L'enseignement de la langue amazighe écarté pour l’année scolaire 2014-2015
L’Observatoire amazigh des droits et des libertés s’inquiète pour la place de l’amazighité dans l’enseignement marocain. Médias 24 a contacté son président, Ahmed Assid, qui nous a livré son analyse.
La rentrée scolaire 2014 est marquée par son lot de contestations et de désolations. C’est le cas de plusieurs associations et collectifs qui militent pour l’intégration de la langue amazighe dans le circuit scolaire, conformément aux orientations de la nouvelle constitution. Parmi eux, l’Observatoire amazigh des droits et des libertés qui déplore l’absence d’intérêt accordé à la langue amazighe à l’école, voire une volonté de supprimer l’amazighité de l’enseignement scolaire.
« Il s’agit d’une contradiction flagrante avec les grandes orientations de l’Etat, Rachid Belmokhtar (ministre de l’Education nationale, NDLR) cherche à supprimer l’amazighité des programmes scolaires » lance d’emblée Ahmed Assid. Et pour cause : « les enseignants de langue amazighe ont été convoqués aux différentes délégations, et il leur a été signalé qu’ils enseigneront la langue arabe, plutôt que la langue amazighe. »
La principale raison invoquée est celle du manque d’effectifs en enseignants de langue arabe. M. Assid s’indigne : « le message de Belmokhtar est clair, les enseignants de langue amazighe sont là pour combler le vide. Pourtant, 80 postes budgétaires ont été consacrés à l’enseignement de l’amazigh.»
Pour M. Assid, il ne s’agit pas uniquement d’une question d’urgence à gérer, mais d’une volonté d’en finir avec l’enseignement de la langue dans les écoles marocaines. Pour preuve, le ministère a suspendu la collaboration avec l’Ircam, via la commission mixte qui a été créée par les deux institutions.
De plus, le président de l’Observatoire amazigh fait remarquer que « dans toutes les interviews qu’il a accordé à l’occasion de ses nombreuses sorties publiques, l’actuel ministre de l’Education nationale n’a, à aucun moment, fait mention de l’enseignement de la langue amazighe. Son discours s’articule autour de l’enseignement de la langue arabe et des langues étrangères. »
La décision d’abandonner l’enseignement de la langue amazighe constitue, selon Ahmed Assid, un grand pas en arrière, et un débrayage inquiétant sur les avancées réalisées par les gouvernements précédents. « Mohamed El Ouafa (précédent ministre de l’Education nationale, NDLR) avait pris quatre décisions importantes en faveur de la promotion de la langue amazighe dans l’école marocaine, en émettant plusieurs circulaires. Il s’agit, entre autre, de l’autorisation d’enseignement de la langue amazighe accordée à des enseignants spécialisés, de l’objectif d’atteindre un million d’élèves inscrits en cours de langue amazighe, et de l’inscription en tifinagh des noms des écoles sur leurs façades. L’actuel ministre de l’Education nationale a rompu cet engagement. »
Ce retour inquiétant rappelle la charte de l’éducation et de la formation élaborée en 1998, et qui recommandait « l’utilisation du dialecte afin de faciliter l’apprentissage de la langue arabe » rectifiée à l’occasion du discours royal prononcé en 2001.
Pour l’heure, les associations de la promotion et de la défense de la culture amazighe, qui regroupent quelques 820 associations agissant dans un large réseau de coordination, se préparent à riposter en organisant des sit-in devant le siège du ministère de l’Education nationale. Une coordination avec les syndicats qui ont appelé à un mouvement de grève national n’est pas à écarter, selon M. Assid.
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