Le Maroc concerné par la crise commerciale entre la Russie et l’Europe
La Russie a suspendu ses importations agroalimentaires en provenance d’Europe. L’annonce a fait l’effet d’une bombe car l’UE va être privée d’un débouché important. Le Maroc aussi est –indirectement- concerné.
Les opérateurs marocains s’interrogent: les sanctions russes contre l’Europe sont-elles une menace ou une opportunité pour les fruits et légumes exportés par le Royaume? Les exportateurs interrogés par Médias 24 sont très circonspects.
Il faut en effet savoir que des opérateurs européens, hollandais par exemple, réexportent vers la Russie des produits marocains. Les produits du Royaume seront-ils concernés par la suspension russe ou seront-ils exemptés? Aucune réponse n’était disponible ce jeudi 7 août. Et s’ils étaient concernés, pourraient-ils être exportés directement vers la Russie?
En second lieu, la suspension des importations russes ne va-t-elle pas provoquer la présence d’excédents sur le marché européen? On peut penser à la tomate au printemps et en été. Ces excédents ne provoqueraient-ils pas un effet d’éviction des produits marocains?
Enfin, si les productions européennes sont interdites de marché russe, quelles sont les chances des produits marocains d’en remplacer une partie? Car la Russie aura besoin de producteurs tiers.
Telles sont les questions qui agitaient ce jeudi les milieux des producteurs et exportateurs marocains. Sans réponse pour le moment.
La Russie absorbe 10% des exportations agricoles et agroalimentaires de l’UE
La Russie va se priver de nombreux produits frais en suspendant ses importations agroalimentaires en provenance d'Europe, mais les sanctions risquent aussi d'engorger l'espace communautaire qui perd un débouché important, en fruits et légumes notamment, écrit l’AFP.
Avec l'Ukraine (avant la crise) et le Brésil, l'Allemagne et les Pays-Bas figuraient en 2013 parmi les principaux fournisseurs de la Russie, qui importe 35% de sa consommation alimentaire. Ce pays absorbe ainsi 10% des exportations agricoles et agroalimentaires de l'UE, pour un montant de 12 milliards d'euros par an, selon Eurostat.
"La Russie est exportatrice de céréales, mais fortement importatrice de légumes et fruits et de produits transformés tels la viande, les produits laitiers", a rappelé Xavier Beulin, patron du principal syndicat agricole, la FNSEA.
Les légumes manquent le plus aux tables russes
Fruits frais, fromages, porcs... représentent à chaque fois un volume d'affaires d'un milliard d'euros environ. Ce sont avec les légumes (770 millions) les marchandises qui manquent le plus aux tables russes et constituent les principales importations alimentaires d'Europe avec les vins et spiritueux (1,5 milliard euros).
Les pommes, les tomates et les pêches en particulier sont achetées chez les Européens qui traversent justement une grave crise cette saison, en raison d'une production abondante, au demeurant hautement périssable. D'où un double effet probable, résume Xavier Beulin : "La Russie se ferme aux importations, mais les produits qui n'iront plus à l'exportation vont se rabattre sur les pays européens et créer une situation de crise", craint-il, cité par l’AFP.
Selon le président de la fédération des producteurs de fruits français (FNPF), Luc Barbier, les "Espagnols exportaient (en 2012) environ 100.000 tonnes de fruits vers l'Ukraine et la Russie : autant de quantités qui vont se rabattre sur le marché communautaire". Italie, Espagne et France connaissent déjà une guerre de la pêche nectarine avec des prix effondrés et "la catastrophe" se profile avec la pomme, annonce-t-il.
Les Français ont expédié pour près de 26 millions d'euros de fruits en Russie en 2012, selon Luc Barbier. "Mais cette année, la Pologne qui exportait beaucoup vers la Russie attend une récolte abondante qui va naturellement se reporter sur le marché intérieur" de l'UE. Selon la Wapa, l'association mondiale des producteurs de pommes et de poires, la Pologne est de loin le plus gros producteur de pommes de l'Union (3,5 millions de tonnes attendues cette année) avec l'Italie (2,3 millions de tonnes) et la France (1,5 million de tonnes).
Au total, Paris a expédié l'an passé 1,17 milliard d'euros de produits agroalimentaires vers la Russie, dont 450 millions en boissons alcoolisées.
En viande bovine, le premier fournisseur de la Russie reste de loin le Brésil, devant les autres pays d'Amérique latine et l'Amérique du Nord (soumise, elle aussi, aux sanctions pour les États-Unis). La contribution de l'UE quant à elle était déjà en net recul depuis 2013 (moins de 50 000 tonnes équivalent carcasse contre 100 000 en 2011, selon l'Institut de l'élevage), en raison de restrictions sanitaires souvent comprises comme des "prétextes politiques", relève Guy Hermouet, vice-président de la Fédération nationale bovine chargé de l'exportation. Ce sont principalement la Belgique, les Pays-Bas et l'Allemagne qui auront à pâtir de ce coup de frein, juge-t-il.
Le Danemark et les Pays-Bas seront les plus exposés pour les produits laitiers - la France qui a vendu l'an passé pour 119 millions d'euros de produits laitiers à la Russie représentait moins de 4 % des importations du pays dans ce secteur. Quant au porc, les exportations européennes ont été totalement suspendues par l'embargo russe décrété le 29 janvier au motif de la peste porcine, arguant de cas décelés sur des sangliers.
Selon un expert interrogé par France Inter, cette mesure drastique imposée par la Russie menacerait près de 200.000 emplois français –implantés en Hexagone, mais également sur le territoire russe – et pas moins de 300.000 emplois allemands.
Un espoir avec l'OMC
L'embargo, décrété dans un contexte déjà tendu sur l'Ukraine, est considéré comme "peu justifié" par Bruxelles qui a porté plainte en avril devant l'OMC, l'Organisation mondiale du commerce. C'est d'ailleurs l'espoir des producteurs français de voir l'OMC se saisir des sanctions décrétées par Moscou, indique M. Beulin.
Le patron des exploitants agricoles français mise aussi sur la réaction des consommateurs russes face à des étals qui resteraient vides. Mais pour Luc Barbier, qui représente les producteurs de fruits, "le risque pour les Européens est aussi de se voir confisquer des parts de marché au profit de l'Asie ou de l'Amérique latine, qu'il sera ensuite très difficile de reconquérir".
(Avec AFP)
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