La difficile lutte contre la corruption sur les routes
Les récentes vidéos de corruption de représentants de l’ordre lèvent le voile sur une pratique répandue au Maroc. Comment faire face au phénomène?
Après les vidéos récentes montrant des actes de corruption filmés par des citoyens, le ministère de l'Intérieur réagit, en reconnaissant indirectement le phénomène et en affirmant qu'il le combat. Auparavant, on était dans le déni et il est arrivé que des dénonciateurs (sniper de Targuist) soient harcelés par les flics.
Mais comment combattre ce fléau alors que des circuits se sont mis en place, des complicités, des partages et que la recette est budgétisée dans les salaires de ces fonctionnaires?
Tout indique que le ministère de l’Intérieur, directement visé (mais ce n’est pas le seul département concerné) par ces accusations, sera à l’avenir plus ferme à l’égard des corrompus et… des corrupteurs. Si jamais il vous arrive de donner un billet, abstenez vous. D'ailleurs, le ministère, soucieux de protéger la réputation des forces de l'ordre, a annoncé des poursuites contre des automobilistes qui ont tenté de corrompre des agents après avoir commis des infractions.
Au Maroc, la corruption est un phénomène présent à tous les niveaux, et il n’est ostensible chez les agents des forces de l’ordre qu’à cause de la proximité de ces derniers avec la population.
C’est en tout cas l’avis du secrétaire général de l’ICPC (Instance Centrale de Prévention de la Corruption), Khalid Laraichi: «les représentants des forces de l’ordre sont les administratifs qui ont le plus de contact avec les citoyens. C’est ce qui donne l’impression que la corruption est concentrée au sein de cette catégorie… la perception de la corruption chez l’individu diffère selon la situation. Si cette même personne s’indigne devant le pot-de-vin donné à un agent de l’ordre, elle n’aura sans doute aucun mal à corrompre un fonctionnaire pour obtenir un permis d’habiter. Un autre exemple, si la corruption s’immisce dans une affaire portée en justice, la personne se sentira violée dans ses droits.»
En dehors de cette perception, le fléau persiste, et se nourrit du sentiment d’impunité.
«Le phénomène s’est installé à cause de l’impunité dont jouissent à la fois les corrupteurs et le corrompus. On le remarque souvent dans les administrations, lorsqu’un agent est pris en flagrant délit de corruption, il est très rarement inquiété. Et les suspensions, si elles existent, sont souvent temporaires, ce qui encourage la banalisation du phénomène,» estime Khalid Laraichi, avant d’ajouter que « la décision de suspendre et de renvoyer les officiers et agents coupables de corruption dévoilé dans les vidéos récemment publiées sur internet, marque un tournant. Elle donnera l’exemple et marquera les esprits.»
Une autre lecture du phénomène consiste à estimer que, du fait de l’organisation minutieuse de la corruption, les pots-de-vin deviennent un complément de salaire des agents sous-payés. Une explication que Khalid Laraichi rejette en bloc: «on ne peut pas dire que les agents ne sont pas bien payés. Les récentes augmentations des salaires dans la fonction publique l’attestent. D’ailleurs, les niveaux de salaires des membres des forces de l’ordre dépassent le niveau de salaire moyen des licenciés.»
Toutefois, bien que le phénomène soit inexcusable, il convient de l’expliquer: il est difficile de soustraire la mamelle de la corruption de la bouche de celui qui s’en nourrit. En d’autres termes, le train de vie mené par les agents corrompus se dresse devant leur implication dans le processus d’éradication de la corruption.
Au regard de la complexité de la situation, les grandes mesures s’imposent. Des modèles qui ont fait leurs preuves à l’international peuvent être dupliqués. «Nous avons recommandé, au sein de l’ICPC, l’adoption d’une série de mesures qui tendent vers l’élimination des transactions en espèces. Il serait par exemple judicieux d’instaurer un système de vignettes fiscales pour le paiement des contraventions. Ces timbres seraient en vente dans les kiosques,» nous déclare le secrétaire général de l’ICPC, à titre d’exemple.
Plus concrètement, la prévention et la lutte contre la corruption nécessitent un cadre institutionnel et des sous-cadres (justice, éducation…etc.) à même de donner naissance à un système national d’intégrité. Car, comme le constate Khalid Laraichi: «le code pénal est insuffisant car la justice ne dispose pas d’outils adaptés pour l’enquête, et reste impuissante devant le phénomène. »
A ce propos, l’instance sera dotée, prochainement, d’un service ou d’une direction qui sera chargée d’enquêter sur les affaires en rapport avec des plaintes pour délit de corruption. Cette nouvelle organisation sera prête et opérationnelle au plus tard en juin 2015, comme l’atteste Khalid Laraichi.
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