journalistes une version peu reluisante des infrastructures médicales marocaines

Au regard des déclarations lapidaires suivantes de la pédiatre, cette explication paraît crédible: «Nous n’avons pas les moyens de prendre en charge ce nouveau né (…) nous n’avons ni la place ni les moyens disponibles (…) cette réalité est quotidienne au Maroc, nous ne pouvons pas le sauver».

Le ministre de la santé s’est également insurgé contre la diffusion d’images choquantes qui contreviennent à la bienséance en parlant de «Marocaines à demi nues jetées en pâture aux téléspectateurs du monde entier».

Aucune image ne valide ses allégations car toutes les femmes filmées sont habillées correctement et leur visage est systématiquement flouté à l’écran.

Louardi cite le cas d’une femme mariée en plein travail d’accouchement dont «l’intimité a été violée par les caméras de l’équipe de tournage». Là encore à la 26e minutes, aucune trace de ces images à part celles où elle remercie son accoucheur et où les journalistes apparaissent en arrière-plan.

Revenant sur ses déclarations d’hier, Louardi annonce que le mari de la jeune femme a déposé mardi 11 février une plainte contre le ministère de la santé. Il n’accepte pas que le visage de sa femme ait été visionné par les téléspectateurs marocains et étrangers alors qu’elle était venue à l’hôpital pour accoucher.  Nou sn’avons pas pu vérifier cette information de source indépendante.

Toujours selon le ministre, lors de la réunion du service de la maternité, la majorité de l’équipe médicale du professeur Chraibi a émis des réserves sur le fait d’être filmé. Le décryptage de cette réunion (16’00) ne permet pas de savoir s’ils étaient d’accord ou pas mais rien ne laisse croire qu’ils étaient contraints et forcés de se prêter au tournage.

Bizarrement, le réquisitoire ministériel ne revient pas sur la reconnaissance télévisée du professeur Chraibi de pratiquer certains avortements en violant la loi actuelle qui ne souffre aucune exception.

Interrogé devant toute son équipe pour savoir s’il lui arrivait dans certains cas de transgresser la loi, le médecin n’a pris aucune précaution oratoire en répondant par l’affirmative (17’). Il a cité le cas d’une fillette violée qui menaçait de se suicider en cas de refus de mettre fin à sa grossesse forcée.

Il s’est cependant dédouané en affirmant que ce genre de décisions était collégial avec l’assentiment obligatoire de l’ensemble de son service.

La loi est pourtant très claire car elle ne permet la pratique de l’avortement médical que dans le cas où la vie de la mère serait en danger. Exit les cas de viol, d’inceste et de malformations prénatales.

Un débat relancé

La polémique entre le ministre et le professeur a le mérite de relancer le débat sur le fléau des avortements clandestins qui empoisonne quotidiennement la vie de centaines de jeunes filles.

D’après Chafik Chraibi, pas moins de 600 à 800 avortements clandestins sont pratiqués de manière anarchique chaque jour, qui débouchent souvent sur des drames médicaux voire des décès. Aucune étude sérieuse n’a été faite concernant ce fléau.

Houcine Louardi reconnaît volontiers que l’affaire Chraibi servira à hâter le dépôt d’un projet de loi pour instituer des avortements thérapeutiques sous certaines conditions (viol, inceste, malformations physiques et psychiatriques).

«A titre personnel, si je le pouvais, je déposerais ce projet au parlement dès la fin du week-end mais je ne suis pas seul à décider car il faut prendre en considération l’avis des oulémas et de la société».

Pour l’instant, l’avortement est puni car considéré comme un crime contre l’ordre des familles et la moralité publique mais à terme la loi doit évoluer car elle ne correspond pas aux réalités du Maroc.

 

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Samir El Ouardighi
Le 12 février 2015 à 17h31

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