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Le Maroc vu de France, quelle place dans le monde musulman?

C’est le titre d’une émission diffusée le 16 janvier sur LCP avec Frédéric Encel, Aziz Senni et Christine Orban. Verbatim.

Le Maroc vu de France, quelle place dans le monde musulman?
Fahd Mekaoui
Le 19 janvier 2015 à 14h07 | Modifié 11 avril 2021 à 2h36

Comment vit-on au Maroc en 2014? Comment y travaille-t-on? Où en est la démocratie? Quelle place occupe le Maroc à l’intérieur du monde musulman? Trois invités qui connaissent bien le Maroc ont tenté d’apporter des éléments de réponses à ces questions: il s’agit de Frédéric Encel, géopolitique, essayiste et maître de conférences à Sciences-Po Paris, auteur de «Géopolitique du printemps arabe», Aziz Senni, entrepreneur et homme politique français d’origine marocaine, auteur du livre «L'ascenseur social est en panne... j'ai pris l'escalier» et Christine Orban, critique littéraire et romancière qui a grandi à Casablanca.

Sur l’impact du printemps arabe

Le Maroc est l'un des rares pays qui n'a pas vacillé sous l'effet du printemps arabe, bien que des manifestations aient bien eu lieu. Dès lors, peut-on dire que le Maroc n’a pas fait son printemps arabe mais qu’il a considérablement évolué ces dernières années?

Pour Frédéric Encel: «Il n’y a pas eu besoin d’un printemps chaotique arabe tel qu’il s’est produit dans la quasi-totalité des pays de la région. Au fond, le printemps est là depuis un certain temps. C’est un vrai printemps. C’est le cas sur le plan social, sur le plan économique avec plus de 5% de croissance depuis 10 ans. C’est absolument unique dans le monde arabe, et avec des rapports sociaux relativement apaisés, si l’on compare avec les autres pays d’Afrique où les pays arabo-musulmans».

Et d’ajouter: «C’est quelque chose qui est de l’ordre de l’exception, qui s’explique par la gouvernance de Mohammed VI d’une part, qui est considérée par toutes les institutions internationales, politiques comme financières, comme rationnelle et pragmatique, et d’autre part par le prestige d’une dynastie qui n’a jamais été colonisée. Il faut bien comprendre que le Maroc est la seule société arabe à n’avoir jamais été colonisée, ni pas des Turcs, ni par des Européens. La présence française, qui a pu être parfois considérée comme lourde notamment durant les années 1950, mais n’a jamais été considérée comme une véritable colonisation».

Troisième particularité marocaine, toujours selon Frédéric Encel: «il existe au Maroc une tradition depuis sans doute le 7e ou le 8e siècle, d’ouverture et d’accueil à la fois vis-à-vis des chrétiens, des juifs, et parfois d’autres populations(…), certes, tout n’a pas toujours été rose. Mais ces 4 dernières années, autant on a vu dans d’autres Etats un véritable chaos et des soubresauts extrêmement graves, autant le Maroc semble aujourd’hui dans une évolution très apaisée pour toute une série de raisons».

Pour sa part, Aziz Senni estime que le Maroc connait véritablement une évolution sociétale, mais «il reste une fracture entre conservateurs et progressistes, mais aussi en fonction des tranches d’âge avec notamment une jeunesse qui a très envie de mettre ses deux pieds dans le 21e siècle, sans renier les traditions(…), et une dichotomie entre milieu urbain et milieu rural où les conservatismes sont encore très fort, mais néanmoins ça va effectivement dans le bon sens ».

De son côté, la présidente du prix littéraire de La Mamounia estime que «l’évolution sociétale va dans le bon sens au Maroc. Je trouve ça très rassurant».

Peut-on parler de démocratie au Maroc?

Dans ce contexte, peut-on parler de démocratie au Maroc? Pour Frédéric Encel, tout est extrêmement relatif sur le plan institutionnel. «Si vous me demandez si le Maroc respecte les critères de Copenhague (qui forment un ensemble de conditions pour l'accession à l'Union européenne de pays candidats, NDLR) ma réponse est non, en tout cas pas sur tous les dossiers. Mais si vous me demandez, est-ce qu’on va de plus en plus rapidement vers une véritable démocratie, notamment eu égard à ce qui se passe dans les Etats qui ressemblent a priori au Maroc, alors là oui, bien sûr on y va».

