img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
SOCIETE

La difficile lutte contre la corruption sur les routes

Les récentes vidéos de corruption de représentants de l’ordre lèvent le voile sur une pratique répandue au Maroc. Comment faire face au phénomène?

La difficile lutte contre la corruption sur les routes
Amine Belghazi
Le 21 janvier 2015 à 16h29 | Modifié 11 avril 2021 à 2h36

Après les vidéos récentes montrant des actes de corruption filmés par des citoyens, le ministère de l'Intérieur réagit, en reconnaissant indirectement le phénomène et en affirmant qu'il le combat. Auparavant, on était dans le déni et il est arrivé que des dénonciateurs (sniper de Targuist) soient harcelés par les flics.

Mais comment combattre ce fléau alors que des circuits se sont mis en place, des complicités, des partages et que la recette est budgétisée dans les salaires de ces fonctionnaires?

Tout indique que le ministère de l’Intérieur, directement visé (mais ce n’est pas le seul département concerné) par ces accusations, sera à l’avenir plus ferme à l’égard des corrompus et… des corrupteurs. Si jamais il vous arrive de donner un billet, abstenez vous. D'ailleurs, le ministère, soucieux de protéger la réputation des forces de l'ordre, a annoncé des poursuites contre des automobilistes qui ont tenté de corrompre des agents après avoir commis des infractions.

Au Maroc, la corruption est un phénomène présent à tous les niveaux, et il n’est ostensible chez les agents des forces de l’ordre qu’à cause de la proximité de ces derniers avec la population.

C’est en tout cas l’avis du secrétaire général de l’ICPC (Instance Centrale de Prévention de la Corruption), Khalid Laraichi: «les représentants des forces de l’ordre sont les administratifs qui ont le plus de contact avec les citoyens. C’est ce qui donne l’impression que la corruption est concentrée au sein de cette catégorie… la perception de la corruption chez l’individu diffère selon la situation. Si cette même personne s’indigne devant le pot-de-vin donné à un agent de l’ordre, elle n’aura sans doute aucun mal à corrompre un fonctionnaire pour obtenir un permis d’habiter. Un autre exemple, si la corruption s’immisce dans une affaire portée en justice, la personne se sentira violée dans ses droits.»

En dehors de cette perception, le fléau persiste, et se nourrit du sentiment d’impunité.

«Le phénomène s’est installé à cause de l’impunité dont jouissent à la fois les corrupteurs et le corrompus. On le remarque souvent dans les administrations, lorsqu’un agent est pris en flagrant délit de corruption, il est très rarement inquiété. Et les suspensions, si elles existent, sont souvent temporaires, ce qui encourage la banalisation du phénomène,» estime Khalid Laraichi, avant d’ajouter que « la décision de suspendre et de renvoyer les officiers et agents coupables de corruption dévoilé dans les vidéos récemment publiées sur internet, marque un tournant. Elle donnera l’exemple et marquera les esprits.»

Une autre lecture du phénomène consiste à estimer que, du fait de l’organisation minutieuse de la corruption, les pots-de-vin deviennent un complément de salaire des agents sous-payés. Une explication que Khalid Laraichi rejette en bloc: «on ne peut pas dire que les agents ne sont pas bien payés. Les récentes augmentations des salaires dans la fonction publique l’attestent. D’ailleurs, les niveaux de salaires des membres des forces de l’ordre dépassent le niveau de salaire moyen des licenciés.»

Toutefois, bien que le phénomène soit inexcusable, il convient de l’expliquer: il est difficile de soustraire la mamelle de la corruption de la bouche de celui qui s’en nourrit. En d’autres termes, le train de vie mené par les agents corrompus se dresse devant leur implication dans le processus d’éradication de la corruption.

Au regard de la complexité de la situation, les grandes mesures s’imposent. Des modèles qui ont fait leurs preuves à l’international peuvent être dupliqués. «Nous avons recommandé, au sein de l’ICPC, l’adoption d’une série de mesures qui tendent vers l’élimination des transactions en espèces. Il serait par exemple judicieux d’instaurer un système de vignettes fiscales pour le paiement des contraventions. Ces timbres seraient en vente dans les kiosques,» nous déclare le secrétaire général de l’ICPC, à titre d’exemple.

