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SOCIETE

Le CESE évoque le risque d’une médecine à deux vitesses

Certaines dispositions du projet de loi risquent d'encourager l’exclusion sociale selon les sages du CESE marocain.

Le CESE évoque le risque d’une médecine à deux vitesses
Samir El Ouardighi
Le 19 décembre 2014 à 13h49 | Modifié 19 décembre 2014 à 13h49

Sollicité par la chambre des Représentants le 29 octobre dernier, le CESE a rendu publiques des conclusions critiques sur ce projet de loi qui doit réformer l’exercice de la médecine au Maroc. L’avis du Conseil a été adopté à l’unanimité ce jeudi 18 décembre.

Ses membres ont déploré le fait d’avoir été saisis par une chambre basse qui ensuite n’a pas hésité à adopter le PL 131.13 sans attendre leur avis. Ils ont souligné que cette manière était une première dans l’histoire du CESE.

Le texte de loi en question propose de diversifier les modes d’exercice de la médecine grâce à de nouveaux modes de financement et de gestion des structures privées comme les cliniques ou les cabinets privés.

C’est l’article 60 du projet de loi qui retient tout particulièrement l’attention du CESE car s’il est finalement adopté par les deux chambres, les cliniques pourront être créées par des sociétés commerciales formée «de non-médecins ou de médecins et de non-médecins, ou par toute autre personne morale de droit privé».

Cette disposition ne contribuera pas à l’amélioration de l’offre de soins pour tous au niveau national car les investisseurs cibleront les grands pôles urbains pour des raisons lucratives. Le projet de loi 131.13 ne dispose pas de garde-fou pour garantir les droits des patients et contrôler les prix des prestations de santé du secteur privé car il n’a pas fait l’objet d’une étude préalable d’impact.

Interrogé par notre rédaction, un membre du conseil estime que «la santé publique ayant failli dans sa mission, on choisit le secteur privé pour pallier à ses défaillances» (…) cela permettra de développer le tourisme médical au détriment des 35% de Marocains qui ne disposent pas de couverture médicale. «On fait entrer le loup dans la bergerie car le seul intérêt des nouveaux investisseurs autorisés à financer des cliniques est éminemment lucratif».

Ce ne seront plus des considérations médicales qui primeront mais simplement financières où les professionnels de la santé n’auront plus leur mot à dire. Notre interlocuteur cite des sociétés qui ont anticipé le mouvement en mettant en place des centres de diagnostic abritant des laboratoires d’analyses et de radiologie.

L’entrée des compagnies d’assurance dans la création de cliniques aggravera les inégalités et créera des conflits d’intérêts financiers. L’offre de soins se réduira à ceux qui en ont les moyens et conduira à terme à une monopolisation dangereuse et déloyale en exacerbant les dépenses de sante catastrophiques qui pèsent sur les ménages.

La principale recommandation du CESE est d’élargir l’accès aux soins pour l’ensemble des Marocains car l’ouverture du secteur médical aux investisseurs privés ne bénéficiera pas à la majorité des Marocains au faible pouvoir d’achat.


 

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Samir El Ouardighi
Le 19 décembre 2014 à 13h49

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