Et d’ajouter: «On peut parler de la Moudawana, faite sous l’impulsion du souverain en 2004, immédiatement après une vague d’attentats terroristes à caractère islamiste radical. Donc tout n’a pas toujours été rose au Maroc: et c’est le cas encore aujourd’hui, il y a des conservatismes extrêmement forts, il y a des parties qui sont très clairement islamistes, mais à chaque fois qu’ils ont tenté d’exercer une pression, notamment une pression violente sur le pouvoir et sur la société, ce pouvoir et cette société ont réagi par un rapport de force très éclatant parce qu’on allait vers plus de progressisme, notamment vis-à-vis de la femme, c’est-à-dire exactement ce qu’exècrent les islamistes radicaux. Vous noterez que ces dernières années, il y a eu un véritable apaisement sur ces questions».

Petit bémol, selon lui, «aujourd’hui au parlement marocain, le parti le plus proche des frères musulmans, des islamistes plus ou moins modérés, est quand même le premier parti représenté au parlement. Donc il y a effectivement un conservatisme très fort, qui s’ajoute aux problèmes qui touchent les campagnes marocaines: Il y a encore un taux d’analphabétisme très important qui touche notamment les femmes, contre lequel se bat le pouvoir en place, mais là on est sur des tendances lourdes et ça prendra encore quelques bonnes années pour que ça se résorbe».  

Où en est l’attachement au Roi aujourd’hui?

Est-ce que la figure du Roi continue d’être évidente et absolument fondamentale dans le fonctionnement et l’unité de ce pays? Pour Aziz Senni, «elle va de pair avec l’avancée démocratique(…), quelque chose qui est en train de se dessiner, c’est une monarchie constitutionnelle à la marocaine, qui serait quelque chose qui pourrait se rapprocher de la monarchie espagnole ou anglaise. Il ne faut pas oublier d’où part le pays, il y a une trentaine d’années, sous Hassan II, un brûlot comme «Notre ami le roi» (livre de Gilles Perrault consacré à Hassan II et publié en 1990, NDLR) n’avait pas sa place dans les rayons. Aujourd’hui, la liberté d’expression se fait dans les réseaux sociaux. Il n’y a pas de filtre sur Tweeter ou Facebook». 

Pour Frédéric Encel, «la monarchie est la garante de l’unité nationale d’autant plus qu’elle est réputée descendante du prophète».

«Il y a une véritable dynamique économique»

Le PIB ne devrait progresser que de 2,4% en 2014 contre 4,4% l’année précédente. Faut-il s’en inquiéter? Pour Aziz Senni, « dans un contexte économique mondial difficile, je pense qu’avec 2,4%, le Maroc s’en sort très bien, et ce ne sont pas ces 2,4% qui vont l’empêcher de se développer et à jouer sur ses atouts. Aujourd’hui, une manne financière extérieure continue à affluer, et les investissements très lourds, comme ceux Renault ou Vivendi, sont de plus en plus nombreux. Il y a une véritable dynamique économique», a-t-il estimé.

«Tout ça sans ressources naturelles commercialisables à haute valeur ajoutée», commente Fréderic Essel, qui souligne néanmoins qu’il y a «une disparité assez lourde entre une urbanisation qui fonctionne bien à Casa ou à Rabat, et certaines campagnes qui restent pour l’instant très en retrait de cette évolution».  

L’émission aborde tout naturellement la fameuse amitié franco-marocaine, au lendemain de l’annonce de la visite prochaine de Laurent Fabius au Maroc pour tenter d'apaiser les relations. Pour Aziz Senni, il est clair que le passage d’un président de gauche au palais de l’Elysée a souvent crispé les relations franco-marocaines, contrairement aux gouvernements de droite, a-t-il estimé, en citant comme exemple Chirac et Sarkozy qui ont toujours entretenu des relations d’amitié avec le Maroc.

En conclusion, Frédéric Essel n’a pas manqué de comparer les modèles marocain et turc concernant le rapport entre islam et démocratie: «la Turquie a fait semblant ces dernières années de montrer qu’il y avait une véritable correspondance tout à fait positive entre islam et démocratie. En réalité, ceux qui arrivent concrètement à le faire, ce sont les Marocains ».

 


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Fahd Mekaoui
Le 19 janvier 2015 à 14h07

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