Plus concrètement, la prévention et la lutte contre la corruption nécessitent un cadre institutionnel et des sous-cadres (justice, éducation…etc.) à même de donner naissance à un système national d’intégrité. Car, comme le constate Khalid Laraichi: «le code pénal est insuffisant car la justice ne dispose pas d’outils adaptés pour l’enquête, et reste impuissante devant le phénomène. »

A ce propos, l’instance sera dotée, prochainement, d’un service ou d’une direction qui sera chargée d’enquêter sur les affaires en rapport avec des plaintes pour délit de corruption. Cette nouvelle organisation sera prête et opérationnelle au plus tard en juin 2015, comme l’atteste Khalid Laraichi.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Amine Belghazi
Le 21 janvier 2015 à 16h29

à lire aussi

Liquidation de JK Hôtels : BCP et BMCI seront les premiers servis
DROIT

Article : Liquidation de JK Hôtels : BCP et BMCI seront les premiers servis

Neuf ans après l'ouverture de la procédure de difficulté et six mois après la cession du complexe hôtelier situé à Marrakech, le tribunal de commerce donne son feu vert à des paiements anticipés au profit de plusieurs établissements bancaires créanciers.

Le Royaume-Uni réaffirme son appui au plan d’autonomie marocain comme “la base la plus crédible, viable et pragmatique pour la paix au Sahara”
DIPLOMATIE

Article : Le Royaume-Uni réaffirme son appui au plan d’autonomie marocain comme “la base la plus crédible, viable et pragmatique pour la paix au Sahara”

En visite à Londres, Nasser Bourita a reçu la confirmation du soutien britannique au plan d’autonomie marocain pour le Sahara, que la ministre des Affaires étrangères Yvette Cooper a qualifié de solution "la plus crédible, viable et pragmatique". Londres a également réaffirmé son engagement en faveur du processus onusien et salué l’excellence du partenariat stratégique avec Rabat, notamment dans la perspective de la Coupe du monde de football 2030.

Vendredi 24 avril 2026 : le dirham se déprécie face au dollar
Marché de change

Article : Vendredi 24 avril 2026 : le dirham se déprécie face au dollar

Ce vendredi 24 avril 2026, vers 8 h 30, la première cotation centrale USD/MAD de la journée, telle que publiée par Bank Al-Maghrib (BAM), fait […]

Au-delà du bilan Akhannouch, lecture des indicateurs du marché du travail
ECONOMIE

Article : Au-delà du bilan Akhannouch, lecture des indicateurs du marché du travail

Sous le gouvernement Akhannouch, le marché de l’emploi reste le principal point de fragilité de l’économie. Ce problème est ancien mais s’aggrave au fil du temps. Médias24 confronte les engagements du gouvernement à ses réalisations et analyse, au-delà du mandat, plusieurs indicateurs du marché du travail sur une longue période.

Secteur minier. Après une année 2025 record, 2026 s'annonce déjà comme un cru très prometteur
Mines

Article : Secteur minier. Après une année 2025 record, 2026 s'annonce déjà comme un cru très prometteur

2025 restera comme un millésime d'exception pour les mines marocaines. Cours au plus haut, volumes en hausse, nouveaux projets en maturation... Le secteur profite pleinement d'un cycle mondial porteur. Et 2026 s'annonce tout aussi favorable, sous l'effet de plusieurs signes.

Ordre des experts-comptables. Élections sur fond de réflexion sur l’ouverture du capital
ECONOMIE

Article : Ordre des experts-comptables. Élections sur fond de réflexion sur l’ouverture du capital

Le 21 mai 2026, les experts-comptables élisent les membres du Conseil national et des conseils régionaux de leur Ordre pour les trois prochaines années. Au-delà de ce renouvellement, la profession réfléchit à faire évoluer son cadre, notamment sur la question de l’ouverture du capital des cabinets. Détails.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité