Vers la généralisation du tri des déchets pour tout le Maroc
En lançant le premier centre de tri et de recyclage à Casablanca, le Maroc fait un premier pas vers une gestion plus optimale de ses déchets. La ministre chargée de l’Environnement Hakima El Haite entend généraliser le tri des ordures à tout le Maroc.
Les chiffres sont alarmants. Les Casablancais produisent en moyenne près d’1 kg de déchets ménagers solides par jour, soit près de 4.000 tonnes par jour pour l’ensemble de la région du Grand Casablanca. Ces chiffres connaissent un taux de croissance moyen de 3%, d’où l’importance d’optimiser la gestion des déchets.
Dans ce contexte, le lancement du premier centre de tri et de recyclage des déchets au Maroc représente une (petite) bouffée d’oxygène. Et c’est à Sidi Bernoussi, l’un des quartiers les plus industriels de Casablanca, qu’a été réalisé le premier centre de tri du pays sur un terrain de 2.600 m2 dont 600m2 couvertes.
Fruit d’un partenariat entre l’INDH et le privé, le centre de tri a mobilisé une enveloppe de 10 millions de DH (hors foncier) et abrite une unité de tri et de valorisation des déchets ménagers et assimilés (déchets industriels banals), une plateforme pour le traitement des déchets organiques et le recyclage en compost ainsi qu’une administration.
Plus précisément, ce projet contient trois composantes essentielles: des éco-kiosques qui visent la sensibilisation des habitants, un volet social avec l’insertion des chiffonniers et le centre de tri proprement dit.
La première étape consiste à organiser des opérations de tri sélectives auprès de sept quartiers cibles, à travers l’implantation d’éco-kiosques. « Les éco-kiosques sont dotés de moyen de sensibilisation pour faire des démonstrations auprès des habitants et leur monter comment faire le tri à la source », explique à Médias 24 Mohamed Moujib, chef de la Division de l’action sociale au sein de la préfecture.
« Chaque éco-kiosque est supervisé par un éco-conseiller et équipé de conteneurs de déchets de deux couleurs, le vert pour les déchets organiques et le jaune pour les déchets recyclables valorisables », explique-t-il. Dans ce cadre, les éco-conseiller feront des démonstrations dans les foyers pour inciter les habitants à faire le tri à la source avant d’acheminer leurs déchets vers les éco-kiosques.
La deuxième composante du projet concerne la formalisation du secteur à travers l’insertion professionnelle des chiffonniers et ramasseurs anarchiques des déchets. Depuis le lancement du centre début septembre, 24 chiffonniers ont été engagés et bénéficient de meilleures conditions de travail et d’un cadre de vie plus digne. L’objectif est d’arriver à 60 chiffonniers d’ici la fin de l’année. « Les chiffonniers sont devenus agents trieurs et agents transporteurs. Chacun dispose maintenant d’un tricycle et d’une tenue adéquate. Sa tache consiste à ramasser les déchets des éco-kiosques avant de les ramener dans le centre de tri », explique Mohamed Moujib.
La troisième composante du projet concerne donc le centre de tri proprement dit. En effet, une fois les déchets transportés vers ce centre par les agents transporteurs, ils sont traités ainsi : les déchets recyclables tels que le carton, le plastique et le verre sont envoyés aux usines, alors que les déchets ménagers sont traités selon deux méthodes (une partie est envoyée aux éleveurs de bétail et transformée en aliments pour le bétail, alors que l’autre partie est transformée en fertilisant bio pour les agriculteurs).
« L’impact de cette opération est déjà palpable » assure Mohamed Moujib, qui ajoute que «grâce aux centres de tri, nous pouvons recycler 85% des déchets, soigner l’image de la ville et créer des emplois. Cette approche est à la fois environnementale, économique et sociale ».
A court terme, le centre devrait recevoir entre 60 et 70 tonnes de déchets ménagers et assimilés, sachant que le quartier Bernoussi compte 600.000 habitants.
Vers la généralisation des centres de tri
Pour l’heure, il ne s’agit que d’un projet expérimental. Le ministère chargé de l’Environnement travaille en partenariat avec la préfecture de Bernoussi, la Wilaya de Casa et l’INDH à la généralisation de cette opération à l’ensemble du Maroc.
Joint au téléphone par Médias 24, Hakima El Haite, ministre déléguée chargée de l'Environnement, qui se trouve actuellement à Dakhla pour l’inauguration de la nouvelle décharge de cette ville, nous confie que son département prévoit d’installer plusieurs bornes de collecte à Casablanca.
« C’est une première expérience enclenchée avant notre arrivée par le gouverneur de la préfecture des arrondissements de Sidi Bernoussi. De notre côté, nous avons un programme sur toute la ville de Casa qui va permettre l’installation de bornes de collecte et la mise en place d’un système d’intégration des recycleurs qui seront équipés et travailleront dans de bonnes conditions. Ce programme vise l'intégration de 1.000 chiffoniers. L’intérêt du centre de Bernoussi, c’est qu’il pourrait éventuellement constituer une première borne », souligne-t-elle.
« Cette première opération permettra de recueillir les premières données et savoir si la population va adhérer au projet et si la campagne de sensibilisation est adaptée », conclut la ministre chargée de l’Environnement.
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